Netflix a lancé une ambitieuse série sur la naissance du hip-hop dans les années 1970. Avec un coût de production record de 120 millions de dollars, le service de streaming met en valeur la jeunesse et les cultures urbaines tout en revenant sur l’histoire d’un des quartiers les plus pauvres des États-Unis, le Bronx.

The Get Down débute pendant le Summer of Sam de 1977 où canicule, émeutes, grèves et meurtres en série font le quotidien des habitants du Bronx. Ezekiel et Mylene souhaitent percer dans la musique. Le premier décide de se lancer dans la vague hip-hop entouré de ses amis qui choisissent pour maître le DJ Grandmaster Flash. La seconde veut devenir la nouvelle diva du disco et fait appel à son oncle mafieux. Tous veulent se sortir de cet univers où règne la pauvreté et la violence.

« The Get Down n’est pas un documentaire, mais une histoire, celle des 70’s, et surtout comment ces gamins ont amené le hip-hop dans les années 70 », explique le showrunner de la série, Baz Luhrmann. Le réalisateur de Roméo + Juliette et Moulin Rouge a apporté avec lui son style visuel excessif et mouvementé avec une bonne dose de glamour et de paillettes. C’est une ode à la vie et à la jeunesse que présente Netflix. Une luxueuse (et coûteuse) plongée dans le Bronx à la fin des années 1970, alors que le hip-hop, mode d’expression novateur, déployait ses ailes dans l’ombre du tout-puissant disco. Une fresque avec en son cœur un groupe de gamins bien décidés à créer leur royaume à coups de graffitis, de mixtapes et de soirées fiévreuses.

Il était une fois le Bronx et le hip-hop

The Get Down est la fresque d’une époque où la coupe afro et les polos multicouleurs étaient de rigueur. La série nous plonge avec réalisme dans le New York de la fin des seventies. Une luxueuse et coûteuse (environ 120 millions de dollars de budget) plongée dans le Bronx alors que le hip-hop se développait dans l’ombre du tout-puissant disco. Un travail de reconstitution impressionnant a été fait sur les décors et les costumes. De nombreuses images d’archives parsèment les épisodes pour rappeler la terrible réalité sociale du Bronx des années 70. La série montre la violence des gangs, les incendies qui ravagent les immeubles abandonnés, l’émergence du graffiti, la mode du Kung Fu, les limites du système scolaire ainsi que l’essor de la drogue. L’Australien Baz Luhrmann précise dans une interview : « On raconte la ville par l’oeil des jeunes. Bien sûr que ces rues sont dangereuses, mais on ne cherche pas à les regarder d’un autre point de vue que celui des gosses ».

Le moment fondateur du hip-hop appraît à la fin du troisième épisode. Les magasins d’équipements électroniques sont pillés pendant la fameuse coupure du courant qui frappa New York le 13 juillet 1977. Les platines et sonos qui étaient jusqu’alors réservées à un nombre restreint se démocratisent dans le ghetto et des dizaines de jeunes se lancent dans l’aventure du hip-hop. Cette mode offre de nouvelles possibilités artistiques et créatives et un bouillonnement culturel et urbain intense. Ce genre musical était d’abord underground et mené par trois figures charismatiques qui se partageaient la ville. « Personne ne demande les ingrédients qui ont fait naître le hip-hop : je vais vous le dire, il y a Kool Herc, Africa Bambattaa et moi. Kool Herc avait la banque de sons la plus incroyable que j’aie jamais vue. Si je dois me définir, je dirais que j’étais le plus technicien des trois », raconte DJ Grandmaster Flash, l’un des pères du hip-hop.

Pour endiguer la violence, des soirées étaient organisées dans des endroits abandonnés où les jeunes s’affrontaient dans des battles de rime, djing et de breakdance. La série illustre à quel point ce nouveau genre artistique permettait aux jeunes de s’exprimer.

Une feelgood série menée par une bande-son incroyable

Baz Luhrmann mêle l’histoire intime de ses personnages à des thématiques universelles (l’amour, l’adolescence, la sexualité, les revendications sociales et raciales) et une bande-son extraordinaire. L’histoire des six premiers épisodes ressemble à un conte de fées où des pauvres arrivent à réaliser leurs rêves dans une atmosphère hostile. Le mouvement hip-hop est sous son meilleur jour. Les amateurs de la culture noire américaine et des films de Blaxploitation seront aux anges. Les deux personnages principaux sont attachants et donnent envie de continuer à suivre leurs péripéties. L’ensemble du casting est juste.

Cette énergie fait penser à des comédies musicales comme West Side Story ou Hair. La musique mixe disco, funk, soul. Une équipe de choc a composé certains titres menés par le dieu du disco Nil Rodgers (fondateur de Chic). On (re(découvre) tous les grands tubes de l’année 1977 avec Stevie Wonder, Chic, Boney M, Donna Summer, C.J &CO, Machine, Lynn Collins. La première saison de The Get Down est une réussite. A quand une fiction française qui raconterait l’émergence du hip-hop dans les banlieues ?

Lloyd CHERY

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