Au festival de Cannes, sous des paillettes, on peut découvrir de véritables petits bijoux. Le film « Monsieur Morimoto », de Nicola Sornaga est un de ceux-là. Film à tout petit budget, il a été sélectionné pour la Quinzaine des réalisateurs. Programmé le jeudi 29 mai au Cinéma des Cinéastes (7, avenue de Clichy à Paris), il attend une diffusion qui est encore hypothétique. S’il peut franchir les obstacles de la commercialisation, il rencontrera certainement un public qui cherche au cinéma autre chose que des films formatés.

Monsieur Morimoto semble sorti tout droit d’un film d’animation japonais. Il porte un costume impeccable qui ne bouge pas quelles que soient les circonstances et surtout, il entretient méticuleusement une moustache artistique. Ce petit personnage japonais communique difficilement, il ne connaît pas le français et ce sont surtout des onomatopées qui accompagnent les quelques mots suffisants à poursuivre sa quête.

Car il a une quête comme un vrai personnage de conte. La sienne peut se résumer au rêve. Pour cela, il cherche des lieux pour dormir ou bien, il cherche son œuvre unique : un tableau naïf lui aussi surgi d’un monde onirique.

Cette quête lui fait traverser un Paris inconnu, filmé avec poésie et plus particulièrement le quartier de Belleville. C’est un Belleville que le commun des mortels n’a jamais vu. Nicola Sornaga, le réalisateur, déplace sa caméra dans des lieux magiques que le temps semble avoir oubliés. Ces lieux sont peuplés d’êtres qui se croisent mais restent enfermés dans leur univers de douce folie. Ils ne partagent que l’espace. Un grand et inquiétant Vicki, à la fois Don Quichotte et personnage de l’ombre poursuit de son amour la belle Lila.

Ou bien encore une jeune fille paumée, Eve, à la recherche de sa famille. Un marionnettiste caractériel, un jeune Africain qui vit sous les ponts et invente des chorégraphies inspirées par le désespoir. Tout ce monde créatif apparaît et disparaît au fil des pérégrinations de monsieur Morimoto.

Le scénario semble se créer comme les rencontres. Pourtant il est précis, le fil narratif est un road movie dans Paris. Le montage, la musique donnent une unité à cet invraisemblable enchaînement de vies qui s’emmêlent les unes aux autres. Au final, on sort étonné, surpris. Il s’agit d’un mélange de fiction et de docu sur les laissés pour compte de Belleville. Ce travail donne naissance à un film burlesque qui est de la poésie.

S. Pombo

S. Pombo

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