Sa mère ayant été recrutée sur un navire de croisière pour une longue durée, Sami, adolescent de 14 ans environ, 1 mètre 30, originaire du 7-1, entendez Châlons-sur-Saône, est envoyé un an chez sa tante maternelle. Jusqu’ici, rien de spécial. Sauf que la tante en question, n’est pas la tata rebeu traditionnelle. Pas de tribu de huit personnes coincées dans un F3, pas de cité HLM délabrée, pas d’épicerie halal dans le quartier. Nous sommes en banlieue parisienne, certes, mais à Neuilly-sur-Seine, où Djamila, la tante, mariée à un aristo, vit dans un hôtel particulier.

C’est là que, dans le film de Gabriel Julien-Laferrière, d’après une histoire de Djamel Bensalah, le jeune Sami va devoir passer une année entière. Pas de collège classé ZEP mais une scolarité dans un établissement privé où on fait classe dans des salles arborant des crucifix et où la flûte des cours de musique de l’école publique est remplacée par un large choix d’instruments de musique de chambre, tous plus chers les uns que les autres.

C’est dans ce monde blondinet et sarkozien que Sami va évoluer. A la maison, comme au collège, il partage le quotidien de son cousin, Charles de Chazelle, premier de la classe, polo Lacoste délicatement posé sur chemise Ralph Lauren parfaitement repassée. Fan de politique, Charles ne rêve que d’une chose : devenir président de la république en passant par la case « délégué de classe populaire ».

Dans sa chambre, les posters de Nicolas Sarkozy, Rachida Dati et Jacques Chirac côtoient les affiches UMP. Sa hantise : être un looser, « un Balladur », précise-t-il. Ses hobbys : jogging en Ray Ban clinquantes et tennis au club de la ville le dimanche. Avec sa sœur, c’est l’électricité en permanence. Caroline est l’archétype de la jeune Parisienne bobo, qui au sein de la famille, rappelle en permanence les combats de la société : la pauvreté, l’écologie, le respect des droits de l’homme. Lorsqu’elle annonce vouloir épouser un des jardiniers chinois de la maison, passé par la case Algérie, son frère Charles ne lui manque pas de rappeler que les Chinois du Maghreb ne sont autres que d’anciens prisonniers dont se débarrasse la Chine. « C’est dans « Le Pen Hebdo » que tu as lui cela ? » lui lance, énervée, sa sœur. Et Charles de lui lancer, tout fier de sa réponse : « Non. Dans « Libé » ! »

Le film emprunte largement à des phrases désormais célèbres de Nicolas Sarkozy – du « casse-toi pov’con » à « la France tu l’aimes ou tu la quittes » – revisitées. Sans tomber dans le trop plein d’allusion à la France sarkozyenne, la sauce prend bien. Les trois caïds du collège, rappeurs et blonds, qui vont en faire baver à Sami pour la vedette qu’il leur a volée, ressemblent trait pour trait à Jean Sarkozy. Les adolescents, notamment Sami, Charles et Caroline, tiennent parfaitement leur rôle.

Le film n’est pas un chef d’œuvre, mais là n’est sans doute pas sa prétention. Il a le mérite de tenter de faire tomber le masque, tout en humour, à quelques préjugés: non, un Arabe qui débarque à Neuilly n’est pas forcément fils de diplomate ou un racketteur de la cité de Bobigny. Non, un « Arabe de banlieue » ça ne veut pas dire seulement venir du 9-3 mais ça peut vouloir dire aussi venir d’une cité de province. On peut s’appeler Sami Benboudaoud et aimer les blondes aux yeux bleus. Et oui, on peut être arabe et détester Zinedine Zidane pour des souvenirs malheureux qu’il nous rappelle. Allez voir le film, vous passerez un bon moment.

Nassira El Moaddem

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