Dans ton dos, les Champs Elysées, à ta droite, la Concorde. Et là, au bout de la rue, l’Elysée ! Le Paris chic est à tes pieds. Ce mardi soir, alors que les Parisiens et les touristes sont emmitouflés dans leurs écharpes, Rost fait sa garden-party à l’Espace Cardin. Rost, c’est un rappeur ! Un mec qui, lors des élections présidentielles, s’activait pour « faire voter les jeunes ». Il avait allumé la planète médiatique d’un provoquant : « Si c’est Le Pen-Sarkozy au second tour, je vote Le Pen. » Les médias étaient à fond dans le buzz. Et lui était sur toutes les chaînes !

Les jeunes ont voté. Sarkozy a gagné. Et Rost a écrit un bouquin. Une sorte d’autobiographie. Alors là, mardi, au cœur du Paris bling-bling, il a présenté un court-métrage. Un film d’une dizaine de minutes, coréalisé avec Jonathan Bensimhon (à droite sur la photo, Rost à gauche). 19h45, Nicolas et Carla ne sont pas descendus boire un verre. Même pas un « coucou » du couple présidentiel voisin. Qu’importe, ils n’étaient pas spécialement conviés.

L’Espace Cardin. Fine moquette. Murs blancs. Le buffet est dressé. Chips à la violette. Je consulte rapidement le dossier de presse scotché au mur et m’engouffre dans la petite salle de projection. Il y a plus de monde que prévu. Rost, star de la soirée, sourire aux lèvres, propose de « faire plusieurs diffusions ». Peut être n’avait-il pas prévu un tel engouement. Avant de lancer le court, les deux co-réalisateurs s’avancent pour dire un petit mot. « Ce que vous allez voir est un prélude à un prochain long métrage mais c’est aussi un moment précis de ma vie, annonce Rost. C’est une adaptation de l’introduction de mon livre. » Et d’ajouter, quelques secondes avant que les lumières ne s’éteignent, « c’est aussi pour les petits frères ». Ah… les petits frères !

Le film démarre. Deux bandes rivales. Celle de Rost, une autre en face. C’était en 1994, les taggers s’exprimaient sur les murs avec des bombes pour seules armes. Les couleurs, les dessins recouvraient les camions. Derrière cette touche artistique, souvent, nous retrouvions un message politique. Le générique de début présente la bande à Rost. Les personnages défilent, les flingues aussi. Les Rost’s boys vont affronter leurs rivaux. Comme dans les mauvais films de bandits, on s’arme jusqu’aux dents. C’est au milieu d’un coin paumé que les deux gangs se retrouvent. Rost joue son propre rôle, celui du chef. La rencontre, comme nous aurions pu le prévoir, se passe mal. Les balles pleuvent. Conclusion : du sang, un mort et de la haine. La haine d’un « ami mort pour rien ». La scène est violente.

La seconde partie du court métrage n’est rien d’autre qu’une revue de presse des passages télé de Rost. Des images d’archives. De BFM à Canal +, lors de la campagne présidentielle, il était partout et nous le fait comprendre. De Ruquier à Karl Zéro, il avait fait sensation avec son comité « Banlieues actives ». Le film s’arrête net. Ce sera tout.

En sortant de la salle de projection, laissant notre place au groupe suivant, des questions nous turlupinent. Les quartiers ont-ils encore besoin de films boum-boum ketchup dégoulinant ? Quant à la seconde partie du film, n’est-elle pas qu’une simple propagande pour le rappeur ? On ne sait pas, on hésite.

Mehdi Meklat

« Rost, enfant des lieux bannis » chez Robert Laffont.
« La rue des anges », un film de Rost et Jonathan Bensimhon.

Mehdi Meklat

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