« Danser pour célébrer des corps marginalisés. » Voilà comment on pourrait décrire le voguing. Cette danse a été popularisée aux États-Unis dans la communauté LGBTQ+ afroaméricaine et latinos des années 60. Le mouvement phare du voguing ? Le « posing ». Un geste qui consiste à prendre la pose au rythme de la musique, à l’image des modèles du magazine Vogue. Depuis son essor outre-Atlantique, le voguing est arrivé en France.

En 2013, la House of LaDurée a assuré la relève, en s’imposant comme le premier groupe de voguing en France. La plupart des houses ont été créés aux Etats-Unis avant de s’implanter en France. C’est le cas de House of Oricci, dont Candy fait partie.

Pascal alias Rajah, est dans la ballroom depuis deux ans. © Aurélie Chantelly 

Ces collectifs de danseurs réunissent leurs membres lors de balls, des événements où différents groupes s’affrontent pour remporter des prix. Chaque membre de la house représente une catégorie qui vient déjouer les codes de la société.

Ces codes, Candy les rejette depuis longtemps. Elle a grandi à Sevran, dans un environnement où se découvrir en tant que femme trans a été très compliqué : « Quand j’ai complètement transitionné, ça a été très dur » explique-t-elle. Harcèlement sexuel et moral, agressions, Candy s’est affirmée malgré de douloureuses épreuves.

Maintenant c’est ça, ça va être ça tous les jours. Maintenant je suis “elle”

« En tant que femme d’origine nigériane et indienne, on m’a fait comprendre que la virilité et la masculinité étaient importantes. Je devais reprendre les codes de nos parents, ajoute-t-elle. On a essayé de me soigner, on m’a dit que c’était une phase qui allait passer en priant, en allant à l’église. » Sa transition, elle a fini par l’imposer.

Un beau jour, habillée de vêtements féminins, elle a attendu sa mère pour lui annoncer la nouvelle : « Je m’étais assise sur le canapé. En me voyant, elle a été choquée et je lui ai dit : “Maintenant c’est ça, ça va être ça tous les jours. Maintenant je suis “elle”. »

Peu à peu, elle s’éloigne de sa famille et découvre le voguing sur les réseaux sociaux : « Je me suis dit que ce serait cool pour moi de faire ça, car je ne voyais que des gens qui me ressemblaient ». Dès le premier cours, elle découvre la sensation d’être acceptée sans être fétichisée.

Une passion onéreuse

En intégrant House of Oricci en 2020, Candy rencontre une famille : « On s’appelle et on s’envoie des messages tous les jours ». Danseuse pour la catégorie babyvogue, consacrée aux danseurs de voguing débutants, elle est aussi étudiante en psychologie.

Le coût des événements, les trajets en taxis pour ne pas se confronter à la violence de la rue, les tenues extravagantes pour passer sur scène… Les 200 euros de sa bourse étudiante sont utilisés en une semaine.

Elle est prête à payer le prix fort pour profiter d’un environnement où elle se sent acceptée. Malgré cette situation précaire, elle espère évoluer dans ce milieu pour en vivre un jour tout en enseignant la danse.

« Sans le voguing, je n’aurais pas été la personne que je suis aujourd’hui »

Se défaire des cases, Pascal, 23 ans, en fait aussi un moteur. “Duchesse” de la House of LaDurée, son rôle est d’épauler les membres du groupe. Ce soutien moral va bien au-delà des événements. Pascal alias Rajah, est dans la ballroom depuis deux ans. « Sans le voguing, je n’aurais pas été la personne que je suis aujourd’hui », explique-t-il.

“Duchesse” de la House of LaDurée, son rôle est d’épauler les membres du groupe. © Aurélie Chantelly

Venu de Martinique en 2019 pour poursuivre ses études de mode, il découvre cet univers grâce à des amis. Pour lui, la culture ballroom marque un tournant : « Le voguing m’a aidé à repousser mes limites. » Tenue extravagante, allure et démarche impeccable, il représente la catégorie Runway.

Je m’habille chez l’homme et la femme. Je peux être très masculin et à la fois très maquillé

Cette activité ne paye pas son loyer mais lui permet de jouer avec les codes genrés : « Je m’habille chez l’homme et la femme. Je peux être très masculin et à la fois très maquillé ».

« Je veux montrer aux gens comme moi, qu’on ne va pas nous empêcher de vivre, d’être ce qu’on est », revendique-t-il.

Populariser la pratique pour la professionnaliser

Plus qu’une passion, ces évènement sont aussi une safe place : « Je sais que là-bas, peu importe comment je suis habillé, je n’ai rien à craindre ». Un environnement bienveillant qu’il n’a pas toujours connu. « Plus jeune, j’ai essayé de me “masculiniser” pour qu’on arrête de dire que je me comportais comme une fille. Ce que je fais ici, en Martinique, je ne l’aurais pas fait », précise-t-il.

Aujourd’hui, il se réjouit que le voguing devienne à la mode : « Ça nous donne du travail ». Tant que ce sont des personnes légitimes qui sont embauchées et que leurs revendications sont respectées, il est fier de voir cette culture se développer.

Naïma Dieunou

Articles liés

  • Sim Marek : Le street art comme échappatoire

    Des murs de Tunis à ceux de Paris, Sim Marek est désormais un street artiste reconnu dans le milieu. Graffeur, plasticien et tatoueur, il est aussi membre de L’atelier des artistes en exil. Entre les pschitts et l’odeur enivrante de la peinture, Sim revient sur son parcours. Portrait.

    Par Vera Fesquet
    Le 24/01/2023
  • Tirailleurs : projection exceptionnelle à Bondy, pour ne pas oublier

    Mercredi soir, le ciné Malraux de Bondy projetait le film Tirailleurs en présence de quatre anciens tirailleurs bondynois. Le réalisateur Mathieu Vadepied, l’acteur Bamar Kane, Aïssata Seck et Christiane Taubira étaient au rendez-vous. Un événement pour ne pas oublier ces soldats morts pour la France.

    Par Névil Gagnepain, Félix Mubenga
    Le 20/01/2023
  • Jok’Air de retour au collège pour offrir sa BD

    Le rappeur parisien était de retour sur les bancs de l’école dans le 13e arrondissement de Paris. Accompagné de l’association « La mélodie des quartiers », il a offert des exemplaires de sa nouvelle BD autobiographique aux élèves du collège Thomas Mann. Reportage.

    Par Félix Mubenga
    Le 20/01/2023