Leïla Bekhti, une actrice qui se mérite. Plus d’une heure d’attente debout avant d’entrer dans la salle de cinéma de l’UGC de Rosny-sous-Bois. Une fois à l’intérieur, une demi-heure encore à patienter avant la projection de « Toi, moi, les autres » – « un petit problème qu’on espère régler », explique l’animateur de la salle au micro. Les spectateurs réclament la fameuse Leila pendant que la musique du film tourne en boucle. Le public est plutôt jeune même pour cette avant-première qui a eu lieu mercredi 16 février.

L’équipe du film arrive enfin sur scène – sans Leila. Audrey Estrougo, la réalisatrice, fait une rapide présentation des acteurs et du film, et livre une confidence : « Quand j’étais lycéenne  je séchais pour venir dans ce cinéma, j’habitais à Villemomble. » Un trio de danseurs hip-hop vient ensuite danser sur scène. La cinéaste a lancé un concours sur Facebook. L’objectif est qu’un groupe de danseurs propose une chorégraphie sur la BO du film lors de chaque avant-première du film dans quelques villes de France. Les internautes votent pour élire leur prestation préférée. Ce 16 février, la belle performance hip-hop est chaleureusement saluée par le public. La projection commence. « Elle va venir Leïla, elle va venir », dit l’animateur de salle à un jeune homme frustré de ne pas la voir.

Elle c’est Leïla (Leïla Bekhti). Dans le film, elle habite un quartier populaire de Paris. Sa vie est entre Barbès, Belleville et la Goutte d’or. Elle vient de rater son diplôme d’avocate, affronte l’absence de sa mère, décédée, s’occupe du foyer et notamment de son petit frère Najib (Emir Seghir, le petit frère de l’acteur Samy Seghir), un brun perturbateur. Leila c’est celle qui a fait des études, celle que tout le monde aime, la petite protégée de son quartier. Un quartier soudé, qui s’entraide et partage les mêmes joies et les mêmes peines.

Lui, c’est Gabriel (Benjamin Siksou), un jeune homme aisé, prétentieux, joueur de poker qui vit dans les beaux quartiers parisiens. Il a une fiancée, Alexandra, avec qui il doit se marier dans quinze jours. Le destin de Leila et Gabriel va se croiser le jour où il renverse accidentellement Najib. Rien de grave pour Najib mais la naissance  d’une histoire d’amour entre Leila et Gabriel.

Audrey Estourgo nous livre une comédie musicale où les acteurs interprètent des grands classiques de la chanson française réorchestrés et entremêlés de thématiques sociales comme l’immigration clandestine. Leila peine à aider son amie Tina, une sans-papier, à régulariser sa situation avec sa petite fille.

Les acteurs interprètent des titres tels que « Pour un flirt » (Michel Delpech), « J’attendrai » (Claude François), « Sauver l’amour » (Daniel Balavoine), « Tout le monde il est beau » (Zazie), « Quand on a que l’amour » (Jacques Brel), « Le temps de l’amour » (Françoise Hardy), « Un autre monde » (Téléphone) ou encore « La bonne étoile » (Mathieu Chedid).  Le moment le plus marquant, selon moi, est la reprise en version hip-hop de « Et si tu n’existais pas », de Joe Dassin, où Leïla Bekhti, vêtue d’un sari, réalise une chorégraphie indienne dans les rues de Paris. Une comédie musicale réussie, des personnages hauts en couleur qui amène beaucoup d’humour et d’émotions. Seul bémol, on devine facilement la trame du film.

La projection terminée, l’équipe du film rejoint le public, accompagné, cette fois-ci, de Leïla Bekthi. Elle paraît bien plus jeune que son âge, elle est très fine et coiffée d’une coupe au carrée lissée. Elle porte un jean et un petit pull large. On entend un jeune homme crier : «  Leïla, je t’aime », et celle-ci de répondre : « Je suis très contente d’être ici et moi aussi je t’aime ! » Le public a la parole, un micro passe aux volontaires. L’équipe a droit à des remarques sur le film, relativement positives, et sur la problématique de l’immigration clandestine : « Il faut se rappeler que ce sont des êtres humains à qui on arrache une vie », commente Audrey Estourgo.

La comédie musicale a manifestement séduit le public : « C’est un film qui chausse du 41 et qu’on a essayé de mettre dans du 37 », explique la réalisatrice pour évoquer le risque que cela a été de monter un e tel film en France. Une jeune fille demande à Leila si Benjamin Siksou embrasse bien : « C’est du cinéma, on ne s’embrasse pas vraiment. » Elle ajoute : « C’est les scènes que je préfère le moins, c’est très technique et puis je suis fidèle », dit-elle en montrant sa bague au doigt. Une précision qui a refroidi pas mal de jeunes hommes dans la salle et très certainement beaucoup d’autres derrière leur ordinateur.

Imane Youssfi

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