Avant-première jeudi dernier de Né quelque part au Gaumont de Saint-Denis. L’écran a eu un effet miroir sur la salle, entre émotions et rires, les coeurs n’ont pas balancé, ils ont vibré.

Du rire, des gags mais aussi de la tension. Ce jeudi 13 juin, la salle du Gaumont de Saint-Denis (93) savoure la fin de Né quelque part quand la bande de Mohamed Hamidi, le scénariste et réalisateur débarque sur la moquette qui fait office de tapis rouge imaginaire. La bande ? C’est Tewfik Jallab, le jeune premier qui incarne Farid, l’étudiant en droit français grandi en banlieue parisienne, Jamel Debbouze, son cousin homonyme, blédard débrouillard qui survit grâce aux petits trafics et Fatsah Bouyahmed, le réceptionniste du café Secteur de Sidi Mimoun, le village algérien où se déroule l’essentielle de l’action du film.

Ils sont accueillis sous les vivas du public qui plébiscite sans retenu le premier long-métrage du président du Bondy Blog, ex professeur d’économie agrégé, reconverti depuis quelques années dans la mise en scène et l’écriture de spectacles avec Jamel notamment.

Son film est un véritable fourre-tout, comme si une comédie italienne lumineuse des années 60 avait fusionné avec le réalisme sombre du film Welcome, traitant de l’immigration clandestine, accouchant d’un objet cinématographique aussi atypique que surprenant. Car Né quelque part ne raconte pas seulement l’histoire d’un jeune qui découvre la terre natale de ses ancêtres aux détours de milles péripéties. Il parle d’identité, de double culture, de transmission, de destins qui se croisent et d’histoires individuelles passées au crible de la grande Histoire. Comme celle de l’immigration liée à la colonisation qui unit deux pays à jamais après une guerre de libération fratricide.

Ce film aborde de nombreux thèmes. De l’universel, comme le lien indéfectible de la relation père-fils, au particulier de ceux dont les parents ont « fait le voyage » pour offrir une vie meilleure à leurs enfants en laissant tout derrière eux, la famille et le pays.

FatsahTewfikJamel (2)FatsahTewfikJamel (2)« Ça vaut dix Star wars ! » lance un fan qui a le sens de la formule. Et les interventions reflètent le sentiment de cette spectatrice, à l’image du public, essentiellement « des noirs et des arabes » comme vanne Jamel au début de l’échange et qui s’exclame, après des remerciements : « c’est notre histoire à nous toutes et tous !». Une autre jeune femme « qui n’a pas d’origine » comme elle se définit, explique combien elle a été touchée par Né quelque part, ce qui conforte le réalisateur et les acteurs qui n’ont pas souhaité faire une œuvre communautaire mais un film familial qui parle à chacun…

Les questions-réponses variées permettent à Tewfik Jallab et Fatsah Bouyahmed, dont la famille est venue le soutenir en nombre, de mieux se faire connaître. Quant à Jamel, entre propos sérieux sur le calvaire des clandestins et blagues improvisées, il assure le show dans une ambiance chaleureuse. L’avant-première se termine avec des sessions photo entre le public et l’équipe mais sans Jamel, reparti très vite comme pour se protéger des trop nombreuses sollicitations qu’impose son statut de star ultra populaire.

Hassina, 28 ans, caissière, qui vit en France depuis 9 mois à Juvisy (91) avec son mari Mustapha, parisien de naissance, a adoré. « Je viens de Kabylie et je retrouve dans ce film beaucoup de choses vécues, comme ces jeunes qui passent des heures au café pour tuer l’ennui, la galère de la vie quotidienne, le chômage, le manque de liberté… Moi aussi, comme Farid-Jamel Debbouze dans le film, j’ai toujours rêvé de venir en France… ».

HassinaJamila (2)Sa belle-sœur, Djamila, infirmière de 46 ans, née en France et résidant à Drancy (93) a aussi beaucoup apprécié mais ses arguments diffèrent de ceux de Hassina. « Le film est plein de clichés sur l’Algérie mais ils sont drôles… L’humour est super. Ce qui m’a touchée, c’est l’émotion universelle qu’il transmet et elle nous parle à tous. Et ce que ressent le héros quand il retourne en Algérie, je l’ai vécu. Moi aussi j’ai ramassé une pierre sur la terre de mes racines pour la ramener avec moi… ». Avant de s’éclipser, Hassina, Djamila et sa fille posent avec Tewfik Jallab qui se prête avec gentillesse à une énième session photo de la soirée, nullement blasé.

L’équipe de Né quelque part a beau avoir connu la fièvre de la montée des marches à Cannes pour la compétition de la Caméra d’or, elle garde la tête froide et enchaîne les avant-premières avec enthousiasme dans cette aventure collective que représente la sortie nationale d’un premier long-métrage. Et le 23 juin, aucun doute que la rencontre dans un certain cinéma Malraux aura une saveur particulière, celle de jouer à domicile. Car Mohamed Hamidi n’a pas eu les trottoirs de Manille ou d’Alger pour apprendre à marcher, mais ceux de la Cité Blanqui où il a grandi… Quelque part, à Bondy en France, où il est né.

Sandrine Dionys

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