Vendredi dernier au théâtre Sébastopol de Lille, Wax Tailor s’associait sous les yeux du public à 40 musiciens et 17 choristes, membres du Conservatoire de la ville, pour un concert-spectacle ahurissant.

C’est sous l’impulsion de la ville de Lille que le projet a eu lieu : celui de mixer les sons de Wax Tailor avec les douces notes des musiciens du Conservatoire de Lille. Un moment étonnamment riche, fait de tonalités diverses, de vidéos, d’un dialogue permanent entre l’univers du hip hop/trip-hop et celui de la musique classique. Imaginez une scène, avec en son centre l’auteur-compositeur-producteur Jean-Christophe Le Saoût, alias Wax Tailor, posté devant ses platines et ses ordinateurs. À sa droite et de dos, la gracieuse Lucie Leguay, pianiste et jeune chef d’orchestre de 24 ans mène sa troupe à la baguette : ses élèves, les musiciens et choristes du Conservatoire, qui ont entre 18 et 30 ans, se doivent de revisiter à la perfection le répertoire de l’artiste.

Par moments, une envoûtante Charlotte Savary vient se dandiner tout en chantant délicieusement, avant de laisser place à trois rappeurs bien en forme. Enfin, un écran de douze mètres sur six diffuse des images en continu. Des extraits de films ou encore les images de synthèse d’une cité imaginaire, dont les buildings se font et se défont au rythme des basses nous laissent sans voix. Chaque personnage est bien à sa place, l’ambiance est harmonieuse, ça frise l’excellence.


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La succession des morceaux est assez ahurissante. On ne sait plus où donner des yeux et même le public devient un spectacle divertissant : tous les âges, toutes les couleurs et toutes les formes se côtoient parfaitement. Les têtes se balancent d’avant en arrière, dans l’attente presque frustrée de ne pas pouvoir se lever et de danser. En fin de représentation, le Maestro, méticuleux et pense-à-tout, les libèrera de cette souffrance en les invitant à se lever. Ni une ni deux, de jeunes groupies se déchainent volontiers sur les classiques tels que « Positively Inclined » ou encore « Que Sera ». Avant de se quitter, l’artiste proposera un message d’espoir, avec un dernier titre en l’honneur de Nelson Mandela. Le visage de quelques grandes figures de l’histoire apparaissent alors, en même temps que des mots bien choisis tels que « freedom », « locked in terror » ou encore « equality ».

On aura beau le qualifier de « chef de file du hip-hop orchestral », « mordu d’électro » ou de « dj chauve », essayer de catégoriser sa musique, Wax Tailor n’est ni plus ni moins qu’un ovni, tant sur le plan physique que sur le plan musical.

Comment avez-vous mis en place cette aventure ?

Wax Tailor : Le point de départ a été une proposition de projet initiée par Jérôme Copin [adjoint à la direction des Arts du Spectacle et de la Musique à la mairie de Lille, NDLR], qui m’a contacté pour travailler sur un projet de création autour des nouvelles technologies et des interactions. Il n’y avait donc pas de volet « symphonique » au départ, nous étions axé sur un aspect purement technologique. J’ai dit « ok, ça m’intéresse, mais je veux le faire avec un symphonique ». Ça s’est fait assez simplement, quelques rdv, quelques rencontres dès début 2013 et puis tout s’est goupillé très vite. 

En novembre 2010, vous donniez déjà quatre dates, accompagné par l’orchestre symphonique de l’Opéra de Rouen lors de la « Wax Tailor & The Mayfly Symphony Orchestra ». Pourquoi avoir remis ça ?

La vraie question c’est « pourquoi l’avoir fait la première fois ? » : je l’ai fait parce que ça me faisait vraiment rêver, c’était une envie profonde, cohérente avec ma musique. Mais je me suis battu pour le faire. Donc pourquoi remettre ça, parce que c’était tellement un plaisir, tellement un truc à part… Le contexte ici m’a donné envie de casser l’aspect feutré de l’évènement de 2010, d’avoir un côté section funk, des contrastes, de réunir le meilleur des deux mondes.

Ce système de tournées symphoniques pourrait-il devenir permanent ?

Non, c’est beaucoup trop compliqué. Ce n’est pas possible de bloquer autant de personnes dans un tel système et puis, faut le dire aussi, économiquement c’est impossible ! Pour aller à l’Opéra, il y a soit des subventions publiques, soit le prix des billets est à 100€. Là on est sur des billets à 30€… C’est juste pas possible. En plus de ça j’ai refusé de faire des zéniths, puisque je veux faire des salles, qui ont de l’âme, quelque chose… Mais aussi moins de billets. Enfin, ce que j’aime dans ce spectacle c’est sa rareté. Rendre ce spectacle permanent lui ferait perdre de sa magie. C’est bien de se dire « plus que 7, 6, 5… ».

Vous avez lancé, avant vos représentations : « vous êtes des méta testeurs ! », que voulez-vous dire par là ?

Vu que c’était une première, c’était donc une blague, ma façon de dire : « attention, peinture fraîche ! ». D’ailleurs on vient de rater ce soir un début de morceau… Ce qui est normal, aussi… Donc on peut enjoliver et dire « vous êtes des privilégiés »… ou.. « vous êtes des cobayes ».


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Ce mélange harmonieux de sons, d’images, vous confèrent un vrai côté avant-gardiste. C’est quoi pour vous l’avenir de la musique ?

Je ne suis pas Nostradamus… Mais pour moi, l’avenir de la musique c’est les croisements naturels. À une époque on parlait beaucoup de fusions, de mélanges de genres. C’était pas très naturel. On sentait des concepts très marketing derrière. Aujourd’hui, la musique se définit de moins en moins facilement et c’est tant mieux. Les gens n’arrivent plus trop à mettre des étiquettes et moi je crois à cette confluence. Tout se croise, des jeunes musiciens arrivent et touchent à tout, à la musique, à l’image. Je crois beaucoup à ça, aux multimédias et à ceux qui font des chemins de traverse.

Votre concert se termine par une note fortement engagée… Vous faites de la musique pour faire passer des messages ou faites-vous passer des messages pour continuer votre musique ?

Ce n’est pas comme ça que je vois les choses : moi j’ai fait du rap pendant longtemps et, bien que j’ai horreur de cette expression, je me souviens qu’on parlait alors de « rap engagé ». Mais qu’est-ce que cela voulait dire ? Que le reste était dégagé ? Bizarre. Finalement, j’ai donc pris beaucoup de distance par rapport à ça, parce que c’était trop didactique. Il y avait un côté « donneur de leçon qui ne va pas forcément au bout des choses». Et j’ai le sentiment aujourd’hui, en étant un producteur indépendant, en gravitant hors d’un système donné, de faire finalement plus de politique que de faire des petites comptines avec quelques petits textes politisés. Je trouve que c’est plus politique de me réveiller le matin et d’envoyer bouler Universal plutôt que de dire « je suis un rebelle » mais d’aller signer et de prendre ses points sur une Major Company. Après chacun sa cuisine. Pour en revenir à la question : la musique a un pouvoir d’évocation, de réflexion. Cette sensibilité renvoie de la conscience. Et je suis persuadé que la musique, l’art, rend vigilant.

Pegah Hosseini

Prochaines dates : Mardi 13 mai : Montpellier, Opéra Berlioz/Le Corum ; Mercredi 14 mai et jeudi 15 mai : Paris, Folies Bergère ; Samedi 17 mai : Lyon, L’Amphithéâtre Cité Salle 3000 ; Dimanche 18 mai : Bruxelles, Cirque Royal de Bruxelles, Festival -Les Nuits Botaniques

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