Pas de raison que je demeure à l’écart des tendances. J’ai donc emmené trois petits de mon quartier du 19e visiter une expo d’art à Paris centre. Autrement dit, dans un monde inconnu. Malik, 15 ans, et deux de ses potes se sont portés volontaires pour servir de cobayes à mon expérience de mise en confrontation d’un « regard de cité » avec la culture, celle avec un grand « C ». Malik a encore une voix d’enfant, ce qui ne l’empêche pas de penser que l’art « c’est pour les pédés et les riches ».

Certes, l’accès à l’opéra et à certains théâtres n’est pas donné. Mais dire, comme l’affirment nos jeunes novices que l’art, « c’est réservé aux homos », c’est un peu réducteur. Hassan, un de mes deux autres sujets d’étude, n’a pas d’opinion particulière sur le sujet, hormis le fait que « c’est pour les bouffons ». Visiblement, l’art ne les intéresse pas, mais ils acceptent quand même de se prêter au jeu de la découverte. Ce sera ensuite plus facile pour eux d’avoir un avis. Peut-être que Frédéric Mitterrand, le nouveau ministre de la culture, entreprendra des choses favorisant la découverte de l’art.

Le jour j, seul Malik et Hassan se présentent au rendez-vous. Il manque Loïc, mais à ce qu’il paraît, il a classe au collège… Hum, mon petit doigt me dit qu’entre une expo et une après-midi de libre, Loïc a fait son choix. Peu importe, les deux autres sont là. C’est parti pour l’expo. Pour leur baptême de feu et afin de ne pas trop les dépayser, j’ai opté pour une exposition de peinture de Carlos Cabeza, présentée dans la galerie Celal, au métro Châtelet. Carlos Cabeza est un artiste d’origine vénézuélienne, il réside à Paris depuis 1989. Ses œuvres sont très graphiques, proches de la gravure sur bois.

En arrivant à la galerie, les premières questions suivies de critiques fusent. « C’est quoi ça ? C’est chelou », lance Hassan face à une toile apparemment abstraite. Une guide lui explique ce que ça représente. Mais aux questions : « Que vois-tu dans ces toiles ? Que représente cette peinture pour toi ? », leur imagination se creuse et voilà qu’elle prend le dessus sur leur première approche. Des interprétations en tout genre débordent du cerveau de mes deux cobayes. « On dirait un serpent », analyse Hassan, « on dirait ta mère », ajoute Malik.

Avec notre regard ignorant, il nous fallait une explication de professionnel. Une dame de la galerie a bien voulu nous commenter et nous expliquer les nombreuses œuvres. « Combien coûte ces peintures? » s’exclament à l’unisson nos deux visiteurs. L’aspect pécuniaire compte déjà beaucoup pour eux. « 7000 euros », répond la responsable. « Quoi !?! » Malik et Hassan, abasourdis par le prix, ont tenu à connaître le prix de toutes les autres œuvres. Mais la dame ne pouvait pas répondre à cette avalanche de demandes. Assumant notre ignorance, nous sommes partis à la recherche d’explications auprès du responsable de la galerie qui a apporté son regard, différent de celui de Malik et Hassan.

La galerie comprenant plusieurs niveaux, Malik hyper actif a voulu faire un chat (jeu pour enfants de moins de 10 ans) avec Hassan. Cela n’étant pas possible étant donné que nous n’étions pas au quartier entre deux immeubles mais bien dans une galerie d’art au milieu d’œuvre très chères, je leur ai tiré les oreilles discrètement.

La conclusion de mon étude sur l’art contemporain auprès des jeunes ados, est mitigée. Malgré quelques réprimandes verbales, Hassan et Malik ont apprécié l’exposition dans son ensemble. Je ne suis pas certain qu’ils se rendront dans un musée ou une galerie de leur propre initiative mais peut-être qu’avec le temps et un peu de maturité, des vocations naîtront-elles chez eux.

Idriss K

Idriss K

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