Wael Sghaier n’est ni réalisateur, ni journaliste. Il a simplement décidé, caméra au poing, de filmer son département, à la manière de J’irai dormir chez vous. « À la base, c’était un projet de stage de fin d’études, raconte-t-il. L’idée est née d’une rencontre, je connaissais un ami qui faisait des tours de France en sac à dos et j’ai décidé de le faire à l’échelle du 93. » Il y a eu un blog, depuis 2014, et puis, en 2016, l’idée d’un documentaire.

Alors, durant vingt-six jours et vingt-six nuits, sans rentrer chez lui, il est allé à la rencontre de ces habitants, dormir là où il le pouvait, quelques fois à la belle étoile, le plus souvent chez l’habitant. Son but : donner la parole et poser des visages sur la Seine-Saint-Denis. «  Le 93 est trop fantasmé, affirme celui qui a grandi à Aulnay-sous-Bois. Il fallait montrer la beauté du lieu et des gens qui y vivent au quotidien. Pour moi, c’est normal de  montrer les gens avec qui je vis. »

La bicrave, ça ne te construit que dans la bêtise

Gros bras, crâne rasé et chaise roulante, Mehrez Assas est un des personnages du documentaire. On l’y voit s’entraîner au street workout – un sport mêlant gymnastique et musculation – à Neuilly-Plaisance. Une ville dont il est également élu municipal. Une rencontre singulière et drôle, à l’image de la scène dans laquelle Mehrez Assas propose à Wael de tenter quelques tractions avec lui… sans succès.

Quelques kilomètres plus loin, la caméra de Wael nous emmène à Stains, une ville limitrophe du Val d’Oise où vit  Greg. Ce travailleur social et animateur jeunesse se dit épanoui dans sa ville et son travail. Des scooters et voitures s’arrêtent pour le saluer. Tous ont l’air de se connaître. Greg marche fièrement dans les rues. Il jure qu’il ne pourrait habiter nulle part d’autre. Des amis le rejoignent. Autour d’une bouteille d’Oasis Tropical et d’une table en pierre de leur cité, l’un d’eux prend la parole face caméra. Il parle choix de vie : « La bicrave, ça ne te construit que dans la bêtise, il faut se lancer soit dans les études, soit dans le sport, soit dans l’art ! »

Des moutons, du stop, des surprises

À Saint-Denis, Wael va à la rencontre d’Hélène, qui gère « La Briche ». Un ancien casse-fonte (atelier de ferrailleurs) datant du dix-neuvième siècle réhabilité en atelier d’art, de menuiserie, de métallurgie et de mode. Hélène parle, les yeux emplis de passion, de la « magie de la Briche », de ce « collectif ou règne le partage et le respect sans organisation pyramidale ».

Entre deux rencontres,  c’est en stop que notre caméraman se déplace. Qui aurait misé sur la présence de chèvres et de moutons dans un documentaire sur la Seine-Saint-Denis ? C’est pourtant bien à Bagnolet que Wael fait cette rencontre originale. Gilles Amar, 39 ans, est berger et membre de l’association « La bergerie de Mallasis ». Il organise des visites de sa ferme pour les enfants du quartier. Ses chèvres pâturent à coté des tours et des barres. Un contraste saisissant mais bien réel.

Finalement Wael l’assure, le plus dur a été de monter ce film car il a dû faire des choix et renoncer à montrer des dizaines d’autres personnes rencontrées en chemin. Derrière ce portrait brossé du 93, se cache Wael Sghaier, mais aussi son producteur Nabil Habassi et la société 60-S Filmz. Nabil s’est dit tout de suite charmé par le projet de Wael. Il n’a pas obtenu l’aval des grandes salles parisiennes pour y être diffusé. Mais « tant pis », lâche-t-il en servant du thé à la menthe et des gâteaux au miel aux spectateurs à la sortie de la salle, ce jour de projection. A défaut de grandes salles, Mon incroyable 93 tourne bien dans le département… et c’est sûrement le principal. Avis aux locaux : sa diffusion est prévue ce mercredi à Bondy !

Mohamed ERRAMI

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