Il est 16h quand notre rendez-vous arrive, Nabab a.k.a Ekynoxx, 21 ans, baskets Jordan aux pieds, accompagné de ses deux collègues Irvin et Manu. Il débarque tout juste d’Oakland, en Californie, il fourmille d’anecdotes sur les Américains. Nabab est beatmaker, autrement dit, il « fabrique du son », sur lequel les chanteurs de hip-hop viennent ajouter leurs voix. Il est aussi président d’association et photographe. « Tout ce que nous faisons, on le fait parce qu’ont aime le faire, on est passionnés et forcement motivés. » Nabab se définit comme un autodidacte, « j’ai toujours été proche de personnes qui aimaient la création artistique alors j’ai appris en regardant ».

Un local existe à Bondy, ouvert à tous et convivial, la M.A.O (du nom de la musique assistée par ordinateur) met à l’honneur la culture urbaine, la musique qui vient des quartiers populaires. A la MAO les groupes viennent pour enregistrer, répéter ou créer des sons. « Moi je crée des prod’, ou des chanteurs posent leurs voix, je fais ça depuis trois ans, et en tant que beatmaker les rappeurs ont toujours besoin de créateurs, de prod’ [des sons, terme utilisé aux Etats-Unis]. »

«  A Bondy, la culture urbaine a une grande place. Si la ville s’en foutait il n’y aurait même pas de skate-parc, de city stade [espace multisports] ou encore de festival Hip Hop Dome. Cette culture fait partie de notre vie, ici, en banlieue. » Et puis « la musique ça donne un but aux jeunes ». « Moi, j’ai arrêté les cours, ce que je fais actuellement me permet d’accrocher à quelque chose et surtout de faire ce que j’aime. » Nabab s’emballe à l’heure d’évoquer la place de la culture urbaine en France. « Déjà, la culture urbaine, c’est super large, il n’y a pas que le hip-hop. Le skateboard, par exemple, fait partit de ce mouvement. »

« On est en banlieue, c’est ici que la culture urbaine se passe, chez les jeunes et même les moins jeunes, on a tous un style urbain, tout cela vient des USA. Là-bas, le rap et tout ce qui touche à ce mouvement est beaucoup plus reconnu qu’en France. Ici la culture urbaine représente quand même près d’un quart des ventes d’albums. » Les émissions consacrées à cette culture sont très rares, à part sur les radios spécialistes. « C’est par la télévision et la radio que les artistes indépendants talentueux peuvent exploser et être connus du public, et nous on veut être reconnus », confie un jeune rappeur. Ce manque de représentativité est dû selon nos interlocuteurs à une vision étriquée de la plupart des médias, et il leur semble que les cultures urbaines y sont décrites comme une « sous-culture ».

Nabab et Issam sont aussi à la tête d’une association avec le collectif Tribute to Hip Hop (T2H). Ensemble ils proposent des ateliers en tout genre dans une maison de quartier, Georges Brassens à Bondy. Le lundi c’est écriture et création musicale assistée d’un ordinateur (MAO). Le mercredi c’est danse et photo ; et puis le vendredi un débat ou une vidéo sont proposés.  « On a créé un concept qui s’appelle Banc-lieu-s’art, on écrit des poèmes ou des répliques sur un sujet et on filme, c’est plutôt drôle. »

Quant à son autre activité, photographe, c’est à titre plus personnel : « Je reçois un coup de fil et puis on me demande de faire des shootings, et on rémunère un peu. La photo, je m’y suis mis depuis peu, mais j’ai de plus en plus de demandes pour faire des photos de magazines ou même couvrir un mariage. » Notre rencontre se termine par un débat sur l’actualité rap, les nouveaux albums de Booba, Rohff, de 113 ; les styles des rappeurs, une comparaison avec les précurseurs du rap Africa Banbata, NTM, Foncky Family, IAM, Ideal J… que du neuf. Nabab a.k.a Ekynoxx  est comme tous les passionnés : intarissable.

Amine Benmouhoub et Saïd Benarroudj

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