Pierre et Gilles habitent en banlieue, au Pré-Saint-Gervais. Cela ne ressemble pas à la Cité des 4000 de La Courneuve, mais c’est situé dans le 9-3, tout de même. La rétrospective qui leur est consacrée au Jeu de Paume s’en ressent. Une affinité fantasmatique lie les deux artistes à la périphérie parisienne. Parmi leurs modèles, nombreux sont beurs. Or, à tort et à raison, dans l’imaginaire comme encore dans la réalité, les Arabes de France sont assignés à la banlieue. « Oui, on aime bien les Beurs », répond Gilles dans un sourire qui veut dire: « Quelle question conne ! Ça ne se voit pas, non ? » Pierre livre une information: « Nos prochains travaux auront pour décor la banlieue. » Car les éphèbes de Pierre et Gilles donnent plutôt l’impression d’avoir été sortis des quartiers populaires pour servir d’agréments aux bourgeois. Contre quelque paiement.

Pierre et Gilles forment un couple gay. Trente ans de parcours commun. Ils sont célèbres dans le monde entier. La pub et la mode les ont pillés. Ils font des photos. Chacune est une œuvre unique. Le plus important : la scène, l’univers représenté. Lorsque les éléments et le modèle, ou les modèles, sont en place, Pierre déclenche l’appareil. Gilles, ensuite, ajoute sa peinture. Leurs photographies sont des tableaux dont le cadre est lui-même un acte artistique. Ils puisent leur inspiration dans le religieux, païen ou plus fréquemment chrétien (exemple : le Saint-Sébastien reproduit ici). Ils ont un goût pour la beauté et le martyr, pour la jouissance et la culpabilité, la force vive et la mort. Le Sida est une croix. Entre le bien et le mal, ils ne choisissent pas. Cette tension permanente fait leur art et le sauve du ridicule. Chez eux, pas de prêchi-prêcha.

Pour ceux, et celles, que la vision de jeunes hommes nus ne rebute pas (mais il y a aussi, comme modèles, Madonna et Mireille Mathieu…), direction le Jeu de Paume. Figurez-vous que le jour de la visite réservée aux journalistes, il y avait Didier Morville, alias Joey Starr. Il semblait avoir apprécier l’exposition. Alors, les laskars, allez-y trankil…

Antoine Menusier

Rétrospective Pierre et Gilles, « Double je », Jeu de Paume, Paris, métro
Concorde, du 26 juin au 23 septembre 2007.
Horaires: mardi (12h-21h); mer-jeudi-vend (12h-19h); sam-dim (10h-19h);
lundi (fermé)
Prix: 6 euros

Antoine Menusier

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