Depuis quelques mois, un personnage se fait de plus en plus remarquer dans le monde médiatique et politique. Pourtant, il reste un inconnu aux yeux de beaucoup, si bien qu’il peut encore marcher dans la rue en toute quiétude. Hacen Souadji aka Larsen, âgé de 27 ans et originaire de Tremblay-en-France (93), a eu droit à son portrait dans le quotidien The World (on ne fait pas de pub, même pour The World), un direct sur BFM TV, un entretien avec Bourdin sur RMC et son nom cité en exemple par notre bien aimée secrétaire d’Etat chargée de la politique de la ville au journal de 20 heures. C’est pas mal pour un début !

Larsen est à l’origine connu du rap underground. Mais ce garçon d’une famille de cinq enfants dont une sœur capitaine à l’armée et une autre biochimiste a eu plusieurs vies. Titulaire d’un CFA de cuisinier, il a travaillé entre 1998 et 2004 dans de prestigieuses maisons : au « Copenhague » à Paris, à l’« Auberge Nicolas Flamel » qui est la plus vieille table de Paris (1407) et enfin chef dans un show-room de Giorgo Armani, rien que ça.

Dans cette vie professionnelle « strass et paillette », Larsen s’est heurté à des remarques ambiguës : « Les gens savaient d’où je venais, donc ils me demandaient souvent si je n’avais pas de drogue à leur vendre, il y avait aussi des remarques racistes. Excédé, j’ai lâché plusieurs fois mon travail pour retourner au monde de la rue. »

Pour ceux qui ont connu ne serait-ce qu’un minimum ce monde de la rue, ils comprendront ce que cela veut dire « retourner » à la rue. La rue, c’est comme une bimbo recouverte de maquillage qui passe devant vos yeux, tu sais que tu pourras jamais l’avoir pour toi tout seul mais tu la suis. La rue c’est pareil, elle s’amuse avec ses proies en leur faisait miroiter une renommée aux yeux du groupe. Mais foutaise ! Larsen a donc côtoyé ce monde de la rue et il l’a payé à trois reprises. Certains se délecteraient de rappeler et de préciser ce passé trouble du personnage, nous leur laisserons donc ce plaisir.

Après 2004, Larsen, qui a abandonné le monde des fourneaux, se consacre davantage au rap. Un monde dans lequel il est tombé tout jeune : « Un jour je galérais à la cité et un mec nous a emmenés dans un studio. J’ai commencé comme DJ à 13 ans, mais comme ça coûte trop cher pour s’équiper je me suis penché vers le rap. C’est la galère qui m’a amené à la musique. Je m’en rappelle, c’était un mois de juillet, je suis monté chez les grands et fallait rapper pour rester, j’ai sorti une phase à deux balles, et les grands ont kiffé ! »

Dix ans plus tard, Larsen est dans le game et il gagne avec ses différents albums et collaborations la reconnaissance du milieu underground du rap français, et même du monde cinématographique puisqu’il participera à la bande originale de « Taxi 4 ». Entre-temps, il produira avec sa structure La Rue music le célèbre tube de Diam’s « DJ ». Que ce soit dans les fourneaux ou les studios, Larsen parvient à faire sa place auprès des meilleurs. La tournure gangsta du rap français l’agace, mais il décide de s’aligner sur ce créneau afin de provoquer par interviews et vidéos interposées ces faux « gangsta rappeurs ».

Au final, la frontière entre le rap et la rue est infime et cette dernière le rappelle encore et toujours, mais en 2007, ce sera la dernière fois : « J’ai eu une réelle prise de conscience à ma sortie de taule, voir mon fils au parloir m’a donné une claque ! »

A sa sortie, Larsen ouvre un stand aux puces de Clignancourt où il vend t-shirts et CD. En même temps, il sort un dernier album concept « Du seum bien vicer » dans lequel il laisse la place à des rappeurs inconnus de tous les quartiers de France (ou presque), de la Normandie à la Lorraine en passant par la Provence, tous les départements se voient représentés. « Avec ce dernier CD il y avait un coté social, j’ai fait le tour de France des quartiers et j’ai vu que tout le monde galérait. Donc je me suis plus intéressé aux différentes problématiques sociales qu’on rencontre en France. »

De là, le garçon se lance dans l’organisation de la « Journée de la paix » (un concert suivi d’un concours de dessin à travers le monde sur le thème de la paix avec des enfants du monde entier) en octobre dernier avec… Carla Bruni. « Des gens avec qui je travaillais et qui connaissaient Carla Bruni, m’ont incité à organiser cet évènement. Un rappeur hardcore qui sortait des flingues et qui maintenant prône la paix leur semblait être un symbole fort. J’ai compris que la paix valait mieux que la guerre. En même temps, j’étais arrivé à une certaine maturité : j’ai eu deux enfants. »

Cette maturité lui permet aujourd’hui d’avoir un regard sur la situation des quartiers populaires et de certains de ses habitants qui y connaissent des difficultés en tant qu’ancien « jeune en difficulté » mais aussi en tant qu’acteur social (mais nous sommes tous des acteurs sociaux par définition) : « C’est soit la faute des jeunes, soit des keufs, mais il y a des solutions intermédiaires qu’on ne développe pas. On laisse les flics et le jeunes se taper dessus. Aussi, les acteurs sociaux hésitent parfois à aller au contact des vrais jeunes en difficulté, ceux qui squattent le hall, qui fument et sont violents. Ils préfèrent s’occuper des « jeunes gentil ». Je peux les comprendre, quand t’entends que ca a tiré, qu’ils agressent, etc. »

Face à cela, Larsen a pris les choses en main dans son propre quartier, avec le soutien de la déléguée du préfet nommée à Tremblay (qu’il a, cela dit en passant, rencontrée pour la première fois lors d’une de ses incarcérations et qui l’avait aidé à se réinsérer). « Je lui ai dit « vous voulez baisser la délinquance ? Venez, on va les voir, ces délinquants ». Donc j’ai fait une liste de vingt jeunes, les plus durs, ceux qui sont vraiment en décrochage. Et là, on essaye de créer une dynamique en les aidant à s’insérer et on aide aussi les parents à trouver leur place. »

S’agissant du Plan banlieuee, Larsen trouve des circonstances atténuantes à Fadela Amara : « Si le Plan banlieues a foiré c’est parce qu’il manque des relais sur le terrain et pour ça j’en veux beaucoup aux acteurs sociaux (les services municipaux de la jeunesse, les antennes de quartier…). Ils essayent de minimiser leur action pour garder leurs fonds et leur place. Ils ne soignent pas le mal à la racine et mettent de côté les gros problèmes pour éviter de faire augmenter les besoins et ainsi ils risquent moins de se voir couper les fonds. J’attaque certains animateurs sociaux car c’est à eux de vraiment faire la police. Après, c’est vrai que les gens vont pas sacrifier leur place pour un jeune… »

Pourquoi Larsen se décarcasse-t-il autant ? Recherche de la rédemption ? « Mon vrai but dans tout ça, c’est d’éveiller des consciences en extériorisant notre jeunesse et en lui donnant une perspective d’avenir positive. Il faudrait un changement de mentalité de la population qu’on a laissée à l’abandon. Nous-mêmes devons changer. » Malgré la bonne foi affichée, certains, aussi bien dans le camp politique que dans celui des quartiers lui reprochent ce changement de trajectoire et sa notoriété. « La seul chose que peuvent faire les politiciens, c’est me tuer comme Coluche et Balavoine. » Un sacré personnage ce Larsen !

Ayant mis de côté le rap, il a comblé cette case vide en lançant une web TV, Les infréquentables TV. Ainsi, il sillonne les quartiers afin de montrer à sa manière ce qui le touche (www.streetlive.fr) Même s’il combat pour la paix, Larsen n’en a pas oublié son goût pour la provocation, il a donc remixé pour le Bondy Blog La Marseillaise, l’hymne que s’amusent à siffler certains pour mettre en rogne le gratin de la politique française. Allons enfants de la patrie, le nouvel hymne est arrivé… DJ, balance la sauce !

La Larsénaise

Couplet 1

Allons enfants de la téci
Le jour de croire en nous est arrivé 
Contre nous de l’ironie 
L’étendard français est levé
Unifiez-vous dans les quartiers,
Mûrir sera notre force mes cailleras,
Face à Eric ne baissons pas les bras,
Que la France d’en bas soit glorifiée !

Refrain

Les droit de l’homme et du citoyen
Oui, nous y croyons
Parlons, parlons
C’est le parjure que nous fuyons

Couplet 2

Du mal ne soyons plus esclave, 
Hypocrite sont les jurés
Prouvons que nous sommes braves.
Est-ce un complot longuement préparé ?
Nous français ? Pour eux c’est un outrage.
Comment nommer les habitant des cités?
Nos parents ont été plébiscités,
Refusons leur moderne esclavage

Refrain

Couplet 3

Quoi on nous connote de normes étrangères ?
Nous entasse dans des foyers
Quoi c’est nous les tortionnaires ?
Les tirailleur en première ligne sont les vrais guerriers
Dieu est grand et même les poignés enchainés
Notre foi se déploierait
Respectueux on deviendraient
On contrôlerait notre mode de vie mai pas la destinée

Refrain

Couplet 4

Tremblay, New-York ou l’Atlantide
D’emblé vos guerres fratricides
Vous en font payer le prix
Tous sont solvables pour nous combattre
Mais de vos enfants nous sommes les héros
Du terroir le produit est nouveau
Entre vous tous prêt a vous battre

Refrain

Couplet 5

Français d’origine subsaharienne ou maghrébine
Venons accuser le coup
Qui sont les vraies victimes
Ceux chargés de regrets ou ceux qui donnent les coups
Mais comment devenir centenaire
Trop de complice meurtrier
Trop de loups sans pitié 
Qui arrache le pagne de leur mère

Refrain

Couplet 6

Les liens sacrés de la téci
Renforce notre mental vendangeur
Libérez, libérez notre chérie 
Nous sommes la France d’attaquants et de défenseurs
Sous le drapeau une richesse multicolore
Une mine d’ or de coutumes et d’accents 
Regarde pas tes voisins médisant 
Etre différent devrait être indolore

Refrain

Couplet 7

Des débats pour lancer des carrières
Même vos ancêtres n’ont pas pu
Nous balayer comme de la poussière 
Mais où est donc passé la vertu
Soyez jaloux de survivre
Peut-être que vous envierait leur cercueil
Nous évitons l’orgueil
Nous voulons juste exister et vivre

Refrain  

Aladine Zaiane

Articles liés

  • « Reconnaître le 17 octobre 1961 c’est reconnaître les autres combats contre un système d’impunité »

    Le massacre des Algériens le 17 octobre 1961 n'est toujours pas reconnu comme un crime d'État. Malgré les déclarations d'Emmanuel Macron, la France ne se considère toujours pas responsable d'une des pages les plus sombres de l'histoire coloniale. Fabrice Riceputi, historien, revient sur cette nuit sanglante et rappelle les enjeux d'une reconnaissance encore loin d'être gagnée. Entretien.

    Par Jalal Kahlioui
    Le 17/10/2021
  • 007 : les femmes ne sont pas qu’un matricule

    Sorti cette semaine, Mourir peut attendre est le 25ème opus de la série James Bond. Le dernier avec Daniel Craig dans le rôle éponyme d'une série qui a alimenté la polémique sur les questions de représentation ethnique et de genre. Félix Mubenga a vu le film, et salue la place des héroïnes jouées par Lashana Lynch et Ana De Armas. Critique.

    Par Félix Mubenga
    Le 07/10/2021
  • Swag Dance Studio : l’école des profs de danse étrangers

    Créé en janvier dernier, le Swag Dance Studio emploie des personnes immigrées : expatriés, exilés avec ou sans papiers dans le cadre de cours ouverts aux adultes débutants. Une initiative qui a pour but de démocratiser l’accès à la danse, tout en changeant le regard porté sur la migration. Reportage.

    Par Amina Lahmar
    Le 29/09/2021