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Les lumières s’éteignent, le silence se fait. Sur scène, trois danseurs. Djodjo Kasadi, Serge Amisi et Yaoundé Mulamba investissent l’espace, se frôlent, se touchent, tombent, se relèvent. Pendant quarante minutes, ils incarnent trois enfants du Congo-Brazza dans les années 90, au cœur du conflit. Du vécu : tous trois ont connu la guerre, Serge Amisi et Yaoudé Mulamba y ont pris part en tant qu’enfants-soldats.

Histoire sans paroles, faite de chants, de marionnettes et de danse, « Congo my body » semble fasciner la brochette de gamins présents dans la salle. De temps en temps, un rire fuse. Les enfants regardent un spectacle de marionnettes, les adultes y voient une tragédie humaine. L’espace d’un instant, un jeune homme ferme les yeux. « Je ne pouvais pas faire autrement. Quand j’ai entendu cette chanson, celle que chantait Kabila à l’époque, ça m’a ramené très loin en arrière », confiera-t-il.

Car une fois le spectacle terminé, les artistes reviennent sur scène pour débattre avec le public. Dans cette salle pas vraiment comme les autres, les échanges entre spectateurs et artistes sont essentiels : nous sommes au WIP (Work In Progress), à la Villette. Ouvert en février 2010 dans l’ancienne maison des vétérinaires (quand la Villette abritait encore des abattoirs), cet espace dédié aux cultures urbaines et émergentes se veut « un laboratoire du dialogue art/société ». Une formule qui prend tout son sens une fois que l’on y a mis les pieds.

Ici, les artistes sélection peuvent répéter et créer librement, dans des conditions idéales. Seule obligation : faire partager au public leur travail en cours. Ainsi, Djodjo Kasadi, Serge Amisi et Yaoundé Mulamba ont présenté un morceau de leur spectacle, en cours d’élaboration. « Que voulez-vous exprimer ? », leur demande un ado à la fin de la pièce. « Je ne sais pas exactement…Toi qui nous a vu sur scène qu’est-ce que tu as ressenti ? », lui répond la chorégraphe-danseur Djodjo Kasadi. Un jeu de questions-réponses qui permet aux artistes d’impliquer le public… et d’avancer dans sa démarche créative. « Ca nous guide, on voit clairement ce qui fonctionne ou pas dans notre création », confie l’artiste.

Des rencontres comme celles-ci, le WIP en organise plusieurs par mois. Documentaire avec Maya Abdul Malak, théâtre social avec le Bottom-Théâtre, danse hip-hop avec les compagnies Rualité et Ma-Do-Ki : à l’exception d’une soirée mensuelle, toutes la programmation est gratuite. Mot d’ordre : DI-VER-SI-TE ! Diversité des activités (spectacles, débats, ateliers), des disciplines artistiques, des sujets abordés. De l’immigration aux relations intergénérationnelles, les œuvres présentées questionnent le monde d’aujourd’hui.

Le fil conducteur ? Tous les artistes proposent des créations contemporaines et expérimentales. Tous tentent de rendre l’art accessible au plus  grand nombre. Une démarche citoyenne, en somme. Par un important travail de médiation auprès de structures sociales et éducatives, l’équipe du WIP veut faire sortir la culture de son carcan, pour l’amener dans de nouveaux territoires… Du grand art !

Aurélia Blanc

Photographies : Enrico Bartolluci

Aurélia Blanc

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