Avec plus de trois millions d’entrées en une semaine, Tintin et le secret de la licorne de Spielberg, premier volet d’une trilogie, est un véritable succès. Si les Français sont déjà familiers du journaliste à la houppette, il n’en est rien outre-Atlantique (le film sortira là bas fin décembre). Wolverine et autres Marvels lui volent la vedette. Très peu d’Américains connaissent  en effet ce personnage mythique de bande dessinée né du génie d’Hergé, sans la moindre trace de super pouvoir dans les veines.

Spielberg nous propose ici plus qu’une simple adaptation. D’abord, parce que le film mêle le contenu de plusieurs aventures de Tintin. Ensuite parce que le procédé utilisé pour arriver au résultat final n’a rien de comparable avec ce qui a été fait jusqu’alors du personnage belge. Spielberg avait acquis les droits d’adaptation en 1983, directement auprès de la veuve d’Hergé. Le dessinateur, qu’il n’a pas eu le temps de rencontrer (il décède quelques jours avant), avait confié à sa femme vouloir que ce soit ce réalisateur qui porte ses aventures au cinéma. Il a fallu attendre le 21e siècle pour que la technologie soit à la hauteur du projet de Spielberg. La capture-motion est arrivée, et avec lui ce film, mélange d’animation 3D et de travail d’acteurs. Nommons Jamie Bell (Billy Elliot), dans le rôle de Tintin, Andy Serkis (le Gollum du Seigneur des anneaux) dans celui du capitaine Haddock  et Daniel Craig (Quantum of solace) incarnant le descendant de Rackam le Rouge.

Des adaptations de la BD existent depuis longtemps, telles que la série animée éponyme des années 1960 ou encore celle de 1990, citons également pour exemple Tintin et les oranges bleues, film de 1964 avec de réels acteurs dans le rôle des principaux personnages. Qui dit nouvelles technologies dit nouveau rendu.

Si le film de Spielberg connaît un tel engouement aujourd’hui, cela ne s’explique pas que par le personnage mythique qu’il met en scène. Le film en lui-même est un mélange d’enquête policière, d’aventures menées à toute allure, le tout sur fond de comédie. Ce film rocambolesque est drôle, par moments, nous emmène à la découverte du secret de la licorne, mystère qui commence pour Tintin dès l’achat d’un bateau dans une brocante.

Un homme le met alors en garde, un autre tente de racheter le dit bateau à n’importe quel prix. Tintin ne cède pas, et c’est là que se noue l’intrigue. Curieux de connaître le secret qui se cache derrière ce mystérieux bateau, le journaliste et son fidèle compagnon à poils, Milou, s’embarquent pour l’aventure, bravant tous les dangers. Cette quête est l’occasion de découvrir la troisième figure emblématique de la bande dessinée, le capitaine Haddock. Alcoolisé, bourru, leur première rencontre est explosive. Les trois compères passent de la mer à la terre, jusqu’au désert, les tons sombres s’éclairent et quelques fondus enchaînés alimentent savamment le tout (à l’image du reflet d’une épée qui s’ouvre sur le ciel).

Dans ce désert justement, pas trace de Tintin et Haddock se tenant la main, ni d’Haddock enserrant le cou du journaliste en s’imaginant être en possession d’une bouteille d’alcool, comme dans la BD. Dans cette adaptation librement inspirée, Spielberg a fait des choix, tout en parvenant à conserver l’univers d’Hergé. Le papa d’E.T joue entre un environnement sombre, annonciateur du suspens, et bucolique. Tintin, journaliste, prêt à tout pour déflorer les secrets que renferme le monde, incarne la figure mythique du journaliste de terrain. Spielberg lui laisse ses quelques défauts (dont sa grande naïveté) pour mieux sublimer ses qualités, surhumaines. Tintin, finalement, c’est un peu un super-héros.

Amandine Liard

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