Disons-le franchement, l’ouverture du clip de « Waka Waka » est nulle. Avant que n’apparaisse le visage de la belle Shakira, il faut se farcir le penalty victorieux de Fabio Grosso en finale de la Coupe du monde 2006 contre la France. Merci pour le rappel. Mais ne l’oublions-pas : « La musique s’écoute, elle ne se regarde pas. » La citation n’est pas d’Eric Cantona, mais du Zidane du mixage sonore, Fabrice « Fab » Dupont.

Ce Clichois de New York, que les stars de la musique s’arrachent, fait une nouvelle fois parler de lui pour son travail sur « Waka Waka », qui, avec plus de 70 millions de clics sur You Tube et un classement de leader dans les « charts » mondiaux, est de loin l’hymne de Coupe du monde le plus écouté de l’Histoire. On en oublierait presque que son refrain est tiré d’une marche militaire de 1986. « Je l’écoutais à l’école en cours de musique africaine, sourit Fabrice. J’adore cette chanson. »

Des rues parfois difficiles de Clichy-la-Garenne (92) aux avenues d’opportunités de New York, ce sculpteur de sons vit une success story. Il n’a que 16 ans lorsqu’il lance son premier label. A l’époque, il produit son groupe MAM et des jazzistes de la région parisienne. A 20 ans, il en a ras-le-bol de la banlieue et part pour Boston, à l’école de musique Berklee, une pépinière à talents, avant de tenter sa chance à New York.

La ville lui sourit. L’autodidacte fonde son studio d’enregistrement, FLUX, et mixe les morceaux de J-Lo, Bebel Gilberto et Les Nubians. Son secret tient en deux mots : travail (il n’a presque pas pris de vacances en cinq ans) et chance. Il doit par exemple son travail avec Jennifer Lopez à l’une de ses productions, qui a mystérieusement atterri entre les mains d’un collaborateur de la star. « Ça se passe toujours comme ça dans le métier », assure-t-il.

Pour « Waka Waka », l’ex-gardien de but de l’AS Clichy était une fois de plus au bon endroit au bon moment. En février, il mixait l’album « Radio Africa » du groupe sud-africain « Freshlyground » (dont une des compositions était en lisse pour devenir l’hymne officiel de la Coupe du monde) lorsqu’il a été approché par John Hill, producteur de Shakira.

Hill, qui travaillait alors sur « Waka Waka », savait que malgré ses charmes, la Colombienne n’aurait aucune chance de l’emporter si elle ne s’associait pas à des artistes africains. Il demande à Fabrice, dont le studio est dans le même bâtiment, s’il connait « Freshlyground », que Sony lui avait recommandé. Exceptionnellement, le groupe était à New York pour assister au mixage de son album. La collaboration commence : la chanteuse de Freshlyground, Zolani, enregistre un solo qui sera intégré au morceau de Shakira, le groupe imprime sa marque sur l’air. En quelques heures, le phénomène planétaire prend forme… « J’ai tout de suite réalisé le potentiel de la chanson », affirme Fabrice.

Malgré tout, ce dernier reste lucide. Il sait que de nombreux Sud-Africains auraient préféré voir une star africaine chanter l’hymne de la Coupe du monde, ou du moins partager l’affiche d’égal à égal avec un non-Africain (comme dans « Waving flag » par le duo K’naan/David Bisbal). « L’Afrique n’a pas été assez mise en avant. C’est une question d’ego de la part de l’équipe de Shakira. Mais au final, Freshlyground n’a pas de problème avec ça, assure Fabrice. Beaucoup de gens les ont decouverts et Shakira les a mis en avant pendant le concert d’ouverture. Elle adore Zolani, qui est exceptionnelle… »

D’ailleurs, « Fabulous Fab » a mixé une version « plus africaine » de « Waka Waka », qui fait actuellement un carton en Afrique du Sud et dans la région. « C’est plus un duo », dit-il de la version alternative, diffusée uniquement dans le pays hôte de la compétition. Elle aurait sans doute mieux incarné l’esprit de la Coupe.

Alexis Buisson (New York)

Alexis Buisson

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