« D.U.C » est le titre du nouvel album du rappeur Booba. Trois lettres pour un album qui se résume en trois mots : « filles, armes et drogues » le tout lié par des liasses d’argent. « Billets Verts » était un morceau bonus de son précédent album « Futur ». Dans « D.U.C », Booba revoit ses ambitions à la hausse et parle de « Billets Violets ». Si son style ne change pas réellement, ses liasses de billets ont le mérite de prendre des couleurs. « J’ai du pain sur la planche à billets, elle est violette, violette » affirme-t-il dans « Caracas ». « B2OBA » vante ses talents de businessman. Le rappeur sait se montrer violent à travers un personnage de « bad boy » qu’il façonne depuis le début de sa carrière : « “Balle dans la tête ! Squelette, squelette !” ou encore « “Je sors le kalash direct, très coléreux sont les nôtres”». Booba ne se fait pas non plus tendre avec la gente féminine, toutes générations confondues : « J’ai petit selfie de la chatte à ta sœur. J’ai sombre selfie de ta grand-mère aussi ».
A la vue des titres des chansons qui composent cet album de 71 minutes, impossible de ne pas se dire que “Booba fait du Booba”, un fan aurait pu trouver les noms à sa place : “Bellucci” “Jack Da” “Ratpis” figurent dans cet tracklist. Le rappeur reste fidèle à lui-même, garde ses défauts comme ses qualités. Ainsi de nombreux titres apparaissent comme de futurs classiques “du boss du rap game” à l’instar de “Temps mort 2.0” où le rappeur reprend le titre de son premier album afin de montrer à la concurrence qu’il est encore en vie. Les titres sont pensés pour les boîtes de nuit. En effet, Booba est l’un des seuls rappeurs français à passer “dans les clubs”.
C’est d’ailleurs son ambition principale, il s’inspire des rappeurs américains. Cette quête du “tube” fait qu’il n’hésite pas à modifier sa voix à l’aide d’un vocodeur afin qu’elle sonne mieux. Certains crieront au génie quand d’autres expliqueront que T-Pain avait déjà dépassé toutes les limites du genre. Ce vocodeur corrige sa voix qu’il n’affectionne pas. Sans réelle identité vocale, les morceaux perdent en profondeur. Au final l’ensemble de l’album “D.U.C” est inégal.
« Je suis un boss, un pirate »
Malheureusement la dose de drogues, d’alcool, de sexe et de “Kalash” viennent camoufler Elie Yaffa, l’homme qui se cache derrière le B2OBA. Booba tire sur ses adversaires sans dévoiler ses propres blessures qu’il dissimule. « Je suis un boss, un pirate » revendique-t-il dans le morceau “D.U.C” qui ouvre l’album. L’homme semble coincé dans un blockbuster américain, très loin de la réalité. Il maîtrise l’art du clash, mais semble au final seul sur son trône situé quelque part dans le “futur”. Ses ennemis sont parfois fictifs : « Avant de toucher ma tite-pe, il faudra me tuer peu importe la douleur ». Sa “go sure” ou encore sa “petite potatoe” comme il la surnomme sur Instagram, c’est sa petite fille Luna.
Dans le clip de sa chanson “LVMH” le jeune père explique qu’il tuerait pour elle, seulement une paire de fesses anonymes viennent ternir sa jolie déclaration. “D.U.C” n’est pas l’album de la maturité, Booba n’est pas là pour se confier sur sa vie personnelle et use donc de stratagèmes afin de travestir sa vérité. A titre de comparaison, le rappeur Soprano a dédié le titre “Luna” à sa fille du même nom que celle de Booba, les termes se faisaient plus élogieux : « Luna j’ai toujours rêvé de toucher la Lune, ta mère me l’a décrochée, t’es la Luna ». A 38 ans le duc semble jouer un match gagné d’avance en parlant d’une guerre qui ne se terminera pas. Une guerre d’égo sans aucun doute.
Une chanson de l’album vient apporter une pièce au puzzle représentant Elie Yaffa. “Mon pays” témoigne de l’animosité de Booba pour le drapeau tricolore. Il y a quelques années un “Fuck you, fuck la France, Fuck Domenech” créait une légère polémique. L’auteur ne s’en cache pas, selon lui la France est un pays raciste. Vivant à Miami, il fait mine de ne pas connaître le visage de François Hollande. « Adieu mon pays » dit-il à l’aide de sa voix modifiée par l’autotune. Sa richesse il la détient en grande partie grâce à ses ventes de disques sur le territoire français, mais qu’importe, le duc rêvait depuis longtemps de partir « “Loin d’ici” comme en témoigne un morceau de l’album portant ce titre. « Mon amour pour cette terre n’est pas plus grand que Sarkozy » admet-il.
Son pays
Un amour qui mesure 1m65 donc, pas plus. A l’heure où on sanctionne des footballeurs après un malheureux « pays de merde » nous devrions nous demander pourquoi un rappeur qui « baise la France » ainsi que ses résidents et à qui il dit « mets-toi dans l’cul ton vélib, Hasta luego », rencontre un tel succès. Le 5 décembre 2015, plus de 15 000 personnes chanteront certainement “Mon pays” au concert de Booba à Bercy, en défiant tout patriotisme ? Certains accuseront alors le rap d’être une « sous-culture, d’analphabètes », d’autres chercheront à comprendre quel mal-être se cache derrière toutes ces ventes d’albums. Le “duc” profite des divisions dans le pays pour vendre ses tubes, doit-on réellement lui reprocher cela ? De toutes manières les critiques ne l’empêchent pas de poser la question qui fâche : « Ai-je une gueule à m’appeler Charlie ? Réponds-moi franchement.»
« C’qui m’emmerde dans tes mythos c’est qu’les petits y croient » scandait le rappeur Kool Shen dans son morceau “Rappelle toi”. Il visait les rappeurs qui se prennent pour des “gangsters” et influencent donc la jeunesse dans le mauvais sens. Booba ne laisse que peu de personnes indifférentes. Seul Johnny Hallyday ose prétendre ne pas le connaître. Quand les boys band vendaient du rêve au jeunes filles, Booba endort les jeunes garçons. Ces jeunes qui pensent que Scarface est une chanson du rappeur avant d’être un film.
« J’incite les gens à voyager, ça ouvre l’esprit et ça vous permet de vous dire qu’il y a pire ou mieux ailleurs » expliquait-il à Metronews. Quand on lui demande s’il pense qu’il y a un avenir pour les jeunes en France il répond : « Aujourd’hui, pas beaucoup. A part ouvrir une chicha ou une sandwicherie ». La vision du rappeur se veut pessimiste, mais elle plaît. En témoigne une vidéo de “bébés rappeurs” à Sarcelles qui scandent : « Dans le peura, je laisse des cetras, comme sur le cul à ta reuseu ». Certains prennent les paroles des rappeurs au second degré, d’autres y trouvent un réconfort pour s’autoriser à rêver de filles, d’armes, d’alcool, de grosses voitures ou encore de drogues. “D.U.C” offre 71 minutes de plus de rêve, avant le dur réveil.
Oumar Diawara

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