TALENTS EN COURT. Il a fait ses armes dans le judo puis la comédie. Ancien élève de l’Ecole Miroir d’Épinay-sur-Seine (93), Nassir-Eddine Bessalah, 23 ans, cherche un producteur pour tourner Rentrons au pays, un road-movie entre la France et l’Algérie.

Carrure d’athlète, sourire charmeur, Nassir-Eddine Bessalah se prête au jeu de l’entretien pour la première fois. Sélectionné en avril 2014 par le dispositif Talents en Court organisé par le CNC et l’Association des Ami(e)s du Comedy Club, le jeune homme a pitché avec humour et simplicité son projet de court-métrage, Rentrons au pays. Devant un parterre impressionnant de professionnels. « À partir du moment où j’ai parlé comme si je m’adressais à un ami, je me suis senti beaucoup plus à l’aise ».

En développement, un road-movie entre la France et l’Algérie où deux français d’origine algérienne, contraints de se rendre en Kabylie, ne se sentent pas dans la culture dans laquelle ils ont grandi et retournent en France. « Je l’ai observé avec des amis de diverses origines : certains sont très conscients que la vie au pays n’est pas simple, d’autres pensent que ça l’est ». Pour cette génération des jeunes vivant entre deux cultures, il ne pense pas à une place précise : « Quand on est habitué à battre le fer pour qu’il prenne la forme d’une épée, ce n’est pas au dernier moment qu’on peut en faire une fourche », philosophe-t-il en souriant. « Du moment qu’on est imprégné d’une culture occidentale, je pense qu’il est difficile de changer de vie ».

Lui est né à El Milia (Algérie) en 1990 avant d’arriver en France un an plus tard avec son frère aîné, son père médecin et sa mère au foyer. Second d’une fratrie de quatre garçons (« j’ai trois frères, c’est ma mère qui a souffert »), il grandit à Maisons-Alfort (94), une ville « tranquille, où il fait bon vivre ». De son enfance « simple », il se souvient avoir regardé en VHS avec ses frères « des western spaghettis, Les vacances de l’Inspecteur Tahar, Rocky IV et Terminator ».

Élève « un peu turbulent » (« mon père venait au collège une fois par semaine »), Nassir-Eddine Bessalah écrit des histoires en cours puis suit la voie scientifique paternelle au lycée. Ratant de peu son Bac S (« et alors ? »), il enchaîne les petits boulots et s’accroche dans un domaine, le judo. « Le seul truc qui me restait c’était le sport ».

Manquant de peu les Championnats de France, freiné par une blessure au genou, ce 1er dan se trouve par hasard dans un clip de rappeurs chaperonnés par Kery James. Sur le tournage, il fait la connaissance des acteurs Julien Courbey et Paco Boublard qui le poussent à rencontrer un agent : « Je n’étais pas super motivé, je l’ai appelé deux, trois mois plus tard ». Nassir-Eddine Bessalah passe une audition, participe à des castings mais se voit proposer beaucoup de rôles « caricaturaux » : « aux États-Unis, on cherche d’abord l’acteur, en France, on cherche d’abord la couleur de peau ». Son agent le pousse à étudier le théâtre pour décrocher des rôles plus importants. Nassir-Eddine Bessalah accepte. « Je me suis dit que le challenge était peut-être là ».

Après un passage à L’Atelier des caméléons de Villetaneuse (93), il intègre l’Ecole Miroir d’Épinay-sur-Seine (93) qui lui donne accès, gratuitement et en deux ans et demi, à des cours de qualité « Les professeurs enseignent au Conservatoire ou à l’Ecole supérieure d’art dramatique donc finalement, nous avions quasiment la même formation ». Et ce, en toute discrétion : « Mes parents ne sont pas au courant, ils pensent que je fais une école de coach sportif. Je préfère les mettre devant le fait accompli, qu’ils soient fiers de mon film et qu’ils voient que ce n’est pas un métier d’hurluberlu ».

Aimant les films de Marcel Carné, Denis de la Patellière, Michel Audiard et Spike Lee, le jeu de Gabin, Ventura et Arletti (« c’est une tueuse »), Nassir-Eddine Bessalah considère le cinéma français actuel comme « pourri » parce que « les gens s’enferment dans une simplicité avec beaucoup de stéréotypes » : « il y a énormément de choses à raconter. Il faut arrêter de recycler des histoires ».

Prochainement à l’affiche du Dernier des céfran de Pierre-Emmanuel Urcun, Nassir-Eddine Bessalah espère tourner Retour au pays durant l’été 2015. Et apporter une nouvelle vision « d’une partie de la société : la question de l’identité, c’est le fond de mon histoire ». Dans un road-movie. « Pour changer ».

Claire Diao

Crédit photo : les Ami(e)s du Comedy Club – Julia Cordonnier

Articles liés

  • Amandine Gay, ‘une histoire à soi’ pour raconter les non-dits de l’adoption

    Dans son dernier film ‘Une histoire à soi’, la réalisatrice Amandine Gay propose cinq récits intimes de personnes adoptées à l'international. Sur fond d'archives personnelles, les protagonistes livrent leurs questionnements tout au long de leur parcours de vie, au sujet de leur adoption. Des témoignages forts qui ouvrent une discussion plus large sur la famille, la parentalité, l'acculturation ou encore la quête identitaire. Entretien. 

    Par Louise Aurat
    Le 13/07/2021
  • « Gagarine », cité céleste sur grand écran

    Une cité devenue film. Le premier long métrage de Fanny Liatard et Jérémy Trouilh sort ce mercredi 23 juin au cinéma. À quelques jours de sa sortie nationale, le film était projeté en avant-première au cinéma le Luxy, situé à quelques mètres de l'ancienne cité Gagarine (Ivry-sur-Seine), au centre de cette histoire étonnante et poétique. Reportage et témoignages.

    Par Louise Aurat
    Le 23/06/2021
  • Kery James à l’INA pour guider les jeunes vers le « show-business »

    Accéder aux métiers de l’audiovisuel, sans diplôme, ni réseau : c’est la promesse de la classe Alpha, une promotion de 100 jeunes guidés par l’INA (Institut National de l’Audiovisuel). Et pour les aider à garder la motivation, qui de mieux que Kery James pour animer une master class attendue par tous. Le dramaturge, réalisateur et artiste a pu échanger avec ses jeunes sur son expérience et son parcours.

    Par Nolwenn Bihan
    Le 02/06/2021