L’industrie musicale est un marché avec ses produits que l’on consomme, que l’on adule puis que l’on jette. Un marché avec ses phénomènes de mode, ses artistes qui deviennent des stars, ses émissions phares. Pour ce troisième et dernier volet, Oumar s’est intéressé au phénomène des télé-crochets. Il a rencontré Tigane, finaliste de la Nouvelle Star et Magalie Vaé, gagnante de la Star Academy.

Un casting, ou la possibilité de devenir une star grâce un jury plus ou moins légitime. Depuis l’arrivée des télé-crochets en France, des centaines de milliers d’apprentis chanteurs ont tenté leur chance. Certains sont devenus des incontournables aux bêtisiers de Noël, d’autres des idoles. « Si tu m’avais demandé juste après comment s’était passé mon casting, je t’aurais dit que je  ne savais pas. En fait, pour la première fois, je me suis senti solide de ouf. Je ne voulais pas m’afficher devant la France entière, tout mon quartier allait me voir », raconte Tigane. En 2007, il passe les auditions de la cinquième saison de la Nouvelle Star. « L’émission voulait se baser sur l’essence de la personne, sur l’artistique. Ça m’allait très bien même si ça a pris un coup de vieux dernièrement ». Pour ceux qui voulaient faire le show et rencontrer de grandes stars internationales, il y avait la Star Academy. Après des débuts difficiles, le télé-crochet devient très vite un phénomène admiré par 7 millions de téléspectateurs en moyenne.

« La Star Ac’ réalise des rêves. Certains étaient là pour passer à la télé mais la plupart voulaient apprendre leur métier. C’était une école,  il y avait un but, les gens ont dû aimer cela », explique Magalie Vaé, gagnante en 2005. Contrairement à la Nouvelle Star, les académiciens vivent ensemble, au château de Dammarie-les-Lys. « On était filmés 24h/24h ! C’était une aventure humaine, parfois on trouvait même l’amour. Ce n’est pas négatif car les gens pouvaient voir qui on était, c’était pas plus mal ». Tigane, quant à lui, pouvait se déplacer comme il le souhaitait et se rendait donc compte de son image : « Quand je me voyais en Une des magazines ou que les gens me reconnaissaient, j’hallucinais. Ils étaient toujours bienveillants mis à part un groupe qui m’a un jour dit que je n’avais pas le droit de reprendre Billie Jean de Michael Jackson ».

Si les télé-crochets donnent parfois l’impression de contrôler les jeunes qui s’y trouvent, ces derniers en ont souvent conscience. « On était presque des objets » avoue Magalie, « c’était autant pour chercher de nouveaux artistes que pour le business car ça engrange beaucoup d’argent », confirme le chanteur. Si les deux ont atteint la finale du programme, ils ont chacun dû faire face à des obstacles. « J’ai eu des problèmes, on voulait que je sois plus mince, me modeler comme la star parfaite mais je n’ai pas voulu », affirme la jeune femme qui a beaucoup souffert des critiques pendant et après la Star Academy, qu’elle a pourtant gagné. L’obstacle de Tigane n’était pas son apparence mais un autre candidat, Julien Doré. L’homme à la barrette est devenait un aussi gros phénomène que l’émission. « Une journaliste de Libération était venue faire son portrait pendant que je répondais à Téléstar. Je savais que j’allais perdre », admet celui qui finit bon deuxième.

« À l’époque j’avais 19 ans, je ne savais pas trop ce que je voulais faire. On a chacun nos torts et on ne peut pas revenir en arrière même si des critiques m’ont blessée ». Magalie Vaé n’a pas vécu la même victoire que son prédécesseur Grégory Lemarchal. Malgré sa signature chez Universal, son poids reste une obsession. Sa maison de disques estime qu’elle ne fait pas rêver les gens. « Qu’on soit petit, grand, ou gros, l’important est la musique. Je recevais des messages de jeunes filles qui me disaient que grâce à moi, elles s’assumaient enfin. J’ai fait rêver ces personnes là », estime la jeune femme qui subit également l’échec de son premier album. Un manque de promotion et un acharnement médiatique aura raison de son contrat. « Le show-biz ramène des amis mais quand ça ne fonctionne plus ça en enlève beaucoup. J’ai fait le tri. En ce qui concerne la famille, c’était dur pour ma mère de voir des humoristes se foutre de la gueule de sa fille. Ne pas pouvoir protéger son enfant, c’est inconcevable », explique-t-elle. En 2010, elle sort un deuxième album, plus personnel, avant de donner naissance à sa fille.

Signer dans une grosse maison de disques est la récompense offerte au vainqueur dans tous les télé-crochets. Il est plus rare pour un finaliste d’éclore par la suite. Après la finale de la Nouvelle Star, Tigane rencontre des dirigeants de Sony. « Ils voulaient que je fasse un album de reprises. Je sortais d’une émission où on ne faisait que ça et je voulais faire un album personnel. Du coup, j’ai dit non. C’était comme s’ils ne prenaient pas en considération mes volontés ». Alors, le jeune homme décide de marcher seul. Après avoir réalisé un EP sur un label indépendant, Warner le remarque et le signe pour un album. « Hédonisme », aux influences Motown, sort en février 2009. L’artiste a l’honneur de faire la première partie de Grégoire mais son opus ne se vend qu’à 35 000 exemplaires, score moyen en 2016 mais médiocre à l’époque. « Des histoire d’égo ont fait que le truc a foiré, la promo a manqué de fou mais j’ai touché du doigt mon rêve. Quand j’allais à la Fnac, je voyais ma tête. Maintenant, il faut que je transforme l’essai ».

Faire de la musique coûte que coûte est l’ambition de nos deux passionnés. « Cela fait dix ans que j’ai gagné et que je chante même si je ne passe plus à la télévision », explique Magalie. Celle-ci vit toujours son rêve, elle fait de nombreux galas et prépare un EP. « Dans mes titres je parle de moi, ce sont des parts de vie. Mais, dans mon dernier spectacle, je chante des chansons à voix car les gens me le demandent. Ça ne me gêne pas du tout, je reviens un peu à mes premiers amours. Si le public s’amuse, l’artiste aussi », se satisfait-elle.

« Les gens se souviennent encore de moi, j’ai des portes ouvertes. Si mon projet est bon on me laissera ma chance », espère Tigane. Le soul man prépare depuis deux ans un nouvel album. Ne souhaitant pas gagner sa vie en faisant des petites scènes, l’homme fait des petits jobs et met de l’argent de côté. « Quand les gens te voient bosser dans une boutique de fringues alors que t’as fait la Nouvelle Star, ils trouvent ça triste alors que tant que t’as rien de concret, c’est normal de charbonner ! ». Pour le moment, le finaliste se fait discret mais n’hésitera pas à se montrer dans les médias quand il le faudra. « Si tu veux vivre de la musique, il faut que tu vendes des disques et si tu veux vendre des disques, il faut que l’on te voit » conclut-il. Magalie, pour sa part, vit mieux loin des strass et des paillettes de la capitale. La chanteuse préserve les siens de la rançon de la gloire. Une gloire intense dans une industrie musicale où les phénomènes durent parfois le temps d’une chanson.

Oumar Diawara

Articles liés

  • « Freda » : Ôde à la résistance haïtienne et féminine

    Présenté dans la catégorie Un Certain Regard et deuxième film haïtien à être présenté au festival de Cannes depuis 1993, Freda est un film important et immersif sur la jeunesse féminine haïtienne telle qu’elle est. Analyse et interview de la réalisatrice Gessica Généus.

    Par Farah El Amraoui
    Le 18/10/2021
  • « Reconnaître le 17 octobre 1961 c’est reconnaître les autres combats contre un système d’impunité »

    Le massacre des Algériens le 17 octobre 1961 n'est toujours pas reconnu comme un crime d'État. Malgré les déclarations d'Emmanuel Macron, la France ne se considère toujours pas responsable d'une des pages les plus sombres de l'histoire coloniale. Fabrice Riceputi, historien, revient sur cette nuit sanglante et rappelle les enjeux d'une reconnaissance encore loin d'être gagnée. Entretien.

    Par Amina Lahmar
    Le 17/10/2021
  • 007 : les femmes ne sont pas qu’un matricule

    Sorti cette semaine, Mourir peut attendre est le 25ème opus de la série James Bond. Le dernier avec Daniel Craig dans le rôle éponyme d'une série qui a alimenté la polémique sur les questions de représentation ethnique et de genre. Félix Mubenga a vu le film, et salue la place des héroïnes jouées par Lashana Lynch et Ana De Armas. Critique.

    Par Félix Mubenga
    Le 07/10/2021