Si vous voulez prendre le large, un conseil, lisez « French Kiss, comment je devins musulmane en free style »*, de Sabrina Bakir. Cette jeune femme de 33 ans aujourd’hui installée à Vannes, en Bretagne, a dit très tôt bye-bye aux traditions familiales et religieuses maghrébines, dont chacun sait qu’elles peuvent être pesantes. J’ai lu ce court bouquin en une après-midi tant il me captivait par la spontanéité du propos et le « sans gène » de l’auteur.

Issue d’une famille d’origine marocaine pratiquante mais assez libérale dans son approche de l’islam, Sabrina a fréquenté – comme pas mal d’enfants musulmans dont les parents souhaitent la « réussite » – les bancs d’une école catholique, s’est rebellée à l’âge de quinze ans en disant à ses parents : « Je ne veux pas être musulmane parce que je suis votre fille, mais plutôt par choix, après réflexion. »

Comment vivre sa religion, l’islam, alors que dans la vie de tous les jours, nos actes ne s’y réfèrent pas en permanence ? Comment faire accepter à ses parents sa différence par rapport à l’image qu’ils ont de leur fille modèle ? Ce sont là des questions que je me suis posées et qui font le cœur du livre. Mais, chez moi, les réponses ne viennent pas facilement.

L’auteur a tout de même eu la chance d’avoir des parents cool. Il était grand temps de lire des paroles aussi vraies, dites par quelqu’un qui ne se cache pas derrière un masque. Aujourd’hui, les jeunes beurettes se cachent, mentent, pour préserver l’honneur de la famille, à cause l’ahchouma (la honte, en arabe). Un mot emblématique dans ce livre. L’ahchouma c’est la deuxième religion des Maghrébins, voire la première chez certains. Que vont dire la famille, les voisins, les amies de la grand-mère ou alors les tantes ? Oui, les tantes ? Eh bien, Sabrina Bakir, elle s’en fiche complètement, et elle le revendique.

Voilà un livre drôle, attachant et gorgé de fraîcheur, qui soulève néanmoins des questions « lourdes » comme les attentats du 11 septembre, l’extrémisme, l’antisémitisme ou encore la relation des musulmans au porc. De quoi rire et réfléchir, tout en ayant conscience que les problèmes de société qui y sont traités le sont parfois avec un approche trop négative.

Inès El Laboudy

*Sabrina Bakir, « French Kiss », éditions Pascal Galodé, 88 pages.

Inès El laboudy

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