Le titre du dernier film de Jacques Audiard, « Un prophète », Grand Prix du jury au festival de Cannes, est accrocheur. Pour ma part, il ne m’inspire guère, apparemment tout comme son réalisateur « qui ne sait pas pourquoi (ce titre) ». Ce n’est pas bien grave puisque le film est loin de se résumer à son titre et c’est tant mieux. Si je suis allée voir ce film en avant-première, jeudi dernier à Rosny, c’est en premier lieu parce qu’il traite de l’univers carcéral, univers qui me fascine.

D’année en année, les prisons se dégradent, les suicides y sont toujours plus nombreux, les gardiens font grève : elles sont de plus en plus honteuses pour notre cher pays des droits de l’homme qu’est la France. La prison c’est la punition, et c’est la répression, la violence psychique et physique, un parcours d’obstacles incalculables pour se réinsérer, un mélange des genres (de délinquants), une mort lente et programmée pour certains, une tranche de vie pour d’autres.

Jacques Audiard a choisi de filmer l’instant présent, une période de vie carcérale sans mensonge ni fioriture : la (sur)vie dans une prison d’un jeune de 19 ans, Malik, qui en a pris pour six ans. Malik n’a presque pas de passé : on ne sait quasiment rien de lui à part son âge, ses cicatrices et un foyer dans lequel il a vécu jusqu’à l’âge de 11 ans. Personne ne l’attend dehors. Les acteurs ont tourné dans des immeubles désaffectés réhabilités en prison pour le film : hallucinant réalisme.

Le personnage de Malik alterne souvent entre l’innocence et la naïveté, d’une part, et l’inconscience et l’arrogance, d’autre part. Le film est sublimé par les envolées lyriques de quelques scènes où le jeune prisonnier retrouve un peu de joie. Tahar Rahim crève l’écran.

Après le film, une question du débat m’a interpellée : un homme maghrébin était très en colère car selon lui, le film nuit notablement à sa « communauté » : un Arabe en prison, et puis ce communautarisme, vous comprenez, ce n’est pas une belle image… La réaction de l’ensemble des acteurs, présents lors de cette avant-première, m’a plu. Ceux-ci lui ont demandé de citer un autre long métrage français où la chance avait été donnée à un acteur maghrébin de s’imposer dans un tel rôle. Aucune réponse.

Stéphanie Varet

Stéphanie Varet

Articles liés

  • La guerre d’Algérie, par mon grand-père pour la première fois

    Amina Lahmar n'a jamais parlé avec son grand-père de l'indépendance algérienne du 5 juillet 1962. Encore moins de la guerre. Pourtant Ahmed Lahmar a eu un rôle dans la résistance pour la libération. L'homme octogénaire a accepté pour la première fois de se confier à sa petite-fille en détail. Témoignage.

    Par Amina Lahmar
    Le 07/07/2022
  • Le 5 juillet depuis Choisy-le-Roi, dans les yeux d’Antar et Rachida

    Rencontre avec Antar Ghiri, 80 ans et Rachida Benghanem, 83 ans. Des cousins originaires de Sétif arrivés en France à la fin des années 1950. Le 5 juillet 1962, ils ont vécu la proclamation de l’indépendance de l’Algérie dans le Val de Marne, après des années de lutte et de résistance du peuple algérien. 60 ans plus tard, ils racontent avec émotion. Récit de vie. 

    Par Samira Goual
    Le 05/07/2022
  • « Nos silences sont immenses », Sarah Ghoula raconte les maux de nos aïeux

    Un roman pour raconter l'Algérie colonisée, le rôle des femmes et surtout les liens familiaux et sociaux qui se jouent face à l'apparition du surnaturel. "Nos silences sont immenses", premier roman de Sarah Ghoula a plusieurs niveaux de lecture, et la fiction dépeint avec force un vécu enfoui par de nombreuses générations. Critique.

    Par Kamelia Ouaissa
    Le 29/06/2022