« Les livres parlent à tous les milieux sociaux », dixit Mabrouck Rachedi, auteur de « La petite Malika », coécrit avec sa sœur Habiba Mahany. Ce roman, cinquième ouvrage de Mabrouck, est tout sauf un roman de la diversité. « Le catalogage, je ne le revendique pas », précise-t-il. Trop réducteur. Et puis, « la littérature de banlieue ça revient à dire littérature de périphérie », remarque-t-il. Dans ce roman, pourtant, tout sonne « banlieue ».

D’abord, Malika, l’héroïne. C’est une surdouée. A l’école de la cité où elle vit, la jeune fille attrape le train de l’ascension sociale. Direction l’ENA à Strasbourg. Et c’est parce que cette ascension suit des chemins de traverse que le lecteur dévore les pages du roman. Les chapitres reprennent les différents âges de la jeune femme. On la découvre à 5 ans, génie de sa section de maternelle, face « au monsieur aux grosses lunettes » stupéfait par « sa faculté de concentration exceptionnelle ».

A 26 ans, la petite Malika aura affronté les railleries de ses camarades, la valse des beaux-pères, le frigidaire vide, les multiples boulots de maman, le refrain télévisuel de l’intégration, la maladie, le gros mot chuchoté par le médecin, la politique, l’amour, l’embourgeoisement et le retour au quartier ! Une tranche de vie bien remplie.

Rien n’était gagné pour elle. Fille, d’origine algérienne, ronde et pleine de capacités pour couronner le tout. Pour autant, Mabrouck se défend d’en faire un symbole. « On ne décrit pas des archétypes. » Habiba Mahany et lui écrivent, racontent des histoires, font vivre des personnages de banlieue en banlieue. « Or, on est vus comme des sociologues. » C’est bien là le problème. Littérature de banlieue rime avec sociologie… « C’est le cas depuis le début», constate Mabrouck. Un paradoxe. Habiba pas plus que  Mabrouck ne se revendiquent disciple de Durkheim ou Tocqueville. Eux, c’est plutôt le siècle des Grands Hommes type Victor Hugo ou Honoré de Balzac. « C’est le Père Goriot qui m’a poussé à l’écriture. Le style, la fluidité de l’écriture, pour moi c’est la définition du plaisir littéraire ! », s’exclame-t-il.

Lui qui a « beaucoup lu à l’adolescence » n’en a pourtant pas fait sa vocation première. Doué en maths et en français, il prend la voie médiane. Après le bac, il s’inscrit en finances. Comme beaucoup de jeunes de banlieue, il « [court] après la richesse ». Quatre années passées à scruter les marchés. Et avec, le train de vie. De « ce piège », il en revient avant d’en être « prisonnier », souffle t-il. A vrai dire, c’est l’écriture qui le rattrapera. Ou le sauvera. « La passion de l’écriture prenait le dessus. » Alors pour « ne pas vivre ses rêves endormi mais éveillé », le jeune homme se lance. Sans parachute doré.

En 2006, « Le poids d’une âme », son premier roman, suit les pérégrinations de Lounès, un jeune perdu dans les méandres de la banlieue. L’éditeur Lattès ne s’y trompe pas. Un auteur est né. Suivront « L’éloge du miséreux », puis « Le petit Malik », sorte de « Petit Nicolas » urbain. Tous très remarqués. Mais dans la catégorie « littérature de banlieue »… Une typologie franco-française qui n’enlève rien à la qualité des textes. « Aux Etats-Unis, on me voit comme Mabrouck Rachedi, écrivain français. Des œuvres plus françaises à l’étranger, donc. »

Point de victimisation pour autant. « Les courriers de mes lecteurs montrent qu’ils viennent de tous les milieux. » Et d’ajouter, « des gamins de Neuilly-sur-Seine m’ont dit qu’ils avaient été touchés par « Le petit Malik » » Et depuis ? « La Petite Malika » a franchi le périph’.

Nadia Moulaï

Dédicace de « La Petite Malika » en présence de Mabrouck Rachedi et Habiba Mahany. Samedi 11 décembre 2010 (16h00 à 19h00). Librairie des Orgues, 82, avenue de Flandre, 75019 Paris

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