Six heures du matin. Arrivée à la radio BeurFM, place du Colonel Fabien à Paris. Au fond d’un long couloir, un studio d’où échappe de la musique, des rires, des cris… Voilà plusieurs semaines qu’il lance mon flash info mais je ne sais rien de l’ animateur principal, Tarik. A 32 ans, humoriste, animateur télé et radio, comédien, ce jeune montreuillois est un véritable touche à tout.  Bosseur, fumiste et chanceux. Sa première rencontre avec le public, il l’a faite sur les bancs de l’école. Trublion, il veut faire rire toute sa classe sans se faire virer de cours. La solution, amuser les profs. C’est un  enseignant d’histoire-géographique qui lui offre son premier show. Un jour, avant que les cours ne reprennent, il invite Tarik sur les « planches » pendant 5 minutes. Le temps d’improviser un sketch sur la Russie à l’aide d’une carte devant toute la classe et un prof conquis. C’est le déclic. « Je me suis dis qu’avec l’ humour, on pouvait tout faire ».

Alors quand un de ses camarades le met au défi de monter sur scène, Tarik, s’empresse d’acheter le Pariscope et s’inscrire à une scène ouverte. Le Bec Fin, théâtre du Ier arrondissement parisien, l’accueille pour une improvisation sur les séries télé. A partir de là, tout s’enchaîne. « J’ai eu un vrai coup de bol ». Un jour, le père de Mustapha, l’ un de ses amis, prend Faouzi,un ancien membre de Beurfm, dans son taxi. Il lui demande s’il peut recevoir Tarik en rendez-vous, et l’ homme accepte. Quelques jours plus tard, Tarik se retrouve face à Mehdi, un animateur radio, pour la promotion de son spectacle.

Six mois plus tard, Mehdi le contacte pour lui proposer de participer à son émission en tant que chroniqueur. Dans un style à la Baffie, il balance quelques vannes aux invités. Des invités qui lui rendent bien,  à l’ exemple du DJ Cutkiller ou encore du rappeur Sat de la Fonky Family, qui lui mettent des tapes derrière la tête…Tarik ne se laisse pas impressionner au contraire. « S’ils étaient vexés, c’est que j’ avais fait mon travail ».

« J’ étais un fouteur de merde mais intelligent ». Alors qu’il est animateur et réalisateur radio, il poursuit ses études. Le bac scientifique en poche, il s’inscrit à la fac de Bobigny pour s’inscrire en médecine, ce qui lui permet de suivre une  fille qu’il affectionne depuis le lycée. Après sept années d’études, il se spécialise en psychiatrie. Un domaine qu’il apprécie particulièrement. « J’ aime bien comprendre les gens, le comportement humain, observer ». En novembre 2010, il arrête ses études en raison de son spectacle et de la matinale qu’il anime. « Quand tu as envie d’ un truc, tu ne ressens pas la fatigue. Mes études, c’est terminé, donc maintenant ce que je fais, c’est un taf !»

Depuis bientôt deux ans, il officie tous les matins de 6 heure à 10 heures, avec ses compagnons de toujours, Booder et Julia. En parallèle, il monte sur scène un spectacle qui lui a coûté un an d’écriture. Le public est au rendez-vous, les salles sont pleines. La grosse tête ? « Je n’ai aucune revanche sociale à avoir…je vis encore chez mes parents et quand ma mère me demande d’ aller chercher une baguette, j’ y vais. » Alors avec une vie bien rempli, à quoi pourrait rêver Tarik ? Il s’imagine faire une carrière à la Dupontel.  Il fonctionne et marche au kiffe, comme il dit. Aujourd’hui, il prépare un rôle pour une comédie de boulevard. Quoiqu’il arrive, il affirme qu’un matin, il pourrait bien se réveiller et enfiler à nouveau sa blouse blanche si le reste venait à ne plus tourner en sa faveur.

Anouar Boukra

Spectacle au Théatre de Menilmontant,

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