Il a le regard sage d’un élève autrefois effacé et le phrasé posé d’un jeune homme affranchi des tabous. Nicolas Mesdom, 28 ans, rejette les portraits médiatiques alarmistes de la banlieue et prône l’utopie plutôt que la dénonciation : « On n’arrive plus à rêver au cinéma ».

Son rêve à lui naît avec la caméra de ses parents et la quantité de films qu’il regarde adolescent. Né à Montreuil en 1983 de parents médecins, Nicolas est l’aîné d’une fratrie de trois garçons. Le cinéma qui le démarque de ses frères le rapproche de sa grand-mère maternelle, une assistante sociale que la guerre a fait passer à côté du dessin : « C’était une communiste de la banlieue rouge, résistante pendant la guerre. Une figure très imposante, un peu écrasante pour toute la famille, une sorte de Reine Mère».

De cet héritage familial que l’on peut situer entre la Belgique et Drancy, Nicolas conserve un rapport affectif à la banlieue teintée de complexe. « Socialement parlant, notre classe n’est pas la même. Il y a une rupture sensible qui est de plus en plus marquée. Quand on est petit, on ne ressent pas la violence et le clivage social. » Cela expliquerai-t-il pourquoi nombre de classes moyennes et aisées quittent la banlieue ? De Bobigny (93) à Livry-Gargan où il a grandi, Nicolas problématise la géographie des classes sociales dans la ville. Un sujet qu’il développe actuellement avec la société de production Les Météores dans un premier long-métrage.

Lui qui a souffert au lycée du manque de mélange des élèves s’est peu à peu éloigné de la banlieue. D’abord Boulogne-Billancourt pour un BTS Image (« une ville populaire et une ville aisée séparées par un énorme boulevard ») puis Paris 3 en Licence de cinéma où il fait la rencontre de Charles Tesson, « un super prof partisan du décloisonnement dans le cinéma ». Vient la préparation du concours de la Fémis, une grande école très sélective qui forme aux métiers du cinéma. Dans ses schémas parentaux, faire du cinéma n’était possible « qu’en passant par des concours ».

Admis au département Image, il passe quatre années passionnantes rue Francœur. S’il reconnaît qu’élèves et professeurs demeurent très « WASP » (comprenez « Blancs »), Nicolas pense que la Fémis n’a plus l’étiquette élitiste qu’elle a longtemps portée. Pour preuve, l’école a mis en en place des ateliers Égalité des Chances depuis 2008, ouverts aux boursiers et lycéens issus de l’éducation prioritaire. Intègrent-ils vraiment l’école par la suite ? «C’est balbutiant. Le dysfonctionnement ne vient pas forcément de l’école mais des structures à côté, universitaires ou boursières, qui devraient davantage miser sur la capacité des étudiants à l’intégrer ».

Hors système scolaire, un sujet d’intégration traverse l’œuvre de Nicolas : l’homosexualité. Son court-métrage La tête froide, primé à l’édition 2012 du festival de Clermont-Ferrand, sera diffusé par ARTE et TV5 Monde à l’exception du Moyen-Orient (« à cause de la scène du baiser »).

Tourné à Mérignac (Aquitaine) dans le milieu du foot, le film raconte le trouble d’un capitaine d’équipe à l’arrivée d’un nouveau joueur. «Je voulais démonter ce qu’est l’homophobie, la peur de la reconnaissance de soi dans l’autre», raconte celui qui a affirmé son choix en dehors de la banlieue.

Le milieu footballistique, propice à l’amitié virile, favorise le récit d’une réalité sociale « qui fait qu’à l’épanouissement de soi s’opposent plusieurs barrages ». Interprété par de vrais joueurs de foot et deux acteurs remarquables, La tête froide soulève la question de l’altérité : « Aujourd’hui, tout le monde a l’air de dire que c’est plus ou moins accepté. On en est extrêmement loin. Il y a des milieux où cela est plus simple que d’autres. »

Bientôt projeté au Blanc-Mesnil (93), le film ne laisse personne indifférent. « Que ce soit la famille ou les amis, le regard des autres est dangereux, témoigne Nicolas. Cette situation est extrêmement destructrice. Il faut s’inventer ailleurs, dans un territoire neuf, et ne pas oublier de revenir». Ce retour, Nicolas l’a fait à tâtons avec certains de ses amis d’enfance mais pas avec tous car « on voit dans leur regard que tout s’inverse. C’est comme si cela balayait tout ce qu’on était avant. »

Parce que la sexualité n’est pas l’unique définition d’un être, Nicolas filme la banlieue « avec toutes ses nuances » et aime à rappeler qu’elle était jadis « une alternative » ainsi qu’« un pourtour idéologique qui pesait sur le centre ».

Claire Diao

Projection lundi 19 mars 2012 à 20h à La Fémis, 6 rue Francoeur 75018 Paris.

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