Raconter une ville à travers sa scène rap, c’est le pari de Montreuil, le doc, un mini documentaire en trois épisodes, dont le premier est d’ores et déjà disponible en ligne.
Pierre Mérin, Matthieu Bidan, Gaspard Augendre et Grégoire Belhoste, quatre jeunes diplômés d’école de journalisme, ont un jour décidé de suivre les figures locales du rap, Swift Guad et Big Budha Cheez entre autres; Ils reviennent sur les évolutions culturelles et sociales de Montreuil, la première ville de la Seine-St-Denis, située aux portes de la capitale. Rencontre avec deux des réalisateurs :
Bondy Blog : Pourquoi avoir choisi Montreuil ?
Pierre : Moi j’habite dans la ville. Je me suis rendu compte qu’on parlait tout le temps de Saint-Denis, d’Aubervilliers, mais pas de Montreuil. On s’est demandé pourquoi. C’est quand même une importante ville [ndlr : deuxième en terme de population, derrière Saint-Denis] du 93 et en terme de rap on n’en entend jamais parler.
Matthieu : Surtout, une fois qu’on a commencé à creuser sur Montreuil et le Rap, on se rend compte que s’y organise le plus gros festival de rap indé en France : le Narvalow City Show. Cette année, il y avait 3 000 personnes, des dizaines d’artistes, comme Busta Flex, la Scred Connexion, Deen Burbigo, Kacem Walpalek ou Vald,… Ça fait une bonne partie de la scène rap indé française.
Comment vous caractériseriez la scène rap de Montreuil ?
Matthieu : Le meilleur mot pour la résumer, il est dans le nom du festival : narvalo.
C’est quoi un narvalo ?
Matthieu : Un narvalo ça peut vouloir dire « ce mec est fou », comme « c’est mon pote ». C’est comme « ma gueule » ou « ma couille ». Mais c’est la version montreuilloise.
Pierre : On s’est rendu compte que les acteurs de notre documentaire sont aussi fiers d’être Montreuillois que des Corses. S’ils pouvaient faire un drapeau montreuillois, ils le feraient. D’ailleurs Swift Guad a même sorti une chanson qui s’appelle « La Montreuilloise ». Mais pour en revenir à Narvalo, c’est un mot typique de Montreuil, ça vient du gitan. Il y a pas mal de communautés différentes à Montreuil. Il y a beaucoup de gitans qui sont passés par Montreuil et qui finalement se sont sédentarisés. Il y a aussi beaucoup de Maliens. D’ailleurs, on dit souvent que c’est la deuxième ville du Mali. Bon, et maintenant ce sont les Parisiens qui viennent s’installer à Montreuil (rires).
On observe un phénomène de gentrification assez fort dans cette ville, vous l’avez constaté ?
Matthieu : Le premier épisode commence avec une phrase de Swift Guad. Il dit : « Montreuil c’est un panaché de bobos ». En fait, la ville est un peu coupée en deux. Il y a le bas Montreuil, où passe la ligne 9 du métro, et où les populations les plus aisées s’installent. C’est là qu’il y a beaucoup de vie culturelle, avec plein d’ateliers d’artistes. Par contre, dans le haut Montreuil, à la cité de la Noue par exemple, il faut prendre le bus ou le RER, ça reste des cités, comme dans d’autres villes du 93.
Pierre : Au final, comme j’y habite, j’ai l’impression qu’ici tout le monde cohabite plutôt bien. Il y a des lieux emblématiques, comme le Café La Pêche, qui organise beaucoup d’open mic et de concerts reggae. Et là tout le monde se retrouve.
Dans le documentaire, vous mettez aussi en lumière le côté artistique de la ville. C’est aussi un des aspects qui caractérise Montreuil ?
Matthieu : Un rappeur comme Ichon, qui est né à Montreuil, nous a dit qu’il voyait Montreuil comme le Brooklyn français. Là où Saint-Denis et Aubervilliers auraient un côté plus thug. Et on le retrouve dans le rap.
Pierre : Ça me rappelle un moment du tournage. Une fois, on filmait Big Budha Cheez du côté de l’Albatros (espace artistique). On est tombé sur un mec qui peignait dans la rue, sur un mur, avec un bouquin de Rimbaud comme inspiration. C’est ça Montreuil ! Tu suis des rappeurs et tu tombes sur un mec qui peint. Il y a des ateliers d’artistes partout là bas. Des studios aussi. Et un tissu d’associations hyper développé.
Et pourquoi avoir choisi le rap pour montrer tout ça ?
Matthieu : L’idée c’est vraiment de prendre un angle différent pour parler d’une ville. Et pourquoi pas prolonger le concept avec d’autres villes, en région parisienne ou ailleurs. C’est une idée qu’on a en tête. Au final, les rappeurs qu’on a choisis parlent de Montreuil dans beaucoup de leurs textes, ils ont grandi là bas, ils y habitent encore, ils y travaillent. On pouvait difficilement trouver mieux pour nous décrire la ville. Ils sont les meilleurs porte-paroles ! En plus, on a plusieurs générations, plusieurs styles parce que la ville n’est pas uniforme. Le but du docu, c’est de montrer les différentes identités de Montreuil.
Pierre : Une ville puzzle. C’est vraiment plein de gens qui s’assemblent.
Comment vous avez choisi les rappeurs ?
Pierre : Pour montrer les différentes facettes de la ville justement, il nous fallait des profils particuliers. Swift Guad c’est le rappeur emblématique de la ville, et il parle tout le temps de Montreuil. C’est d’ailleurs lui qui organise le Narvalo City Show. Big Budha Cheez, eux, créent un univers imaginaire à partir de leur ville. Ils étaient parfaits pour montrer le côté artistique de la ville. En fait, la banlieue peut être une source de revendications, mais aussi de créations. Swift Guad c’est les revendications, avec son territoire et son identité, Big Budha Cheez c’est la création.
Alors, c’est quoi le programme du premier épisode ?
Matthieu : On commence avec un épisode autour de Swift Guad, avec Paco ou Soklak qui est aussi un artiste bien connu à Montreuil. Avec Swift, on découvre quelques lieux emblématiques de Montreuil, le parc des Beaumonts, le Café La Pêche. On l’a aussi suivi dans son quotidien, en studio, quand il se fait faire un grillz par un bijoutier, pendant un barbecue. C’est un personnage qui a la punchline facile, on ne s’ennuie pas avec lui !
Inès Belgacem
httpv://www.youtube.com/watch?v=qfZ7u1tFUcI

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