Une petite vingtaine de participantes. Que des filles, même si cette danse peut s’adresser fort avantageusement aux garçons. J’ai encore l’image de mon premier choc Bollywood : le déboîté du torse et les regards dévastateurs d’un serveur du quartier indien de New York qui voulait fêter à sa manière l’anniversaire d’une amie. Il lui avait apporté son gâteau au rythme d’un morceau culte, pendant que son collègue boostait l’ambiance en faisant jour/nuit avec l’interrupteur.

Bref, que des filles à qui il est recommandé de venir en pachdabi (tunique près du corps et pantalon bouffant), qu’on peut se procurer dans une boutique de Gare du Nord ou de la Chapelle pour 20-30 euros. En l’absence de pachdabi, un tee-shirt et un pantalon souple feront très bien l’affaire. On danse plutôt pieds nus, parce que les chaussettes ça glisse, et comme on gigote beaucoup, mieux vaut être sûr de sa base. Côté musique, ce sont généralement des tubes issus des bandes originales de films, qui puisent dans le fonds traditionnel indien – vaste – ou qui revisitent, à leur manière, la valse, le rock ou la techno. N’oublions pas que le Bollywood a été conçu pour faciliter l’entrée de l’Occidental dans la culture indienne ! Enfin prêtes, toutes face au miroir de l’Espace parisien Château-Landon, nous suivons la chorégraphie proposée par la prof, la volcanique et rigoureuse Manjula de Maricourt, native de Bangalore. 

Je peux vous dire qu’on a très vite chaud, on dégouline. C’est très différent des films, où jamais une goutte de sueur ne perle sur le front serein des danseurs. Shehnaz, 37 ans, Réunionnaise d’origine indienne qui vient ici pour bouger est servie. Saut, demi-pointe et pied plat, le plexus qui se rentre, les côtes projetées à droite puis devant, puis à gauche. Cette danse sollicite des parties du corps insolites : les omoplates, le cou, le sourcil. Il faut ce qu’il faut pour incarner l’humour et l’exubérance de la musique. Et la séduction aussi.

C’est le côté sensuel et féminin de ce déhanché qui a décidé Pétra, jeune femme blonde de 35 ans, à s’inscrire au cours pour la première fois cette année. Mise en scène dans des séquences dansées et chantées, la danseuse Bollywood se fait tour à tour fatale ou fleur bleue, bouillonnante ou rieuse. Insaisissable et mystérieuse dans un jeu de mudras, gestes gracieux de la main. Ce n’est pas pour rien que la danse indienne est l’ancêtre du flamenco. Olé ! Quoi de mieux que la danse pour approcher une culture, et ça marche ! J’ai reçu mon deuxième choc Bollywood.

Juliette Baron

Juliette Baron

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