TALENTS EN COURT. Première lauréate de Talents en Court à être sélectionnée à la Quinzaine des Réalisateurs du Festival de Cannes, Nora El Hourch, 27 ans, y présente son court-métrage Quelques secondes sur des jeunes filles placées en centre d’hébergement. Portrait.
La vie réserve parfois de belles surprises. La sélection du court-métrage Quelques secondes de Nora El Hourch à la Quinzaine des Réalisateurs du Festival de Cannes 2015 en est une : « C’est un beau pied de nez aux enculés et une belle victoire pour toutes les filles du FIT ».
L’association Une femme un toit (FIT), situé dans le 10e arrondissement de Paris, est le lieu où Nora El Hourch a puisé la matière de son premier court-métrage. Au travers de cinq résidentes hantées par un passé chargé (viol, abandon, violences), Quelques secondes décrit l’incroyable force de caractère de ces jeunes filles détruites par des événements tragiques. Pendant huit mois, Nora El Hourch a fréquenté ce centre et discuté avec les résidentes de 18 à 25 ans qui y trouvent refuge jusqu’à se remettre sur pied. « J’ai intégré un groupe de discussion de l’association où les filles parlent de tout et de rien. La directrice m‘a dit : « ça passe ou ça casse ». Certaines me regardaient de travers mais d’autres m’ont adoptée et se sont confiées ».
A travers leurs récits, Nora El Hourch espérait raconter un drame personnel qui l’a bouleversée mêlé à ceux des filles qu’elle a rencontrées. « J’ai eu la chance dans mon malheur d’être entourée par ma famille, mes amis, un psy et je me suis demandé comment faisaient celles qui n’avaient pas d’environnement social et familial». Nora El Hourch réalise qu’il n’y a pas besoin d’aller à l’autre bout du monde pour parler de la condition de la femme : « J’ai rencontré une jeune fille qui dormait dans les arbres pour ne pas se faire violer dans la rue. En France ! En 2014 ! »
Pour donner de la visibilité à son projet, Nora El Hourch et la société de production Maja Films organisent des castings et sélectionnent cinq filles détonantes (Marie Tirmont, Charlotte Bartocci, Camille Lellouche, Maly Diallo, Charlotte-Victoire Le Grain) : « quand on les a réunies, ça a tout de suite matché ». Avec un budget de 3500€, elle tourne Quelques secondes en trois jours, apprenant à réaliser sur le plateau : « Les membres de l’équipe ont bossé comme des dingues, par passion. Cette sélection, c’est le meilleur « merci » que je peux leur offrir ».
Le cinéma pourtant, les parents de Nora El Hourch ne voulaient pas qu’elle en fasse par peur du manque de stabilité. «Ils voulaient que j’ai un CDI et un salaire régulier ». Aujourd’hui très fiers de leur fille, M. et Mme El Hourch stressent tout de même pour elle : « Ma mère a peur que je m’enflamme et qu’elle doive ensuite ramasser les pots cassés ».
Une enfance « comme ci-comme ça »
Née à Angers (49), « cette ville belle et fleurie que j’adore », en 1988 d’un père marocain directeur d’une entreprise agroalimentaire et d’une mère française professeur de Physique-Chimie, Nora El Hourch est la benjamine d’une famille de deux enfants. Le cinéma, elle l’a découvert par le biais de son grand-frère, cinéphile vorace (« il a une DVDthèque incroyable »). Elle voulait au départ être actrice.
Durant son enfance « comme ci-comme ça » (« mon père était souvent absent et je n’étais pas bonne en cours »), Nora El Hourch écrit régulièrement des textes qu’elle ne fait lire, « par pudeur », à personne. Elève aimant « plus parler qu’écouter », elle passe un Bac ES « par défaut » (« je n’étais ni littéraire, ni scientifique »), démarre un IUT Techniques de commercialisation qui ne lui plaît pas puis s’exile un an à San Diego aux Etats-Unis suivre une Licence en Arts et Communication.
De cette année américaine, Nora El Hourch revient « détruite et construite à la fois » : « j’y ai vécu des choses dingues mais aussi le grand drame de ma vie ». Un drame qui la fait sombrer mais que l’écriture lui permet d’exorciser. Rédigeant un scénario de long-métrage, Nora El Hourch le présente à Marie Jardinier et Emma Javaux de Maja Films qui lui propose d’en faire un court-métrage. S’inspirant de ses visites au FIT, le projet devient Quelques secondes, qu’elle présente à Talents en Court, dispositif initié par le CNC et l’association Les Ami(e)s du Comedy Club, en mars dernier.
Pour cette fan d’American History X et Big Fish (« deux films qui m’ont énormément touchée ») qui apprécie les films de Maïwenn, Céline Sciamma et Abdellatif Kechiche (« j’aime ceux qui filment le réel avec une portée sociale »), le cinéma français contemporain « se défend vraiment bien ».
Réalisant actuellement des mini courts-métrages à Aulnay-sous-Bois (93) pour le projet Dans mon hall de la société de production DACP, Nora El Hourch aspire à parler humblement « des invisibles de la société » qui n’ont pas « la possibilité de s’exprimer ». Espérant surtout que sa sélection à la Quinzaine lui ouvrira des portes, parce que réaliser « est ce que j’ai toujours voulu faire et j’espère que cela ne fait que commencer ».

Claire Diao

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