Le slameur/rappeur Adb Al Malik revient avec un nouvel album intitulé « Scarifications ». Mélange de sonorité pop & électro, cet opus a été entièrement réalisé par le pape dans le genre en France Laurent Garnier. Sortie le 6 novembre, cette association entre les deux musiciens, entre deux univers différents, laisse émerger un résultat des plus satisfaisants

Prêts pour un plongeon dans le monde merveilleux des Bisounours ? Des paroles mièvres, enrobées de mélodies soporifiques, des contes à raconter aux enfants le soir, des jolies berceuses pour ceux qui ont du mal à dormir, nous irons loin des réalités nauséabondes gangrénant parfois dans nos quartiers, pour s’enfuir dans un paradis artificiel crée de toutes pièces par ce diable enchanteur. Je parle à la manière des anti-Abd Al Malik, de ceux qui ne connaissent ni son œuvre, ni son combat et qui pourtant, souvent, l’assimilent à des termes réducteurs, tels que « consensuel » ou « bien-pensant ».

httpv://www.youtube.com/watch?v=MSHcJgup4Z4

Le quarantenaire s’accommode bien de ses appellations. « Aujourd’hui, être consensuel, c’est être subversif » confie-t-il au Nouvel Obs. Fidèle à lui-même en étant là où on l’attend le moins, après s’être aventuré sur le terrain du 7ème de l’art, Abd Al Malik revient à son premier amour : le rap. Pour cette nouvelle épopée musicale, Régis, de son vrai nom, s’accorde les services du maître de la musique électro Laurent Garnier. Une collaboration ayant déjà porté ses fruits sur la bande-son du film Qu’Allah Bénisse La France. Sorti le 6 de ce mois, son album s’intitule Scarifications. Un titre pouvant susciter l’effroi comme la curiosité, dans les deux cas, « Scarifications » intrigue, captive par cet audacieux alliage de sonorités futuristes et de poésie lyrique.

L’artiste construit à nouveau sa légende. Son histoire va au-delà des mots. Plusieurs titres dépeignent son passé, tout en glorifiant ce qui a fait de lui ce qu’il est aujourd’hui. L’ego prend davantage de place par rapport à ses précédents albums, le rythme y est plus saccadé et les phases plus rapides. Le tout est en adéquation avec l’atmosphère sombre régnant sur ce brillant essai. Se qualifiant de « stremon » dès le premier titre, il termine en se nommant « Roi de France ».

La problématique amoureuse entre hommes et femme est très présente. Il narre la douleur et la peine accompagnant souvent les relations amoureuses. Par les titres Jamais Je t’aime et Love U, Abd Al Malik chante à la fois la tristesse que peut causer paradoxalement l’amour de l’autre et d’un autre côté son entière dépendance à l’être aimé. Lucide sans être pessimiste, il rappelle à quel point la vie peut être drôle. Comme dans sa chanson-hommage au regretté Daniel Darc, il ne cesse de répéter à tue-tête la fugacité de la vie, nécessitant un engagement entier à l’amour. Il chante l’amour du prochain dans son altérité. Plus de ressemblances que de différences. C’est comme ça et « Tout de noir vêtu » donne le clap à une vision non alarmiste mais globale des idées qui règnent en France. Cela s’accommode parfaitement avec l’univers qu’a voulu créer le rappeur. Sublime tout en étant cru.

httpv://www.youtube.com/watch?v=stDoxZmdSA4

L’excellent « Juliette Greco » vient conclure cette prouesse en terme d’expérimentation et d’innovation musicale. Les références à la littérature du XXème siècle pullulent et donnent une profondeur et une saveur inédite à ce titre qui, je suis sûr, plaira aux amateurs de stylistique. Loin de n’être qu’un exercice de savante rhétorique, « Scarifications », malgré son aspect sombre et parfois cynique, exalte à sa manière la vie, dans sa plénitude, dans la relation à soi-même et à son prochain.

Que dire pour terminer à part ces magnifiques paroles empreintes de force et de sagesse : « Car je suis né dans La Haine/Comme au cinéma L’Amour est la seule guerre que je mène, moi ».

Jimmy Saint-Louis

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