Du 17 octobre au 12 novembre, se tient à la Dorothy’s Gallery, dans le XI° arrondissement parisien, une exposition rassemblant 150 œuvres de prisonniers en provenance du monde entier. Parallèlement, des débats, ateliers, projections, liés à l’univers carcéral et surtout à la réinsertion sont organisés dans ce lieu.

L’endroit est petit. Une impression forte se dégage de ce « bricabra » d’œuvres. Toiles, photos, mais aussi toutes sortes de créations faites d’objets de récupérations, de toutes formes et de toutes tailles sont exposées. Derrière une colonne, on trouve l’œuvre d’Anne-Brigitte, intitulée  Incarcéré ?. Faite essentiellement de bois, la création de cette artiste allemande montre un homme coincé dans un tronc d’arbre qui cherche à s’évader. La toile du Roumain George,  Mon histoire, dresse un portrait de la vie de l’artiste. Un autoportrait psychédélique à la Jérôme Bosch où enfer et paradis se côtoient autour du visage du peintre représenté pleurant.

150 œuvres d’art produites en détention dans quarante pays sont exposées à la Dorothy’s Gallery, située au cœur du quartier Bastille. A l’origine de l’initiative, une association allemande Art et Prison créée par un ancien aumônier de prison, Peter Echtermeyer. En 2009, il lance un concours international, qui sera réédité une autre fois. L’association lance un appel à candidature dans des centaines de prisons et reçoit des centaines d’œuvres. En février 2014, Bruno Lavolé après avoir rencontré Peter Echtermeyer quelques années auparavant, crée l’association Art et prison France dans l’objectif  notamment de faire venir l’exposition berlinoise à Paris. « Attention, il n’y a rien à gagner, souligne Bruno Lavolé. Nous avons eu des problèmes financiers pour exposer. » Cet ancien cadre dans le secteur bancaire affirme que le pari a été difficile à remplir.

Le projet aboutit finalement grâce à une collecte de fonds sur un site participatif, quelques partenariats et les dons d’un mécène. Karsten Kaempf de l’association Art en prison à Berlin confirme le côté « artisanal » de l’affaire. « Ca demande beaucoup d’énergie ! » Il raconte comment il a contacté des pénitenciers du monde entier par mails et adresses postales grâce aux informations trouvées sur Internet. « Parfois, il est compliqué pour les détenus de nous envoyer leurs œuvres », détaille-t-il. S’ensuit alors de multiples procédures pour trouver associations ou partenaires pour aider les détenus.

« L’humain peut refaire sa vie »

C’est la Dorothy’s Gallery qui accepte finalement de recevoir l’exposition. « Nous recherchions un lieu engagé », confie Bruno Lavolé. Le directeur de l’association française insiste sur l’objectif de cet événement. Il faut « rappeler que quoi qu’aient fait les gens, ils sont des êtres humains, insiste-t-il. 95% des détenus sont des futurs membres libres de la société. » La prison « est l’un des sujets les plus importants qui existe aujourd’hui, soutient aussi Dorothy Polley, la directrice de la galerie. Je ne crois pas aux châtiments à vie. Je pense que l’humain peut refaire sa vie. »

« Donner aux prisonniers une voix », est donc bien comme l’explique Peter Echtermeyer, l’objectif de cette exposition mais aussi celui des différentes conférences et événements organisés jusqu’au mois de décembre à la Dorothy’s Gallery. De nombreux artistes et acteurs de terrain (sociologue, contrôleur général des prisons, criminologue…) présentent leurs travaux. C’est le cas des deux parrains de l’événement. Le premier, Reza, photojournaliste iranien, a fait trois ans de prison pour son implication contre la politique du Shah.  Il passe beaucoup de temps dans les prisons pour former les détenus à la photographie. Le second, Berthet One est originaire de la Courneuve. Il  a été condamné à 10 ans de prison pour un braquage. Enfermé, il s’est mis à dessiner et à raconter les histoires de l’intérieur à travers une BD, L’Evasion publiée et primée à Angoulême. De nombreuses personnes des quartiers ont accepté de partager leurs expériences et sont à rencontrer durant cette série d’événements tels que Karim Mokhtari, Monte Laster ou Audrey Chenu.

Charlotte Cosset

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