C’est dans un Starbucks que nous nous retrouvons. Avec du jazz en fond sonore. Look branché, chemise couleur jean, sourire aux lèvres, téléphone posé, éteint. Carnet sous sa main, le stylo toujours prêt à dégainer.
Déjà assis avec son tendre café, Rakidd, de son vrai nom Rachid Sguini, est plongé dans son Mac. Ce café qu’il trouve scandaleux de payer trois euros vingt dans les bistrots classiques, qu’il retrouve dans ses bureaux chez Gulli et Universal, qui « fait partie de lui », après en être « devenu accro suite à ses intenses années en école d’art ». « On ne tiendrait pas si on ne prenait pas de café » s’empresse-t-il de dire pour se justifier. Chat ou café ? « Chaffé » lance-t-il tout fier de lui.
Une enfance en Auvergne
BondyBluecheezSon surnom m’intrigue : « Rakidd ? ». D’un ton jouissif, il lance « oui, c’est un mec qui appelait tout le monde sans prononcer les h mais bien les d, du coup ça donne Rakidd. Et comme j’étais petit et bien ça donne Rakid The Kid ».
Deux grands frères, une sœur et un jeune de vingt ans l’entourent. Il n’en dira pas plus mais souligne que ça les « les fait marrer ». Il passe son enfance en Auvergne, dans une petite ville du Puy-en-Velay. « Au Vietnam, là où c’était dur » précise-t-il d’un ton moqueur suite à mon étonnement. Il poursuit sur un point plus personnel. Trouver des gens avec qui dessiner était problématique.
Études spécialité «arts»
Rachid, après un bac L option art avec la spécialité dessin, fait une pause en histoire de l’art à Clermont Ferrand et se retrouve à l’école d’arts appliqués à Lyon. Il a accessoirement un diplôme de graphiste, au cas où vivre de sa passion ne marcherait pas.
Le dessin, sa passion
« Les gens ne comprenait pas trop pourquoi je dessinais » se désole-t-il avant de rebondir. « Il a fallu se battre un peu plus une fois à l’école, là où je me suis rendu compte que j’étais bon en dessin ». Un décalage de génération s’évade de ses propos « à mon époque, il n’y avait pas internet ». Cette précision souligne qu’aujourd’hui, il est plus facile de se confronter à d’autres dessinateurs.
Mais qui est le petit personnage qui lui ressemble ? Lui, mais aussi tous ceux qui s’y retrouvent. « Ceux qui n’ont pas forcément tout le temps de l’argent, ceux qui ont une vie normale». Il synthétise par «je ne veux pas être un dessinateur de communauté. Je parle en mon nom et je dis ce que j’ai à dire ».
Son quotidien
Il est concepteur-rédacteur, graphiste, illustrateur, bloggeur et bientôt youtubeur. Il parle d’emblée de sa nouvelle activité, son agence de communication, Blue Cheez, créée avec deux amis auvergnats et spécialisée dans l’humour. Il aimerait faire des vidéos plus éducatives du type « Le saviez-vous ? » ou « C’était mieux avant mais pas tout le temps », comme le montre cette vidéo satirique : httpv://www.youtube.com/watch?v=YZAQMowCLT4.
Pour cela, il s’adonne à un long travail d’investigation afin d’éduquer en s’amusant tout en « me mettant moi-même mal à l’aise quand je fais la vidéo ». On diverge sur son travail chez Lagardère Active. « Je les aide à trouver des idées, à bien faire fonctionner les réseaux sociaux et à illustrer leurs contenus ». Il enchaine « j’aimerais utiliser la machine à remonter le temps, aller me voir jeune et me dire tu vas travailler pour une chaîne où tu pourras regarder des dessins animés toute la journée ». Oui, c’est un fan du retour vers le futur.
Fan de citations
Pour résumer son blog, il reprend à juste titre la citation de Jerry Seinfeld, le créateur qui englobe son idée par « c’est une série télé qui parle de rien ». Reprendre les citations, c’est son grand truc. « Parfois j’ai envie de dire des choses sauf que moi je suis personne pour les dire » lance-t-il en pensant que les gens seront plus réceptifs à la citation. D’un ton enfantin, il poursuit « autant faire passer mon idée de la bouche de quelqu’un d’autre, plutôt que de ma bouche à moi ».
Des avis critiques sur son travail
Artiste, il reçoit également des messages haineux. Plein de gens lui tombent dessus parce qu’il a osé critiquer sa communauté d’origine. Il aimerait qu’on le critique de façon construite. Humble, ça lui arrive de changer d’avis. Il n’est pas contre les retours négatifs, à condition qu’il y ait une explication solide. Il lui est d’ailleurs déjà arrivé de retirer ses dessins.
Musique, films… Et retrogaming
Sans surprise, sa panoplie est grande. La biographie de Raspoutine, Neil Amstrong, Much Love, Seinfeld, Kaamelott sont ses derniers accompagnateurs. Il a imité le grésillement d’un début de morceau de jazz, tel un vrai passionné. Il aime fréquenter le Quai branly ou Pompidou. On se concentre sur son dernier film vu la veille. Il avait des appréhensions avant de voir Much Love. « C’est-à-dire que le film met mal à l’aise, des scènes sont en trop ». Interdit au Maroc, il trouve cela dommage que les Marocains, les premiers concernés, ne le voient pas.
Ne cachant pas son amour du retrogaming (Zelda, Mario, Tetrix… Vous entendez les génériques ?) et comme tout bon collectionneur, il a toujours les fameuses cartes. Il regrette cependant la sortie ratée de Pokémon en France, totalement tournée vers les petits enfants. S’il devait se réincarner en un objet ? « Une manette de Nintendo ». Des personnes qui l’inspirent ? « Les créateurs de Dragon Ball et d’Astro Boy sans oublier celui de Kaamelott ».
Les hommes, les femmes, les origines
On se penche sur des figures féminines engagées. « Elles ont un côté guerrière super fort, sont plus virulentes et plus efficaces. Nous les gars, on n’a pas ça ». On se demande ce qu’il faudrait dire aux hommes pour qu’ils se bougent. Rien n’en sort… Tellement rien qu’il poursuit « j’aurais toujours plus de reconnaissance en tant qu’homme qu’elles en tant que femmes, puisque j’ai un meilleur salaire ». Sur ses origines, il avoue ne sentir « ni Français ni Marocain. À l’heure de la mondialisation, on n’est plus des pays, on est des cultures ».
Engagé via ses dessins
Dans ses dessins, il regrette la fashosphère qui « banalise les faits irritants et désagréables ». « Voir l’Obs ou Marianne mettre en une des titres racoleurs » le met hors de lui. Il n’est pas particulièrement engagé sur le terrain mais il a ses causes à défendre, toutes portées contre l’injustice. Il y a celle qui le touche directement.  «Une femme voilée qui se fait tabasser ça m’inspire, je travaille beaucoup avec le CCIF». Il s’offusque qu’on n’ait plus le droit de crier au racisme, par exemple.
Connecté aux réseaux sociaux
Sur les réseaux sociaux, il est partout et apprécie le fait de pouvoir parler et toucher n’importe qui. « Ça fait un peu place publique où il est difficile de faire la part des choses ».
Son Hashtag préféré ?  « T’es un ancien si ». D’un ton moqueur, il ajoute : « il y a des gamins de 12 ans qui disent que t’es un ancien si tu connais Ludo. Alors que pour moi l’ancien, c’est celui qui connait antenne 2 ou le club Dorothée ». Pour lui, le compte à suivre est celui de Jacky Chan, « parce qu’il est positif ». « Après t’es aussi dépendant de ta communauté sur les réseaux. Tu dois faire des choses qui les intéressent plus ou moins » résume-t-il.
Petit scoop pour celles et ceux qui le suivent : sa prochaine vidéo s’intitulera « la musique est-elle considérée comme un art ? ».
Yousra Gouja

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