Tout a commencé l’année dernière, lorsque sa classe a participé à un projet pédagogique initié par sa professeure et un intervenant vidéo, Marc Montout, autour de la réalisation de deux courts-métrages. Les élèves y écrivent alors eux-mêmes leur propre scénario. «Nous avons été formés au son, à la caméra et nous faisions de la figuration », raconte Anna. Inspirée par le projet audiovisuel dans lequel elle s’est impliquée, elle commence par écrire quelques pages pendant les vacances d’été, et reprend l’écriture en décembre. « Marc nous avait dit que si nous avions des projets, nous pouvions le contacter. » Elle n’hésite pas une seconde et lui soumet ses écrits. « Il manquait juste la fin, il m’a mise sur la voie, ajoute t-elle, son avis compte beaucoup pour moi, il est professionnel et il s’y connaît bien. »

« Psychose » est le titre qu’elle a choisi pour son court-métrage d’une vingtaine de minutes. Elle y raconte l’histoire d’une jeune fille, Naïla, âgée de 17 ans. Celle-ci grandit seule avec son père et avec l’absence de sa mère, décédée quand elle était enfant. Sa vie bascule le jour où elle tombe enceinte à la suite à un viol. Victime d’une amnésie partielle, elle ne se souvient pas de son agresseur qui n’est autre que Kylian, le copain de son petit ami Dylan. Le père de Naïla n’approuve pas la relation amoureuse de sa fille, « il a une mauvaise impression de Dylan, et n’aime pas sa façon d’être. Mais le personnage de Dylan va devenir quelqu’un de bien en fréquentant Naïla », explique Anna.

Naïla se confie à Diana, la sœur de Dylan. Diana l’aide à surmonter cette épreuve et l’annonce à Dylan, qui réagit mal et se précipite chez Naïla, qu’il retrouve inconsciente après une tentative de suicide. Anna assume entièrement le choix de ce scénario sinistre. Quand on lui demande pourquoi une jeune fille de son âge évoque ces violences, elle dit : « Ce qui m’intéresse c’est de montrer comment Naïla va se reconstruire après son viol, je m’inspire de ce que je vois à la télévision, dans les séries et dans les faits divers. C’est une histoire qui concerne des jeunes de 17-18 ans et qui n’est pas forcément située dans un quartier populaire. »

Son projet a été présenté à quelques professeurs et élèves dans l’atelier audiovisuel de son lycée. « Les gens ont aimé. Un professeur, que je ne connaissais pas, a été étonné que je sois en seconde et que j’aie pu écrire un tel scénario », raconte la jeune lycéenne.

Actuellement, Anna réalise elle-même son casting. « J’ai repéré certaines personnes, après on verra» Elle doit rencontrer dans les prochains jours un jeune rappeur de Seine-Saint-Denis qui postule pour le rôle de Dylan. Pour le celui de Kylian, le violeur, c’est une toute autre affaire. Pas facile d’incarner un tel personnage. Anna a d’ailleurs décidé de ne pas filmer la scène de viol, mais de la suggérer. Elle recherche actuellement un jeune homme qui acceptera d’endosser cet habit.

Ses critères de sélection des acteurs qui tourneront dans « Psychose » sont les suivants : « Motivation, sérieux, crédible et ne pas en faire trop. » Son entourage la soutient dans son projet, « mes parents et mes amis sont contents, ils m’encouragent et veulent que j’aille plus loin. Au début, ce court-métrage, c’était juste un projet, aujourd’hui j’aimerais bien travailler dans l’audiovisuel, dans la réalisation. » Elle espère commencer le tournage en juin, et son lycée a prévu des projections de son film au sein de l’établissement dès la rentrée de septembre. Une carrière qui commence bien pour cette jeune timide.

Imane Youssfi

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