Après un premier opus remarqué, le rappeur S.Pri Noir revient avec Le Monde ne suffit pas, un second EP de dix titres. Portrait d’un des meilleurs espoirs du rap français.
Le garçon a la carrure de ceux qu’on ne se risquerait pas à bousculer dans la rue. Sur scène, capuche sur la tête et mic au poing, le rappeur ne lâche pas un sourire. S.Pri Noir kick, revendique et en impose. « Il y a le personnage sur scène et l’homme. Dans la vraie vie, c’est une crème ! », sourit la jeune chanteuse Nej. Elle et une douzaine de personnes s’entassent dans un petit studio du dixième arrondissement de Paris, ce mercredi soir. « La famille », comme les appelle S.Pri Noir. Au centre, Malick Mendosa de son vrai nom est concentré. En préparation : son concert à la Boule noire du 9 juin, première scène depuis la sortie de son second EP, Le Monde ne suffit pas.
IMG_3854« Problème de riche ! Il y a trop de titres, va falloir en enlever », explique pragmatique DJ Myst, un ancien dans le milieu, également de la partie pour la date parisienne. Avec seulement deux EP à son actif, S.Pri Noir n’a pas chaumé depuis son arrivée sur la scène rap. Son premier couplet, il le pose dans un studio de Belleville à 17 ans, invité par son cousin. Le parisien commence le rap en parallèle de ses études, BTS commerce et licence de marketing. Sept ans plus tard, S.Pri a distillé ses sons sur internet, enchaîné les collaborations et featuring, par exemple avec Black M ou Aketo de Sniper. Sa carrière s’accélère en juin dernier avec la sortie de son premier EP, Licence to kill. « Les gens l’attendent ce son, je ne peux pas faire qu’un couplet ! », assure S.Pri Noir en se grattant l’arrière de la tête.
Choisir la liste des titres pour le concert se révèle être un vrai casse-tête. Sur la sellette, Paramètres, le titre qui a en partie fait connaître le jeune rappeur : « A ce moment là j’étais dans la démonstration. C’est un titre technique, pour montrer ce que je sais faire. Avec Le Monde ne suffit pas, je me dévoile un peu plus », explique en aparté le rappeur.
« Nan, nan, j’ai la dalle ! »
DJ Myst insiste : « T’es à deux heures de son. C’est pas possible ! Tu peux pas tout faire. » « J’kick mec ! ». « Je veux bien, mais tu seras mort… ». « Nan, nan, j’ai la dalle ! ». Au tour des comparses présents de donner leur avis. S.Pri Noir écoute, prend les conseils. Ceux de ses aînés en premier lieu. L’homme est réfléchi. Il hésite. Quel titre passer plutôt qu’un autre ? « Là c’est ton public. Tu peux y aller ! ». Pour la première fois, S.Pri Noir est tête d’affiche. Son premier concert solo, loin des festivals ou des plateaux d’artistes. Un moment qu’il attend ça. « Il a l’œil du tigre ! La rage de vaincre ! », confie son acolyte Still Fresh. Le rappeur sera lui aussi sur scène. Et il est loin d’être le seul invité. « J’aime bien ce modèle américain, l’idée de se rassembler. C’est lourd, on devrait faire ça tout le temps », explique S.Pri Noir.
Il est 18h et la lumière rouge du studio indique qu’il est temps d’y aller. Tout le petit groupe se déplace quelques rues plus loin, du côté du métro Strasbourg St Denis, dans un salon de coiffure devenu leur QG. S.Pri salue tout le monde. Assis dans un fauteuil au milieu du salon, il revient sur ses influences, nombreuses et diverses : « Mes parents sont sénégalais, j’ai grandi dans le 18e puis dans le 20e arrondissement, des cités en plein Paris. J’ai été longtemps en cours. J’ai voyagé aussi. Ça t’apporte des perspectives, tu es plus ouvert sur le monde après. » Ces deux titres d’EP sont tirés de James Bond. Dans un de ses clips, il s’affiche comme Walter Walt, héros de la série Breaking Bad.
Eclectique, S.Pri Noir passe avec aisance d’un univers à l’autre. Il aimerait travailler avec Youssou N’Dour ou Florence and the Machine, avoue qu’il a déjà collaboré avec bon nombre d’artistes qu’il apprécie. Sur son EP figurent notamment Nekfeu, Dadju des Shin Sekaï, ou Dr Beriz du Wati B. Yousoupha, comme d’autres, parle du rappeur comme « un des meilleurs espoirs du rap français » dans une émission de l’Abcdr du Son. Un succès d’estime, loin d’être suffisant pour S.Pri Noir : « Bien sûr ça me rend fier, mais maintenant il faudrait ramener un disque d’or pour le quartier. Il y a toujours plus de curiosité, d’exploration, de savoir et de victoire. Il nous manque la consécration. »
Inès Belgacem

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