Ensemble, faisons résonner la voix des quartiers populaires.

Soutenez le média libre qui raconte des histoires qu'on n'entend pas ailleurs.

Je fais un don

La seconde édition du Salon du monde Arabo-amazigh annonce un programme riche mêlant tables rondes, ateliers, projections, exposants et performances artistiques. Cet événement a été placé sous le signe de la célébration culturelle.

À l’origine de ce forum unique en son genre, Rajâa Moussadik, qui porte l’ambition de créer un espace consacré à « la valorisation des success stories des diasporas ». Du label Wati B à l’agence d’influence SMILE, en passant par sa propre structure de communication RAJ & CIE, cette entrepreneure aux multiples casquettes a fait de ses armes dans les industries créatives, un véritable engagement au service de la communauté. Interview.

Peux-tu nous raconter comment est venue l’idée de créer ce salon ?

C’est un événement qui a germé dans mon esprit, il y a trois ans, au moment de la naissance de mon fils. Sa venue au monde m’a profondément fait réfléchir à la manière dont je pourrais lui transmettre mon patrimoine culturel.

Moi, je suis de la génération des années 90, et j’ai grandi sans véritable rôle modèle qui me ressemble à la télé. Du coup, tu avances un peu à l’aveugle, tu construis ton parcours au gré des opportunités, souvent par hasard, avec les connaissances et les repères que tu as et qui peuvent être limités, qui dépendent en grande partie de ton patrimoine social.

En quoi ce salon est nécessaire aujourd’hui pour renouveler les représentations autour des diasporas arabo-amazighs en France ?

La diaspora arabo-amazigh est trop souvent représentée à travers un prisme réducteur : politique, fait divers, religieux ou migratoire. L’idée ici, c’est de proposer autre chose. Un événement créé par des personnes issues de la société civile, qui racontent leurs propres histoires, avec leurs mots, loin des clichés que l’on voit dès qu’on allume la télé.

Je pense qu’aujourd’hui, les nouvelles générations, issues des diasporas, sont pleinement actrices de la société. Et à ce titre, on mérite d’avoir un espace pour nous célébrer. Il manquait un événement qui célèbre pleinement les success stories de ces diasporas, dans toute leur globalité. Et plus encore qu’hier, aujourd’hui, ce type d’espace est nécessaire.

Il est temps qu’on puisse, sans complexe, être fiers de nos identités multiples, de notre double culture

Il est temps qu’on puisse, sans complexe, être fiers de nos identités multiples, de notre double culture, et de la richesse incroyable que cela apporte. On a besoin d’un espace où la diaspora arabo-amazigh puisse se célébrer, se rencontrer, se connecter et inviter tout le monde à la découverte, au dialogue et à la transmission.

Il faut vraiment qu’on arrête de laisser les autres raconter nos histoires à notre place… Il est temps d’éteindre la télé.

Qu’est-ce que tu tenais à transmettre à travers la conception de ce forum ?

Tout d’abord, je voulais que l’on puisse se célébrer dans les meilleures conditions, dans un cadre exceptionnel, avec des intervenants d’un haut niveau. Mais tout en laissant le salon accessible, parce que sinon ça n’a pas de sens. Ce n’est pas un événement pensé pour être rentable. C’est un événement pensé pour être nécessaire

J’ai construit ce projet pour qu’il réponde à trois objectifs essentiels. Le premier, c’est l’identification, identifier des rôles modèles des success story. Et s’il y a autant d’intervenants au salon, c’est parce qu’il y a autant de success stories qu’il y a de parcours. Et c’est exactement le message qu’on veut faire passer : il n’existe pas un seul chemin, mais une multitude. D’ailleurs, le thème de cette deuxième édition, c’est « Éclairer le futur ». Et ce n’est pas un hasard.

Le deuxième pilier, c’est l’incarnation. Une fois qu’on a identifié cette multitude de parcours et de success stories, il est essentiel de mettre en lumière celles et ceux qui les incarnent. Parce que la représentation, c’est aussi ce qui rend un rêve accessible. On ne peut pas devenir ce qu’on ne voit pas.

Ce salon, c’est un pont entre les génération

Et puis vient le troisième point fondamental : la transmission. Ce salon, c’est un pont entre les générations. Il a pour ambition de transmettre la richesse et la beauté du patrimoine culturel hérité des générations précédentes, celles et ceux qui sont venus, souvent dans des conditions difficiles, qui ont tout donné pour bâtir une vie ici, parfois au détriment de leur santé.

C’est une forme de reconnaissance, mais aussi un passage de témoin. Mais cette transmission ne va pas que dans un sens. Les plus jeunes aussi transmettent. Ils permettent aussi aux aînés de se connecter ou de se reconnecter aux enjeux contemporains. Ce dialogue entre générations est au cœur du salon. Il nourrit une vision partagée, intergénérationnelle, et profondément inclusive.

C’est cette diversité des profils et des échanges qui permet les résonances, les identifications, et finalement, l’émergence de nouveaux récits collectifs.

Pourquoi était-il important d’évoquer à la fois l’arabité et l’amazighité pour représenter la diaspora ?

On est souvent perçus comme un bloc homogène, alors qu’en réalité, nous sommes une pluralité. Souvent, on voit des événements qui ciblent soit la culture amazighe, soit des pays spécifiques, mais ici, l’idée est vraiment de transmettre un message d’unité et de fédération en se célébrant ensemble.

Parce qu’au fond, il y a des liens très forts et très proches entre ces différentes identités. C’est pourquoi cet événement vise à mettre en lumière des cultures et des identités plurielles. Ce forum, c’est à la fois une célébration et une invitation à la découverte.

Une grande diversité de corps de métiers sera représentée lors de ce salon. Quels profils d’intervenant.es as-tu voulu mettre en avant ?

En ce qui concerne la pluralité des profils, j’avais une volonté très claire : faire en sorte que chacun puisse se reconnaître dans un parcours. Je ne voulais surtout pas tomber dans le piège de valoriser une seule voie, par exemple, ne faire l’éloge que de l’entrepreneuriat ou, à l’inverse, ne mettre en avant que le salariat.

Ce salon s’adresse avant tout aux nouvelles générations, pour leur montrer qu’il existe une incroyable diversité de trajectoires possibles. On a identifié pour elles toute une série de personnalités issues du public comme du privé : entrepreneurs, salariés, avocats, journalistes, artistes… des femmes et des hommes engagés dans tous les secteurs de la société. On veut s’assurer que chacun puisse se projeter, s’identifier, et repartir avec l’envie d’éclairer son propre chemin.

J’ai aussi tenu à faire intervenir des profils issus de professions souvent perçues comme inaccessibles. On a, par exemple, la chance incroyable d’accueillir le collectif de médecins Feminae Doctores, ainsi qu’un collectif d’avocates emmené par Maître Clara Trugnan. Ils seront présents sur le salon, dans des espaces dédiés, pour échanger avec les visiteurs, répondre à leurs questions, offrir des consultations gratuites et, surtout, rendre ces professions plus accessibles.

L’idée ici, c’est de mettre à disposition du public des professionnels qui leur ressemblent, et qui surtout, comprennent leurs “maux” avec les bons “mots”.

Comment envisages-tu l’avenir du salon et les prochaines éditions ?

Mes espérances, c’est que de plus en plus de personnes se rallient à cet événement, le soutiennent et s’y reconnaissent. Qu’il devienne encore plus ouvert, plus inclusif, et qu’il continue à rassembler autour de valeurs fortes. Et puis, pourquoi pas, qu’il s’institutionnalise un jour, qu’il trouve une place durable dans le paysage culturel et social, tout en gardant son énergie collective et sa sincérité.

Propos recueillis par Amina Al Bouazzaoui



Articles liés