Longue queue devant le cinéma Max Linder du Boulevard Poissonnière, à Paris. Beaucoup de lycéens. Au programme, ce vendredi 23 octobre, à 18h30 ? L’avant-première du film « Micmacs à Tire-larigot », de Jean-Pierre Jeunet, organisée par l’association Cinéma pour tous. Dans la salle, public jeune oblige, beaucoup de bruit et de rires à chaque rangée. Le film commence, le silence s’installe.

Une mine explose en plein désert marocain. Des années plus tard, une balle vient se loger dans la tête de Bazil, le personnage principal interprété par Dany Boon – le rôle était destiné à Jamel Debbouze, mais ce dernier ne l’a pas pris. On comprend vite que les armes sont le sujet central du film. Cette balle dans le crâne de Bazil, peut le faire mourir à tout moment. Un personnage bourré d’idées plus folles les unes que les autres. Recueilli par une bande de chiffonniers qui l’adoptent rapidement. Leurs taverne, sous un pont, est pleine d’objets en tous genres. Une caverne d’Ali-Baba qui porte le nom de tire-larigot.

Un jour, Bazil passe devant deux immeubles qui se font face. Il reconnaît sur chacun d’eux les sigles des fabricants des armes qui déjà causé du malheur dans sa famille et peuvent lui être fatales à tout moment. L’heure de la vengeance a sonné, Bazil rallie à son panache blanc les chiffonniers : humour, suspense et tristesse. Jeunet fait des clins d’œil à Chaplin, à Bourvil, à Molière, avec des références au « Bourgeois gentilhomme », à « L’Avare » ou au « Misanthrope ».

S’ensuit un débat animé par la journaliste Isabelle Giordano. Jeunet devait être à ses côtés, mais un lumbago le retient chez lui. L’humoriste Julie Ferrier, actrice dans le film, est présente, accompagnée de son chien, à qui elle s’adresse dans un dialecte inventé par elle-même. L’ambiance est joyeuse, Julie ne lésine pas sur les bons mots. Ayant à faire à des jeunes de 16 ans, elle leur parle aussi grassement qu’ils le font entre eux. Quand je dis « eux », je fais référence aux jeunes hommes qui prennent le micro pour poser des questions, du type genre : « Est-ce que les contorsions, c’est vous qui les faites ? Pasque j’y crois pas, moi ! » Elle lui explique : « Les figures sont faites par une contorsionniste professionnelle russe et moi je reprenais ses figures au moment de la prise vidéo. Mais c’est quand même dur, mec ! »

Nous avons droit à un grand écart improvisé dans son pantalon en cuir, mais comme elle le dit : « Je ne peux pas le faire jusqu’au bout, je ne suis pas échauffée, mais tu vois bien, ma chatte touche presque le sol ! » Ça qui fit rire la salle qui ne s’attendait pas à cette repartie. Julie est assez bonne pour faire glisser ça comme une lettre à la poste.

A propos du réalisateur, elle confie :  « J’aime énormément le travail de Jeunet, l’histoire de « Micmacs à Tire-larigot » est basée sur la sensualité et l’enfance, les chiffonniers sont en réalité de grands enfants. Et comme il le dit souvent au sujet de ses films, il raconte l’histoire du Petit Poucet contre le reste du monde. Mais dans ce film, le Petit Poucet c’est une bande de sept chiffonniers et à plusieurs, on est plus fort ! » Jean-Pierre Jeunet a dit une chose qui a beaucoup touché Julie Ferrier : « Je n’ai pas de rôle pour vous mais je ne vois pas le film sans vous. » La môme caoutchouc était née.

Inès El Laboudy

Photo : Isabelle Giordano et Julie Ferrier (de gauche à droite).

Inès El laboudy

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