Depuis la sortie du jeu Pokémon Go, les parcs parisiens et autres lieux emblématiques de la capitale sont envahis par des centaines de joueurs. Beaucoup viennent de la Seine-Saint-Denis ou d’autres départements de banlieue pour obtenir les précieux personnages. Nous les avons suivis au Parc de la Villette.

Malgré un soleil de plomb, ils sont venus. La veille aussi, ils étaient là, cette fois sous des parapluies ou cachés sous les abris du parc. Smartphone accrochés aux mains, ils s’amusent à capturer les monstres de poche. Même si les études affirment que le joueur de Pokémon Go a une moyenne d’âge de 26 ans, ici, au Parc de la Villette toutes les générations sont représentées. Certains « chassent », selon l’expression consacrée, pour le plaisir ; d’autres pour collectionner ; enfin, il y a ceux qui ambitionnent d’être parmi les meilleurs.

Avec Pokémon Go, on découvre la Villette

Il est 17h au parc de la Villette dans le 19e arrondissement de Paris. C’est une scène devenue banale qui se déroule dans les travées du parc. Des centaines de personnes, des jeunes essentiellement, s’enfoncent dans les 5 hectares de la Villette, les yeux rivés sur leur téléphone portable où l’application Pokémon Go est lancée. Parmi les joueurs, Guillaume, Antoine, Yazid et Nicolas, 17 ans.. Les quatre copains sont venus spécialement de Montfermeil pour le premier et Choisy-le-Roi pour les trois autres. Tête baissée sur leur écran, ils arpentent le parc depuis près de deux heures à la recherche des Pokémons. Ils échangent dans un langage incompréhensible pour les non-initiés. « Et le radar, le radar il dit quoi ?« , « il a combien de pc ? », « j’ai oublié de transférer mes Pokémons !« .

Eux sont des joueurs de la première heure. Guillaume a téléchargé l’application avant même la sortie officielle en France. Et depuis, ils viennent souvent à la Villette couler leurs après-midis. « La Villette ? On ne connaissait pas avant« , confie Yazid, « on découvre, il y a une bonne ambiance et plein de Pokémons qu’on ne trouverait pas ailleurs. » La rareté des espèces qu’abrite le parc draine tous les jours des foules de joueurs, le mot n’est pas excessif, dès 9h jusqu’aux environs de minuit les jours de semaine et 2h du matin le week-end. « S’il n’y avait pas Pokémon Go, on serait à Choisy-le-Roi. On n’aurait pas trop bougé, on jouerait peut-être au foot ou on traînerait », poursuit Yazid qui s’arrête à quelques pas des manèges pour attraper un Minidraco, l’un des Pokémon les plus prisés du jeu pour sa rareté mais surtout pour sa puissance. « Avec beaucoup de Minidraco, on peut faire un Dracolosse qui est un des Pokémons les plus puissants« .

Il y a la chasse aux monstres de poche et il y a ce que l’on nomme des « arènes » : disséminées un peu partout en France dans les lieux-clés d’une ville (une poste, un musée, une école), ces espaces virtuels sont l’objet de batailles féroces ente joueurs. « Y’a un Bulbizarre ! Un Bulbizarre de l’autre côté du pont ! On a encore quelques minutes pour l’attraper« , s’excite Nicolas. Comme des milliers de joueurs, l’adolescent ne se contente pas de l’application du jeu, il a aussi installé un radar, une application non-officielle qui permet de repérer précisément l’endroit où se trouvent les Pokémons. »C’est sur une carte et ça rend le jeu plus intéressant« , explique Nicolas.

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« Y’a un Tortank ! Y’a un Tortank ! »

Au pied du pont qui enjambe le canal de l’Ourcq, assis sur ces colonnades de béton, Amina, 21 ans, Mickaël, 24 ans et Jérémy, 17 ans,  jouent à Pokémon Go depuis sa sortie. Désormais, eux aussi se rendent souvent à la Villette, rarement dans les autres parcs parisiens qui recèlent pourtant eux aussi quelques spécimens rares. « La Villette, c’est pratique pour nous, confie Mickaël, depuis Neuilly-sur-Marne avec le RER E, c’est rapide. » A peine ont-ils répondu que les trois amis s’enfuient en quête de Pokémons repérés à l’aide du radar.

Non loin de la Géode et de la Cité des sciences, une foule innombrable se masse. Tous les bancs sont occupés alors, le jeune Karim s’est assis par terre, jambes croisées : « C‘est un lieu idéal ici, il y a plein de Pokéstop, des points où l’on peut récupérer des Pokéball et d’autres outils qui nous aident à capturer les Pokémons ». Karim, lui, vient de Drancy. « Dans le parc de La Doucette de ma ville, on compte pas mal de Salamèche [un Pokémon rare] mais à la Villette c’est varié, il y a vraiment de tout », se réjouit-il. « Pokémon Go a occupé toutes mes vacances, j’ai passé un super été, parce que d’habitude je traîne juste au quartier ou je reste chez moi.« 

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Karim se lève brusquement, des cris viennent perturber la quiétude régnante. Un joueur a repéré une espèce rare sur son radar. « Y’a un Tortank, y’a un Tortank ! » Karim s’interroge : « Parfois, des gars font des blagues comme ça, on les suit et finalement il n’y a rien. Je vais quand même aller voir, on ne sait jamais ». Et la foule de joueurs de sortir des enceintes de la Villette : on court, on rit, on traverse l’avenue des Flandres, et c’est à rue de Cambrai que tous s’arrêtent. Ils sont au moins une centaine à bloquer la rue. Des voitures klaxonnent, en vain. Elles doivent attendre que tous aient attrapé le fameux Tortank. Certains ont eu le temps de le capturer, pour d’autres il est déjà trop tard. Les joueurs refluent vers le parc de la Villette pour reprendre leur chasse.

Ahmed SLAMA

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