Il a le regard lumineux et la tchatche facile. Steve Achiepo, réalisateur d’En équipe, est ravi de
sa première sélection en festival. «
Quelques jours avant que mon producteur rentre de vacances, j’ai envoyé mon film a Cinébanlieue. À son retour, il m’a dit :  »Tu n’aurais pas du l’envoyer, il n’est pas fini ! ».Le lendemain, j’étais sélectionné ».

Autofinancé par la société Shaker Productions, basé sur neuf mois d’observation et des ateliers de répétition, En équipe raconte l’histoire d’un meneur de jeu (Bastien Bourhis), n’osant pas assumer sa virginité face a ses coéquipiers. « Quand on va dans un vestiaire de foot, on sait que c’est bonhomme. On a tout de suite des images, des cliches en tête. Je voulais les dégommer », explique Steve Achiepo. Réalisé avec les joueurs du Football Club de sa ville Cergy-Pontoise (95), En équipe montre de « nouvelles beautés » pleines d’humour : « Il y a une part qui leur ressemble vraiment ».

Lui-même est un acteur (l’entraîneur d’En équipe, c’est lui) qui a roulé sa bosse entre théâtre et cinéma (dont Waramutseho du camerounais Bernard Auguste Kouemo). Mais à force d’interpréter des sans-papiers, des dealers et des Africains, Steve en a eu marre. « On pense que c’est un cliché mais ça ne l’est pas. Un jour, un directeur de casting m’a dit : « Les réalisateurs en France pensent que les Noirs ne savent pas jouer“ ». Pensant que le changement viendra avec la nouvelle génération de cinéastes « qui a grandi dans cette diversité-là », Steve délaisse le métier de comédien au profit de la réalisation: «être tributaire du désir des réalisateurs ne me convient pas ».

Né a Sèvres en 1981 d’un père ivoirien professeur d’économie et d’une mère guyanaise puéricultrice, Steve est le troisième d’une fratrie de quatre enfants. Après avoir vécu deux ans en Côte d’Ivoire, la famille s’installe d’abord à Clichy lorsqu’il a 4 ans puis à Cergy-Pontoise (95) deux ans plus tard. Son enfance, il la décrit comme « fun »parce qu’il n’a « jamais manqué de rien ».

Élève « taquin » mais apprécié (« j’étais souvent l’avocat du diable »), Steve passe un bac STG
(ex-STT) puis s’exile en Angleterre avec un pote : «
Les États-Unis, c’était compliqué pour le visa,
l’Australie ça coûtait trop cher, donc on est parti à Londres »
.

De retour en France quatre mois plus tard, Steve s’inscrit en fac de Droit a Villetaneuse (93), suis les cours en dilettante (« parce que c’était loin » puis s’arrête après quelques mois (« parce que je glandais »). Un conseiller ANPE lui parle alors d’immobilier. « Je suis parti m’acheter un costume et le lendemain, j’ai marché dans Paris et j’ai fait toutes les agences immobilières ». Il trouve, (« à l’usure« ), une entreprise en alternance qui le forme et l’embauche via un BTS Profession Immobilière. Pas pour longtemps :Steve vient d’être pris par « la fièvre de l’art« .

Voulant faire du cinéma, Steve lit des biographies d’acteurs américains et français et découvre qu’ils ontt étudié : « J’ai regardé le cours qui revenait le plus souvent, j’ai vu « Cours Florent » et je me suis inscrit ». De cours du soir, il poursuit sa formation via des stages de l’Actors Studio et arrête l’immobilier.

Avec un ami, il se lance en 2008 dans la réalisation d’un pilote de long-métrage pour Luc Besson, Lutèce, sur les émeutes de 2005. « On a essayé de rencontrer des producteurs mais comme on n’avait pas d’expérience on ne pouvait pas franchir le secrétariat. Luc Besson nous a vraiment valorisé, c’est un bon gars », raconte-t-il du producteur français. Entre temps, Steve réalise En équipe et Lutèce reste en stand-by.

Influencé par des réalisateurs américains comme James Gray ou Nicolas Winding Refn, c’est par les DVDs de films asiatiques que Steve a découvert le cinéma : « Tsui Hark, comme Scorcese, ça te marque un homme ». Fréquentant les salles de ciné « sur le tard » avec sa carte illimitée (« dans ma famille, personne n’est cinéphile »), Steve reconnaît que c’est en faisant du théâtre qu’il a commencé à s’intéresser au cinéma français et européen.

Selon lui, le traitement médiatique de la banlieue revient trop souvent durant les élections. Regrettant que certaines personnes ne la voient qu’à travers la télévision, Steve déplore : « Aujourd’hui ce n’est plus la banlieue mais l’Islam qu’on diabolise, c’est plein de raccourcis ».

Alors, pour la filmer, Steve utilise « de grands espaces« : « Cergy est une ville nouvelle construite avec des immeubles de moins de six étages et beaucoup d’espaces verts ». Et pour narrer la banlieue « tel que je suis » (« Ma jeunesse était fun donc je voulais que mon film ait ce fun-là »), l’acteur-réalisateur de Cergy ne nous déçoit pas.

Claire Diao

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