La Plateforme est un thriller espagnol, sorti sur Netflix courant mars. Du jour au lendemain, tout le monde en parle et il devient très vite première tendance. Confinée et convaincue par son air de critique sociale originale, je me lance dans l’aventure.

Le pitch, une prison verticale avec plus de 200 étages, dans lesquelles sont enfermées deux prisonniers par cellule. Une table pleine de nourriture descend tous les jours quelques minutes à chaque étage, ceulles du haut se gavent et il ne reste plus rien pour ceulles du bas. Un peu simpliste comme métaphore des inégalités sociales, mais on tient un truc.

Bon, première critique. Est-ce que c’est vraiment une bonne idée de sortir un film sur un huis clos dans une prison, en plein confinement ? Apparemment ça n’a choqué personne, ça en dit long de notre santé mentale à tout-e-s.

Interdit aux moins de 18 ans : précision à ne pas négliger

Contrairement à notre confinement, il n’est pas question d’un manque de stock de papier toilette ou de pâtes. Le problème c’est que des prisonnier-e-s se goinfrent, certain-e-s mangent les restes, tandis que d’autres survivent en mangeant leurs camarades de cellule. Voilà, c’est dit : à la 30e minute le bout de chair coupé à vif m’a perdu, mais j’avais encore espoir. C’est vrai que j’ai loupé la précision de l’interdit aux moins de 18 ans…

Bon, la vie n’est pas un long fleuve tranquille dans cette prison, ou plutôt dans le « Centre vertical autogéré » (de quoi vous faire perdre espoir dans l’autogestion). Pendant que nous sommes pendus aux déclarations du gouvernement toutes les deux semaines pour le renouvellement du confinement, iels attendent chaque mois de savoir à quel étage iels vont atterrir. Entre le 1 et le 40 ça passe, à partir du 90e  c’est la hess, tu auras seulement ton co-détenu en dégustation (si ce n’est pas l’inverse !).

De nombreuses théories sont sorties sur les réseaux sociaux, mais dans le film on nous explique que cette prison serait une expérience pour recréer de la solidarité (de quoi vous faire perdre espoir encore une fois).

En observant leur confinement, on peut se féliciter du nôtre

L’Administration a créé sciemment des inégalités pour que les individu-e-s se régulent eulles-mêmes, ou bien elle sait pertinemment que ce sera un échec meurtrier. Le résultat mène aux suicides et au cannibalisme (illustré dans de nombreuses scènes gênantes).

Si le confinement est une expérience pour créer de la solidarité, on peut dire que l’on s’en est beaucoup mieux sorti. Des habitant-e-s s’organisent pour les courses des personnes âgées, d’autres pour la garde d’enfants des soignant-e-s, sur internet nous trouvons de nombreux contenus en accès libre. Comme le dit le héros, « le changement n’est jamais spontané », c’est bien parce que la solidarité ne nous a jamais quittés.

Tout comme dans la prison où l’Administration met les prisonnier-e-s dans des situations insoutenables, l’Etat crée et perpétue les inégalités pour diviser la population. La crise sanitaire que nous traversons nous a montré les failles du système dans lequel nous vivons, et pour l’instant se sont les solidarités qui prennent le relais pour survivre.

Tout comme la fin du film, énigmatique, nous ne savons pas ce que sera la fin du confinement. Comme le héros, nous devrons essayer de trouver notre Panna Cotta pour construire un nouvel avenir.

Anissa RAMI

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