Le film du jeune prodige Québecquois, Xavier Dolan, a suscité l’intérêt de nos trois blogueurs. Si l’esthétisme du film a plu, le scénario les a laissé beaucoup plus perplexe.

Une intrigue intéressante qui vire vers un flop

Mommy est un chef d’œuvre de réalisation. Les plans et couleurs sont magnifiques, poétiques et rythmés. On gardera notamment en tête la scène où Steve danse avec un caddie de supermarché ou encore celle, émouvante et drôle, où les trois personnages principaux dansent sur une chanson de la plus célèbre des Québécoise, Céline Dion.

Malgré la réussite technique et esthétique indéniable de ce film, le scénario s’il commence sur une intrigue intéressante, fait rapidement un flop. La jeune mère semble de bonne volonté pour élever son fils qui vient d’être renvoyé d’un centre pour mineur, mais il apparaît vite impossible pour elle de le gérer et de le garder chez elle. Alors que le film s’étire sur la longueur, 2h19, une scène proche du mélodrame gâche la tension de l’histoire. Die, la maman dépassée, a décidé d’abandonner à un institut – comme le permet une récente loi – son fils impulsif et violent qui souffre du syndrome du trouble du déficit de l’attention avec hyperactivité (TDAH). Elle imagine alors sur la route qui la mène au centre ce que leur vie aurait pu être si son garçon était rentré dans le rang, si l’aide scolaire de sa voisine Kyla avait abouti. Elle voit un beau jeune homme, qui fête d’abord son diplôme, qui reçoit ensuite sa lettre d’admissibilité dans une grande école, qui se marie… La fin, vous la devinez… Tout ceci n’était qu’un rêve Steve est interné dans un centre psychiatrique, la voisine déménage et Die se retrouve seule.

Charlotte Cosset

« J’ai capoté ben raide »

Lors de la nomination du film Mommy au prix du jury du festival de Cannes, ma grand-mère québécoise m’a appelé pour me raconter qu’elle était heureuse qu’un film « du pays » soit nommé par le célèbre festival français. À sa sortie je n’ai pas pu résister longtemps à cet appel, je suis donc allé le voir.

Tous d’abord comme on dit chez moi, je doit avouer que « j’ai capoté ben raide ». Le film est une avalanche d’émotions qui témoigne de la virtuosité de Xavier Dolan. À la fin du générique on ne sait pas si on doit rire où pleurer. Les acteurs parlent un québécois authentique qui est difficile à comprendre si on n’est pas habitué. Même ma mère qui a pourtant grandi au Québec n’a pas reconnu toutes les expressions.

Mais, grand étonnement, cela nous place dans un état d’esprit typiquement québécois et ne vire pas à la comédie. Le format portrait du film peut paraître dérangeant au début, mais il devient essentiel pour mieux se focaliser sur la vie de cette famille certes troublée, mais qui est remplie de bonnes intentions. En clair que dire de plus si ce n’est que « ce film est foule bon! ».

Giuseppe Aviges

« Ma déception fut à la hauteur des éloges »

Je l’attendais tellement ce film, le cinquième du jeune et génial Xavier Dolan. Peut-être est-ce la raison pour laquelle ma déception fut à la hauteur des éloges que j’ai pu lire et entendre ici et là.

J’avais hâte de le voir raconter la relation entre une mère et son fils atteint de troubles du comportement. Seulement voilà, j’ai eu l’impression d’un pitch plus intense que le film. À force de ne vouloir point trop en dire Xavier Dolan n’en dit pas assez. Durant tout le film j’ai eu l’impression de faire du lèche-vitrines avenue Montaigne. Voir des belles choses, car cela oui, ce film est d’un esthétisme rare, mais sans pouvoir les ressentir et me les approprier. À l’arrivée il ne reste que de la frustration, car j’aurais aimé plus de violence, plus de désespoir et plus d’amour clairement exprimé comme cela peut exister au sein de familles traversant des drames similaires.

À la place, j’ai vu quelques scènes aseptisées, de longs silences que j’ai eu la flemme de déchiffrer. Parce que oui je suis une spectatrice fainéante, qui attend qu’on lui serve le film sur un plateau. Au lieu de ça, Xavier Dolan m’a offert un très beau film mais avec un cordon sanitaire tout autour.

Latifa Oulkhouir

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