C’est une balade, sous un soleil qui frappe à coups de rayons brûlants. Comme une sacrée montagne, le 20e arrondissement de Paris se gravit. Pas à pas. Eventrer la place Gambetta, monter la Rue des Pyrénées, tourner à gauche jusqu’au numéro 121 de la rue de Ménilmontant. A l’espace Carré de Baudoin, entrez sans frapper. Les gardiens de la paix municipaux prennent des grands airs. L’événement dépasse leurs attentes. Rarement la mairie n’avait réussi à réunir autant d’objectifs. Caméras et photographes se chamaillent sur le parvis.

« Décalez-vous jusqu’au buisson », ordonne un mec à l’aise dans son costard. L’organisation titille la perfection. Les jeunes sont installés dans une salle, prêts à dégainer leurs iPhone chargés. Une première voiture s’arrête devant l’entrée. Jeanette Bougrab, secrétaire d’Etat à la jeunesse et à la vie associative, crâne. Elle claque la pince à la maire rose du 20e, Frédérique Calandra. Un journaliste tente un pari : « Les Ricains, quand ils disent 13 heures, ils sont là à 13 heures, tu verras ! » Pari gagné, à quelques pétales de minutes.

Will.i.am, l’icône de Black Eyed Peas, arrive accolé à Charles Rivkin, l’ambassadeur des Etats-Unis en France, accolé à son épouse. Les journalistes bourdonnent autour d’eux, comme des abeilles autour d’une ruche. Le trio américain se fraye un chemin dans la masse, jusqu’à la salle. Les jeunes chanceux brandissent leurs portables. « Will.i.am a grandi dans les quartiers difficiles de East Los Angeles », entame au micro l’ambassadeur.

Et Will.i.am de fouiller dans ses souvenirs : « Dans mon quartier pauvre de LA, j’avais la hargne. Mais je me rappelle d’Alain, Adam, René : mes amis tués. Alors, pour m’exprimer, je faisais beaucoup de graffitis et de hip-hop. » Aux murs, les toiles sont égratignées par les graffs. Les couleurs et les cultures s’emmêlent. Bob Marley est multicolore. La maire confie : « Les Etats Unis ont un temps d’avance sur l’art urbain. Ils veulent en faire un art majeur. »

« C’est bien de connaître tout le monde : Algériens, Tunisiens, Chinois… », lâche le chanteur qui a mêlé les genres et les arts, moulé dans une veste en cuir de l’espace. Le micro se faufile. Les jeunes, issus d’associations d’art urbain pour la plupart, se laisse aller à quelques mots. A une question, Will.i.am répond : « En France, je connais IAM et Serge Gainsbourg. Mais je connais pas les paroles. » Avant de renfiler ses baskets d’artiste engagé : « Chanter Yes We Can était ma contribution. Je voulais partager ma passion des USA. » Et Charles Rivkin (photo, au centre, à droite, Jeannette Bougrab), représentant du président Obama, de confier : « C’est ce slogan qui l’a fait gagner. » Will.i.am aime se frotter au futur. Pour 2012, il propose « Yes We Will (Oui, nous le ferons) ».

Tantôt humain, tantôt robot. Sur scène, il jongle avec des costumes venus du temps d’après. « D’ailleurs, entre vous tous, il y a peut-être le prochain Mark Zuckerberg (créateur de Facebook, génie de l’internet) », lance-t-il, comme pour permettre au possible prendre le pas sur l’impossible. « Il faut juste contourner les barrières qu’on vous met et avoir de bons amis, sinon vous n’irez nulle part. » Les applaudissements fusent à la vitesse des flashs. Tout le monde fait assaut sur sa personne, pour saisir un souvenir. La maire lui offre le miel des « abeilles du 20e ». Jeanette Bougrab lui glisse : « Vous nous rendez fière de nos origines. »

Dehors, des filles s’en remettent à peine. « C’était… voilà… » Sekou, un baraqué, s’attendrit : « C’est important de voir des artistes. Il aurait pu venir faire ses concerts et partir, mais il est venu. Et je peux vous garantir que c’est pas de la com, il en a pas besoin. » Des filles reviennent à la charge : « Physiquement, je préfère Usher. » Une autre : « C’était émouvant. II sait d’où il vient et il est resté simple. Ça aurait pas été pareil avec Lady Gaga ou Beyoncé. »

Le cortège américain dévale les rues au rythme des gyrophares. Un peu plus bas, au square Sara Bernhardt, la journée « Nos engagements » organisé par la mairie bat son plein. D’un coup, la meute médiatique secoue le terrain. Sur la scène municipale, où les enceintes braillent une instru, Will.i.am grimpe et improvise un rap. Faudra en pincer certains pour qu’ils y croient. Mireille, cheveux blancs, passe par là. « C’est pas vrai ! Y’a vraiment l’ambassadeur de l’Amérique, là ? » Pour elle, c’est lui la star.

Mehdi Meklat et Badroudine Said Abdallah

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