Le festival « Y’a d’la banlieue dans l’air » fait partie du paysage culturel bondynois depuis 22 ans. Il a accueilli, et parfois révélé, de nombreux artistes comme Zebda, IAM, Manu Chao… Cette année, le programme prévoit Barbara Luna (salsa), Cheb Khalass (raï), Amel Bent (RnB) et Alpha Blondy (reggae). Alléchant. Samedi, je m’y rends donc, accompagnée de ma fameuse cousine du 78. Les festivités commencent sur les coups de 17h30. La foule sera à son summum pour Alpha Blondy, entrée en scène aux alentours de 22 heures.

J’avais prévu deux interviews, finalement tombées à l’eau. Amel Bent (photo) est dans les coulisses dès 17h30, alors qu’elle doit chanter à 20 heures. Je lui propose une interview à cet instant mais elle préfère la faire après son concert. J’attends qu’elle finisse son show, mais de jeunes fans l’assaillent alors pour des autographes ; je patiente encore et encore et au moment où je vois que le nombre de fans diminue, je demande à l’un de ses gardes du corps (elle en a au moins trois, ce qui la rend encore plus inaccessible) de lui rappeler qu’elle m’a promis un entretien. Il revient quelques instants plus tard pour m’apprendre qu’elle s’en va. « Elle est, me dit-il, trop fatiguée. »

Alpha Blondy, lui, doit faire son apparition sur scène à 21h30 mais j’apprends qu’il arrive tout droit de Milan. Apparemment, son avion a un petit peu de retard parce qu’à 21h30, il n’est toujours pas là… Ce n’est pas grave, ce sont les risques du métier, et puis un DJ est présent pour assurer l’ambiance entre chaque entracte. Une fois arrivé, le reggae-man monte immédiatement sur scène sans même passer par sa loge et assure son show.

Le comportement d’Amel Bent m’a déçue, elle m’a un peu snobée. Ce n’est pas cool. C’est peut-être son équipe qui a refusé l’interview qu’elle prévoyait de m’accorder. Mais je peux comprendre aussi qu’après son concert, elle était fatiguée et souhaitait se reposer. Quant à Alpha Blondy, il est monté sur scène un peu tard et je ne me suis même pas aventurée à lui demander un entretien car le concert s’est terminé aux environs de minuit.

L’ambiance est top. On voit bien que nous sommes en pleine coupe du monde ! Barbara Luna porte le maillot de son pays, l’Argentine ; Amel Bent a l’écharpe de l’équipe algérienne d’un côté et celle du Maroc de l’autre ; Cheb Khalass ne cesse de répéter « one, two, three viva l’Algérie » ; Alpha Blondy porte le maillot de la Côte-d’Ivoire! Le public est aussi au couleur de chaque pays, les drapeaux français, tunisiens ou turcs virevoltent toute la soirée. Une dame a carrément enfilé une robe cousue à partir d’un drapeau algérien !

Une spectatrice est en admiration devant Barbara Luna : « Elle va faire carrière, cette fille, j’en donne ma main à couper », dit-elle, enthousiaste. La chanteuse veut bien répondre à mes questions après son concert :

« Pourquoi êtes-vous venue à Bondy ?
– Tout d’abord parce que le festival m’a invitée. C’était une bonne occasion pour moi de rencontrer la banlieue française, j’en ai tellement entendu parler, moi qui viens également de banlieue, en Argentine.
– Est-ce qu’en Argentine, la banlieue a une image négative ?
– Tout dépend des banlieues, il y a des banlieues correctes et des banlieues qui craignent parce que les jeunes tombent malheureusement souvent dans le panneau de la drogue et compagnie, c’est dommage.
– Quels sont vos projets professionnels ?
– Mon album « Ruta 3 » est sorti depuis un an, il marche pas mal en Argentine. Après avoir fait beaucoup de scènes, je voudrais le faire connaître en France, c’est mon objectif.
– Un dernier mot ?
– Viva Argentina ! »

Quand Cheb Khalass apparaît sur scène, les « youyous » fusent, les spectateurs dansent au rythme de la musique raï. C’est au tour d’Amel Bent. Les filles deviennent hystériques, tout le monde hurle son nom. Ses chansons sont connues de tous. Une jeune fille me lance : « Elle chante vraiment bien et ses textes sont trop bien écrits. » Alpha Blondy, très attendu également du public, met tout de suite le feu !

Un organisateur du festival m’explique le choix de cette programmation : « On a demandé à Alpha Blondy depuis plusieurs années déjà, de venir au festival et cette année ça s’y prétait car il fait une tournée en Europe. Il a deux dates en France : Bondy et Versailles. Nous avons choisi Amel Bent pour combler le public jeune. Cheb Khalass, lui, est connu dans les pays orientaux et depuis la création du festival, il y a toujours un artiste raï, nous avons donc opté pour lui. Quant à Barbara Luna, c’est une découverte pour le public et ce festival a l’habitude de mettre en avant un nouvel artiste. »

Sarah Ichou

Sarah Ichou

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