Ouafa Mameche est une éditrice Franco-Algérienne de 25 ans. Fraichement diplômée, elle défend sa ligne éditoriale sous la bannière des éditions Faces Cachées depuis le mois de février. Portrait.
Pas de diligence sur la route, départ en trombe, arrivée sur le fil à Château-Landon (X° arrondissement)… Rien avoir avec le grand cru, mais peu importe. L’horloge sonne les 12 coups de midi ! Ouafa m’accueille à deux pas de la Gare de l’Est. De longs cheveux bruns, le sourire vissé sous son stetson, en hommage à sa bonhomie naturelle. Elle est petite, menue et a de l’ambition du haut de ses 25 ans. De manière générale, les routes se tracent en fonction de nos prémisses scolaires. « Tu vois, le monde se divise en deux catégories : ceux qui ont le pistolet chargé et ceux qui creusent. Toi, tu creuses. » Direction le saloon… Elle tire et dresse son parcours entre soupe, makis et bol de riz.
« J’ai passé un Bac S, suivi d’un master d’Histoire spécialité Islam médiéval. J’ai choisi de m’orienter par la suite vers un Master 2 professionnel dans l’édition que j’ai terminé en juin 2015.» Le CV est béton, la partie est serrée ! Pourquoi avoir tiré cette carte ?
« C’était en quelque sorte pour me rapprocher de mes activités annexes. En parallèle, je tiens mon blog personnel, je suis secrétaire général de l’ADEAS (Association des étudiants africains de la Sorbonne) et rédactrice en chef de leur journal : Philanthropie… J’étais également pendant un temps journaliste musique pour plusieurs magazines et sites. On peut dire que la rédaction, la correction, la relecture, la mise en forme c’est quelque chose que j’ai toujours pratiqué, c’est ce qui m’a influencé dans cette voie d’éditrice. »
Sa scolarité n’a rien d’un coup de poker pour cette Franco-algérienne qui a grandi à Antony (92). Poussée par cette boulimie de travail au service de la plume, Ouafa se découvre des affinités avec l’écriture. « Au début la langue française c’était ma principale hantise… En seconde mon professeur de français m’a traumatisée avec son discours : “De toute façon les enfants d’immigrés, ils vont faire S car ils ne sont pas très doués pour les lettres.” Son constat avait réussi à totalement me dissuader de cette matière. Il y avait aussi le fait que la langue française ne soit pas ma langue maternelle… Je suis arrivée en France à l’âge de 8 ans… »
Je suis…
Aucune parade, aucun bluff, son parcours atypique reflète sa détermination… Des idées se bousculent sous le stetson, mais il manque l’étincelle. « Lors de ma première année de master d’édition, j’ai effectué un stage chez Hachette Éducation. Dans cette entreprise, j’éditais des manuels scolaires d’histoire/géographie. Grâce à ce stage, j’ai vu les rouages d’une maison d’édition. Je me suis rendu compte que c’était assez simple de faire un livre et que le plus dur c’était de le vendre… Les éditeurs mettent beaucoup plus d’argent dans le marketing, dans la commercialisation que dans le processus d’édition. Convaincu de mon potentiel, il fallait qu’un jour je tente l’aventure.» 
Il suffit parfois d’un regard pour désacraliser une profession, qui semble après coups, aussi simple que le French cancan. « En janvier 2015, j’en ai parlé à un ami qui m’a mis en relation avec des personnes… Bakary Sakho et Paul Odonnat, deux amis d’enfance et militants associatif. Contrairement à moi iJe suisls avaient dépassé le cap des rêvasseries. Les deux comparses avaient une structure sous la forme d’une association : LIDEE (Laboratoire d’initiative durables d’expérimentation et d’économie solidaire), mais il leur manquait un éditeur. Son discours m’a tout de suite séduit : “Tu as ton idée, je la respecte ! Moi, je te mets à ta disposition la structure administrative et les moyens financiers.” Tout ce qui aurait pu me prendre des années m’étaient servis sur un plateau ! Suite à notre entretien, il m’a demandé : “comment veux-tu qu’on appelle la maison d’édition ?” Je lui ai répondu sans hésiter : “Faces Cachées” comme le nom de mon blog. Le lancement était en février et en juillet on bouclait déjà notre premier livre. »
Après le flop, le turn et la rivière, cette femme de volonté, de persévérance, s’embarque dans l’aventure en lançant le tapis telle une Calamity Jane des temps modernes. D’une idée, une rencontre, se créée une perspective. Vapeurs, charbons, la locomotive se nomme : Faces Cachées et porte la voix de leurs créateurs. « Le premier livre que l’on va défendre sortira en octobre et c’est celui de mon associé Bakary Sakho. “Je suis”est un essai qui témoigne de la vision de son auteur. Ce livre prend comme point d’ancrage l’affaire Zyed et Bouna et se développe sur la question de l’identité à travers différents thèmes. Il n’a jamais tenté de se faire éditer auparavant, car il savait que cela allait être compliqué par rapport aux thèmes et la méconnaissance de ce milieu… Son seul repère dans le monde littéraire, c’était son ami Sadia Diawara qui a plusieurs livres à son actif en autoédition. »
Le livre donnera le coup d’envoi des éditions Faces Cachées dans ce Far West littéraire. Ce bouquin semble être le début d’une longue série, qui fera émerger de nouvelles plumes. « On choisit selon le profil de la personne. Si l’auteur à des choses intéressantes à raconter je pense que c’est la base pour n’importe quel livre et pour toute maison d’édition… Je dirai aussi par rapport aux valeurs que son histoire met en avant et surtout permet de casser les préjugées ! »
Lansala Delcielo

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