Ce vendredi est sorti La Terre et le sang sur Netflix, un huis-clos efficace en milieu rural sur fond de règlement de comptes entre petites frappes de la pègre. Dans ce nouveau film, Julien Leclercq (Braqueurs, Gibraltar) met en scène Said (Sami Bouajila), le patron d’une scierie qui n’emploie que des anciens détenus et des jeunes en réinsertion.

Jusqu’au jour où l’un d’entre eux, Yanis, débarque avec une voiture pleine de drogue… Ce jeune, il est incarné par Samy Seghir. Le comédien d’Aubervilliers, rendu célèbre par son rôle dans Neuilly sa mère en 2009, nous parle du film mais aussi de lui : son expérience à Holywood, ses futurs projets…

BB : On a plutôt l’habitude de te voir dans des comédies… Comment es-tu arrivé dans cette aventure ?

Samy Seghir : J’ai eu la chance d’être choisi par Julien Leclercq. On se connaissait un peu via les réseaux sociaux, on a le même agent… Il m’a contacté et j’ai tout de suite dit oui. Ça s’est fait assez naturellement, je n’ai même pas passé d’essai !

Jouer un film comme celui-là, on imagine que ça a dû te changer ?

Moi je viens de la comédie, c’est vrai et c’était vraiment différent. C’est la première fois que je fais un film de ce genre. J’avais vu Braqueurs de Julien Leclerc qui est un peu dans la même veine et c’était très excitant. Mais j’ai eu la chance d’être vraiment bien préparé. Avec Julien, on a beaucoup discuté du rôle, il m’a donné beaucoup de conseils. C’était un peu déconcertant au départ mais j’ai eu la chance d’être très bien entouré.

Ton personnage, Yanis, est pris en étau entre son passé qui le rattrape et Saïd qui ne cherche pas à comprendre la complexité de sa situation. Il y a une intransigeance dans le personnage de Saïd qui nous fait penser qu’il a lui-même des choses à cacher de son passé.

Oui, ça n’est jamais explicité dans le film mais on avait beaucoup parlé de ça. On avait imaginé que Saïd a sans doute lui-même un passé trouble, peut-être même plus lourd que celui de Yanis. Et c’est pour ça qu’il réagit tout de suite avec virulence. J’ai le sentiment que Saïd veut protéger les petits gars qui travaillent chez lui, parce qu’il croit en eux et en cette vie-là mais Yanis vient chambouler son équilibre précaire.

Samy Seghir, alias Yanis / (C) Netflix

II y a comme une relation de filiation entre Yanis et Saïd. Est-ce qu’on pourrait transposer ce rapport de filiation aux liens qui se sont créés entre Sami Bouajila et toi ? 

Je l’admire beaucoup. C’est un acteur confirmé à mes yeux, le rencontrer et tourner avec lui, c’était juste extraordinaire. C’est vraiment un modèle pour moi, j’aspire à la même carrière que lui, en toute humilité (rires).  C’était hyper enrichissant d’avoir tourné avec Sami, je suis trop content !

Tu as participé récemment à un tournage américain avec le film Otage à Entebbe, sorti en 2018. Tu es tenté par l’aventure hollywoodienne ou tu veux t’ancrer dans le sol français ?

Ce tournage m’a permis de sortir de ma zone de confort. C’était ma première expérience auprès d’acteurs américains, donc c’était un peu déconcertant. Mais j’aimerais bien réitérer l’expérience. On verra au gré des propositions, je suppose. Mais d’un autre côté, je suis français et j’ai envie de privilégier les projets français.

Après, c’est sûr, les budgets ne sont pas les mêmes ! Mais ce que je retiens de mon expérience avec Julien c’est qu’on peut faire des choses extraordinaires avec des moyens pas forcément exorbitants. L’histoire de La Terre et le sang se déroule quasiment en décor unique, et cette économie-là permet de concentrer toute la tension de l’action et maximiser certains effets.

Avec Sami, on a passé plusieurs jours dans la scierie en amont du tournage pour se familiariser avec le lieu et aussi avec les gestes du métier, on a également rencontré les jeunes qui y travaillaient, on a appris à leur contact un métier pas évident, c’était un peu éprouvant mais Julien voulait vraiment qu’on soit imprégné de cette atmosphère et pour Sami surtout qui devait vraiment connaître l’endroit par cœur.

Dans ce film, tous les personnages sont issus de ce qu’on appelle en France « les minorités » : pour parler français, le casting est composé principalement d’acteurs noirs et arabes, sans qu’il y ait pour autant un propos social, chose tant redoutée par les réalisateurs qui s’expriment (voire se justifient) sur ce manque cruel dans le cinéma français.

Je crois que ça tient au regard de Julien, très ancré dans le réel, il a une vision moderne et il se base sur des expériences concrètes. C’est des vrais gens qu’on voit dans le film ; Yanis, je pourrais le croiser dans la rue. En général, Julien est très exigeant question réalisme. Par exemple, sur la question de la peur qu’est censé ressentir Yanis, je ne m’étais pas assez bien figuré cet aspect. On l’a travaillé avec Julien pour que les scènes de poursuites soient vraiment crédibles.

Oui, tu cours beaucoup dans le film ! Notamment avec ta partenaire Sofia Lesaffre, qui interprète la fille sourde et muette de Saïd, un type de personnage qu’on voit peu à l’écran également.

C’était important pour Julien d’inclure ce personnage et, toujours dans ce souci de réalisme, elle était coachée directement sur le plateau par une personne réellement sourde et muette. Je trouve que les scènes avec Sami fonctionnent super bien ! Tout ce qu’elle dit n’est pas forcément traduit mais le jeu entre elle et Sami est si intense qu’on comprend dans leur regard ce qui nous échappe du langage des signes.

Mais oui les scènes de courses poursuites ont été intenses à tourner ! Perso, j’avais déjà eu un tournage un peu sportif juste avant en Guadeloupe pour une série adaptée d’un roman d’Agathe Cristie (Ils étaient dix, ndlr) qui va sortir cet été sur M6. Résultat : j’ai dû me faire opérer de la hanche récemment. Donc je profite du confinement pour me poser un peu !

Propos recueillis par Sarah BELHADI

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