Farid Boudjellal préside la table où des apprentis dessinateurs, des enfants pour la plupart, sont venus s’exercer. Des crayons de papier gras, des feuilles A3 et A4 sont à disposition. Trois des enfants font preuve d’un réel talent pour le dessin. Ils sont heureux d’être là. Les élèves sont appliqués. On entend les crayons griffer le papier, l’inspiration qui naît et qui grandit. Ce dessinateur, né en France dans une famille algérienne, a créé « Petit Polio », un personnage d’enfant atteint de la maladie du même nom, inspiré de sa propre histoire.

On est là pour écouter les précieux conseils du ce seigneur du dessin qu’est Farid Boudjellal, dont les premières illustrations sont parues en 1978 dans les magazines « Circus » et « Charlie mensuel ». Il met tout le monde à l’aise : « Si vous avez une question qui vous taraude, n’hésitez pas. Dessinez ce que vous voulez. Vous pouvez mettre un mot simplement ou plusieurs, sans bulle. Vous écrivez d’abord le texte et après vous tracez la bulle. Quand on écrit en BD, c’est très important de détacher les mots parce qu’il faut que ça soit lisible. »

Inès, une adolescente venue avec son père, est un peu perplexe. Elle pense qu’elle ne sait pas dessiner et le fait remarquer à son père, Mokhfi, qui a un bon coup de crayon : « Papa, quand est-ce que j’aurais ton talent ? – Ça viendra avec le temps », lui rétorque-t-il. Le professeur demande à l’assemblée de rendre les copies : « On n’a pas beaucoup de temps, il faut faire un dessin rapide », s’excuse presque Farid Boudjellal.

Les croquis de Jamel, 11 ans « et demi », sont épatants de maturité. L’un de ses dessins représente Sangoku, héros de Dragon Ball Z, qui a un furieux désir d’occire le méchant. A la présentation de son dessin, l’humoriste et chroniqueur lui propose de réfléchir au thème de la souffrance « Tu vas faire trois dessins, ce peut être un combat ou de l’action. » Jamel, qui aime crayonner, élabore un « chef-d’œuvre » où Sangoku en sauveur du monde rayonne : « J’ai fait Sangoku qui tient une boule de feu. Et il veut la jeter sur le monstre qui veut tuer tout le monde. »

Stéphanie Varet

Articles liés

  • Avec « Nous », Alice Diop retisse la trame de notre société

    Comment des personnes aussi différentes les unes des autres font-elles société ? Comment passer de la somme des 'je' individuels à la formation du 'nous' collectif ? C'est avec cette intrigue sociale et politique que la réalisatrice Alice Diop a démarré son documentaire 'Nous'. Un film qui sortira en février 2022, disponible actuellement sur Arte, et qu'a vu Nassera Tamer. Critique.

    Par Nassera Tamer
    Le 22/12/2021
  • Alice Babin : « les lieux ont un esprit »

    Comment un lieu peut exister en nous ? C’est la question que se pose Alice Babin, 27 ans et surtout ancienne du Bondy Blog, aujourd'hui productrice de documentaires sonores et auteure. Elle vient de sortir son premier roman, Prière au lieu, qui s'intéresse au XXème arrondissement de Paris. Ouvrage que Kab Niang a eu le plaisir de lire. Interview.

    Par Kab Niang
    Le 16/12/2021
  • Franck Gastambide face au BB

    Un droit de réponse qui se transforme en débat enrichissant sur la création culturelle des quartiers populaires. C'est le programme proposé par cette rencontre entre Franck Gastambide et la rédaction du BB, après la publication de notre édito acide sur ses films. Rencontre.

    Par Jalal Kahlioui
    Le 30/11/2021