C’est de l’autre côté de la Méditerranée, dans l’antre de l’île de Djerba que la Galerie Itinerrance a trouvé un point de chute estival. Un musée à ciel ouvert, où des artistes du monde entier se sont donnés le mot.

Le street artiste Bansky a un jour écrit dans l’une de ses œuvres « Peu de personnes montrent un goût pour l’initiative. Personne ne leur a jamais ordonné d’en faire preuve ». Les initiateurs de la Galerie Itinerrance font assurément partie de ces quelques audacieux décrits par Banksy. Développé sous une multitude de formes et dans des endroits communs et insolites, le street art est accessible à tous pour une durée indéterminée.

C’est sur Twitter que je prends connaissance du projet : une photo d’une méduse bleue peinte sur un mur délabré avec comme fond un ciel dégagé bleu azur. Interloquée, stupéfaite et ravie de voir cette photo prise à Djerba, mon île d’origine, je planifie six mois à l’avance ma rencontre avec ce lieu.

La Galerie Itinerrance déménage et s’installe à Djerba, dans le mystérieux et bien gardé village d’Erriadh. Aux commandes de  » l’initiative », un homme : Mehdi Ben Cheikh. Tunisien d’origine, il n’a pas hésité à importer son projet dans son autre pays, la Tunisie, afin de faire profiter ses pairs de son savoir-faire et celui de ses compagnons artistes. Cent cinquante artistes de trente nationalités se sont imprégnés des terres profondes de l’île pour transmettre leur passion à travers leur œuvre. Australien, Irakien, Palestinien, Japonais, Français, Tunisien : tous ont accepté de participer au panorama mondial de ce que peut donner le street art.

« Avoir une activité qui n’était pas là avant « 

Confronter l’architecture notamment les voûtes et les coupoles à une pratique artistique contemporaine amène à une explosion de saveur. Ce beau cocktail transparaît dans la collaboration d’artistes.

Il y a eu un réel échange entre les artistes. Ils entretiennent chacun leur inspiration les uns des autres. Seth et Pum Pum se sont rencontrés à Buenos Aires. Seth a un univers enfantin et fantasmagorique et Pum Pum pose sur les murs du monde entier ses animaux qui s’envolent, rêvent et voyagent. Pour Seth, la collaboration entre artistes, c’est le partage et s’adapter à l’autre comme on s’adapte au support. Brouillon en main, l’objectif est de mêler les deux univers sans que l’un ne marche sur les pieds de l’autre. Des discussions presque enfantines parfois aboutissent à une forte connexion au lieu.

Dan 23 a travaillé sur les femmes et sur leur regard. Jaz utilise les matériaux du pays. Il a fabriqué sa propre peinture à l’aide des pigments de brique. Chacun à son rythme alimente l’activité du village tout au long de la journée et même de la nuit ! Brusk a commencé son œuvre vers 21 heures et l’a terminée vers 2h30 du matin, me dit une passante. Une maligne idée d’éviter les rayons du soleil ! Kan a pris quatorze heures pour son œuvre afin de rendre hommage à l’artisanat tunisien. Ravie de trouver un petit truc caché par là, un pochoir, une calligraphie, un portrait discret, tout comme le propriétaire, réticent au début que j’ai rencontré et qui a finalement proposer son mur. Ainsi, Djerba est une explosion de création résumée dans ce tableau.

« Découvrir la Tunisie, ce n’est pas juste des mur

La collaboration artistique fait penser à la cohabitation entre les différentes populations et religions au sein de Djerba. En effet, l’île est le berceau de plusieurs civilisations depuis des siècles, notamment musulmanes et juives. Cette dernière y vit depuis des siècles en bonne entente avec la majorité musulmane malgré le déclin démographique engendré par l’émigration vers Israël dès 1948 et vers la France après 1956 (indépendance de la Tunisie), 1961 (crise de Bizerte) et 1967 (guerre des Six Jours).

Une fois terminée, l’œuvre amène à des interprétations toujours différentes de ce que peut donner un précis coup de pinceau. Les enfants du village sont curieux et discutent avec les artistes. Ce sont eux qui vont gérer les œuvres, leurs œuvres plus tard ! Les artistes essaient de transmettre le message suivant : « l’art ce n’est pas réservé aux riches, pas besoin de faire les beaux arts pour le faire. »

Parmi les artistes, El Seed. Le graffiteur est très apprécié des jeunes tunisiens de par son origine et son talent à rendre à l’écriture arabe ce qu’elle mérite. Amina, l’une des commerçantes du village, l’a rencontré et a insisté sur le fait qu’il y a peu d’artistes qui prennent autant à cœur leur origine. Lui comme les autres artistes ont eu besoin de l’énergie et de la force des habitants.

Nous vivons dans l’éphémère. Certaines œuvres vont vieillir, d’autres disparaître, recouvertes au fil du temps. Mais, ce mouvement s’inscrit dans un processus amenant d’autres artistes à présenter leur finalité.

Et pour ceux qui désirent se plonger davantage dans cette aventure artistique atypique, le livre Djerbahood, agrémenté des biographies des artistes et de magnifiques images, est disponible depuis le 20 mai 2015 en librairie.

Yousra Gouja

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