Les élèves du collège Pablo Neruda à Aulnay-sous-Bois produisent un court métrage dans des conditions réelles. Du scénario, en passant par le financement, le tournage et le montage, cette petite équipe de réalisateurs-acteurs en herbe gère tout de A à Z. 

Myriam Fraine, initie depuis quelques années ses élèves à la production audiovisuelle. Une passion pour cette enseignante documentaliste qui a étudié le cinéma à l’université et qui reste attachée au septième art. Après plusieurs réalisations, elle décide d’entamer un court d’une vingtaine de minutes en faisant voyager ses élèves. « L’idée c’était de partir ailleurs ». Au départ, ils devaient tourner à Madagascar, hélas, « c’était trop cher ». Plusieurs destinations sont étudiées et le scénario est alors revu.

Mais au fur et à mesure, le projet prend forme. C’est finalement à partir d’un texte de l’écrivain et poète sénégalais Amadou Elimane Kane que les élèves travailleront et en feront une adaptation libre. L’histoire tourne autour de l’immigration et se déroule entre la France et le Sénégal. Les deux protagonistes sont en quête de leur passé et de celui de leurs pères aussi.

BBImanefilm2BBImanefilm2Le projet est bien ficelé mais les subventions manquent. Il est même reporté à plusieurs reprises, faute de moyens, difficile de faire coïncider les dates de tournage et le calendrier scolaire, « on a même voulu changer de destination, mais ça ne correspondait plus avec notre projet », se désole Myriam Fraine. En plus de la contrainte budgétaire, vient s’ajouter le manque de soutien. Quand on lui demande qui l’a réellement soutenue, Myriam répond sans hésitation : « mes élèves ! ». Elle explique avoir « failli lâcher le projet, mais les élèves n’étaient pas d’accord. Ils m’ont vraiment soutenue, s’il n’y avait pas eu leur motivation j’aurais laissé tomber ».

Les recherches et la motivation portent leur fruit. Le budget est trouvé : la fondation BNP Paribas leur accorde une subvention de 10 000 €, un partenariat s’engage avec le Grajar (association de la commune) et les élèves parviennent à recueillir 1300€ avec la vente de gâteaux.

L’interprétation libre du texte a permis à cette petite équipe d’effectuer un travail de recherche. Pour beaucoup, l’histoire personnelle a été source d’inspiration. L’idée était aussi « de casser les préjugés sur l’immigration », soutient la professeure. « Quand je leur ai demandé ce que leur inspirait le terme immigration, c’était le pagne, la chaleur…Les élèves aussi utilisent ces stéréotypes », s’amuse à raconter l’enseignante qui a par ailleurs réussi a emmené ses élèves au festival du film de Deauville.

Pratiquement deux ans qu’ils travaillent sur ce projet, le temps est passé vite, les élèves ont quitté le collège pour aller au lycée mais ils continuent de travailler sur ce film, au collège, notamment le mercredi après-midi. Treize élèves sont restés sur le projet, « c’est le noyau dur » explique l’enseignante.
En octobre dernier, les apprentis se sont envolés en tournage au Sénégal. « Tout s’est passé mieux queBBImanefilm3 je ne l’avais espéré. Les gens y étaient accueillants et serviables. Nous avons même vu un ancien ministre sénégalais, Oumma Sarr, qui nous a invité à manger chez lui ». Aux anges, mais sans réaliser ce qui leur arrivait, « on ne s’en rendait pas compte, je m’en suis aperçu une fois que j’ai vu Oumma Sarr à la télé », s’amuse à dire Kathleen, élève en classe de seconde.

Les réalisateurs en herbe ont tout géré à eux seuls avec la complicité de leur prof. Pas besoin d’engager des professionnels, la petite équipe se débrouille comme de véritables professionnels, ils filment avec leur propre matériel, une élève a même investi dans un appareil photo et s’est trouvée une vocation. Deux élèves ont pris en main la musique du film : AssiBa a écrit les paroles de la chanson, Yoan s’est chargé de la musique, il l’a réalisé lui-même au piano.

« Ce projet est un premier exemple pour tout ce qu’ils feront après, ils ont été patients, ils ont travaillé et sont allés jusqu’au bout », se félicite leur enseignante. En effet, le projet a révélé une passion pour le cinéma comme le dit Fatou « tout le monde a aimé, on a même envie d’avoir un autre projet ! ». Sur les traces de mon père sera finalement un court métrage d’une vingtaine de minutes. Sa diffusion aura lieu à Aulnay-sous-Bois, à Romainville (au Trianon, du 31 mai au 16 juin) et au pays qui a accueilli les apprentis réalisateurs, à Yene, au Sénégal. La bobine est presque bouclée !

Imane Youssfi

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