Dans « Patients », Fabien Marsaud, alias Grand Corps Malade, adapte son roman autobiographique avec Mehdi Idir. Dans ce premier long métrage, le slameur raconte avec humilité, finesse et drôlerie l’année de rééducation qui a suivi l’accident dont il est sorti tétraplégique à 20 ans.

« Toute ressemblance avec des personnes existantes ou ayant existé n’est en aucun cas le fruit du hasard », prévient le premier plan de Patients. Le premier long métrage de Grand Corps Malade raconte les mois de rééducation traversés par Ben, 20 ans, jeune basketteur prodige et étudiant en Staps (sciences et techniques des activités physiques et sportives) devenu « tétraplégique incomplet » après un plongeon dans une piscine insuffisamment remplie. Cette histoire, c’est celle du célèbre slameur, 39 ans, qui l’avait racontée dans un livre vendu à 240 000 exemplaires. Le résultat n’en est pas moins fin et plein d’humour sur un sujet qui ne s’y prête guère : l’hospitalisation de longue durée, la vie à l’hôpital lorsque le quotidien est rythmé par les séances infinies de rééducation.

Le cortège des corps brisés

Ben est maintenant physiquement figé. Ses nouveaux amis sont tétras, paras, traumas crâniens…. Sa chambre est terne, sans vie. La télé, comme unique touche de couleurs, semble le surveiller. Celui qui ne peut rien faire seul n’a que la palette de son imagination pour le sauver. Les petits faits et gestes du quotidien sont devenus des épreuves. Le téléphone et les visites de ses parents sont son seul lien avec l’extérieur. Les mots lui permettent de s’imaginer en train d’embrasser le panier et de fouler un terrain de basket.

La douleur se partage peu à peu car il n’est jamais seul. Autour de lui gravitent le belle Samia, le dépressif Steeve, le bout-en-train Farid et l’imposant Toussaint. Entre eux, les vannes fusent. Elles secouent et narguent la détresse. Ben fait preuve d’une combativité féroce. Son aide-soignant lui indique chaque matin le rituel du lendemain. Le personnel a l’habitude de reproduire les mêmes faits et gestes mais ils changent leur façon de faire selon le patient. Christine ou Jean-Marie, les deux prennent le pied à le remettre sur pieds. François, le jeune kiné, combattant dans l’âme, le charrie pour le faire avancer dans son travail de rééducation.

« Il faut changer d’espoir »

Que faire lorsque l’on est coincé entre les quatre murs d’une chambre d’hôpital, lorsque l’on ne connaît personne ? Le héros passe ses journées devant la télévision, écoute la musique, suit quotidiennement les mêmes rituels médicaux… Et finit par se faire des amis. Il suit le cheminement des roues de Farid, l’as du fauteuil. Il ramène constamment son compagnon de galère à la réalité. « Il faut que tu commences à penser comme un handicapé. Il faut changer d’espoir », lui lance-t-il.

Patients raconte la patience des patients. Par la patience, au contact des autres, on guérit. Ainsi est né, l’espoir adapté. Dans le milieu hospitalier, cet espoir fluctue au grès des humeurs. Il grandit lorsque le patient parvient à pousser plus loin ses efforts et réussit à se déplacer d’une pièce à une autre sans l’aide de personne. Il diminue quand la fatigue l’emporte ou que le moral est emporté.

Jamais d’effet facile ni de pathos gratuit. Patients est un film droit. Quiconque a passé un long séjour à l’hôpital s’y retrouvera. Et nul besoin d’aimer la musique de Grand Corps Malade pour être ébloui. On quitte ces « Patients » émus mais avec la rage de vivre.

Yousra GOUJA

« Patients », de Grand Corps Malade et Mehdi Idir, avec Pablo Pauly, Soufiane Guerrab, Moussa Mansaly…

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