Pour sa sixième édition, le Festival International des Films de la Diaspora Africaine (FIFDA) s’est tenu du 9 au 11 septembre à Paris. Les films inédits projetés mettent en exergue la diversité des sociétés modernes en favorisant le dialogue des cultures. Hana Ferroudj s’y est rendu et a assisté à l’une des projections. Compte-rendu.

« Nous nous sommes rendus compte qu’il y a peu de films diffusés en France qui mettaient en exerce l’humanité des gens de couleurs. Il existe un certain nombre de films urbains, comme on dit, mais en général c’est plutôt du sensationnalisme et ce n’est vraiment pas ancré dans une réalité et dans une projection disons réaliste et humaine. Ils tombent souvent dans des stéréotypes ». Ces mots sont ceux de Diarah N’Daw-Spech. L’intérêt d’un tel festival pour la co-directrice et co-fondatrice du FIFDA : mettre en avant la richesse de la diversité culturelle et susciter le dialogue des cultures à travers des débats.

Durant trois jours, onze films inédits ont été présentés. On pouvait voir notamment Image réalisé par Adil El Arbi et Bilala Fallah, ou encore Nos Plumes de Keira Maameri. C’est le film Mercy’s Blessing de May Taherzadeh qui a attiré mon attention, un drame social inspiré de faits réels. L’histoire se passe au Malawi, tout petit Etat d’Afrique australe. Blessing et Mercy sont frère et sœur. Très pauvres, ils vivent avec leur mère dans un petit village rural.  Blessing est l’aîné de la fratrie. Le jeune lycéen, qui adore étudier, rêve de sortir de la misère. Considéré comme l’un des meilleurs élèves de sa classe, il se rend chaque jour à l’école avec sa sœur. Quand ils n’étudient pas, Mercy et Blessing se partagent les tâches quotidiennes pour soulager leur mère, dans un pays qui ne laisse pas beaucoup de place aux activités de divertissement.

Etudier ou se marier

Un jour en attendant sa sœur devant sa classe, Blessing entend une conversation entre Mercy et son professeur. Son institutrice lui demande si quelqu’un peut l’aider dans l’apprentissage de la lecture car elle rencontre beaucoup de difficultés. L’enseignante pense immédiatement à sa mère. Mais, Mercy baisse la tête. Sa mère ne sait pas lire. En voyant sortir Mercy de la classe, Blessing lui dit de ne pas s’inquiéter et lui assure qu’il va l’aider. Il tient sa promesse et pendant quelques temps, il ne fréquente plus les stades dans lesquels il avait pourtant l’habitude de disputer des matchs de foot. Sa sœur se sentant coupable en parle à son frère. Blessing la rassure et lui dit que son rêve n’est pas de devenir footballeur mais enseignant. Mercy se lance alors avec l’aide de son aîné dans l’apprentissage de la lecture. Ses progrès sont visibles au bout de quelques semaines.

Un jour en rentrant de l’école, Mercy et Blessing tombent sur une conversation entre leur mère et un de leurs oncles. Ce dernier annonce qu’il ne peut plus assurer les frais de scolarité des deux enfants. Il faut donc que l’un des deux cesse d’aller à l’école. Le choix est vite fait, c’est Mercy qui en fait les frais. Amer, son frère poursuit sa scolarité. L’adolescent se renferme sur lui-même, n’a plus la joie d’étudier qui l’animait. Le lycéen est préoccupé par le sort réservé à sa sœur. Mercy reste à la maison pour aider sa mère aux tâches ménagères. La vie coûte chère au village. La mère de Mercy est confrontée à un choix : marier sa fille, malgré son très jeune âge. Blessing fait alors un choix capital qui changera à jamais son avenir : il décide d’arrêter ses études pour que sa petite sœur reprenne le chemin de l’école. Grâce à ce sacrifice, Mercy échappe au mariage forcé, alors que Blessing est contraint de vendre des bananes au village pour subvenir aux besoins de toute la famille.

« Une fille sur deux est mariée alors qu’elle est encore une enfant »

Ce film est une manière d’aborder plusieurs problématiques sociales du Malawi, pays méconnu : la pauvreté, l’illettrisme qui touchent surtout les femmes, les inégalités… Beaucoup de filles n’ont pas accès à l’éducation d’où un âge de mariage très précoce. Ce qui m’a touché, c’est l’amour et le sacrifice dont a fait preuve ce Blessing pour que sa sœur ait la chance d’apprendre à lire. A la suite de la projection, un débat s’en est suivi durant lequel la réalisatrice May Taherzadeh a mis l’accent sur le manque d’accès à l’éducation des jeunes filles : « Près de 25 % des filles terminent l’école primaire. Et seulement 3% d’entre elles finissent le secondaire. Une fille sur deux est mariée alors qu’elle est encore une enfant. Nous avons décidé de faire ce film pour décrire la réalité de ces filles ». Une réalité cruelle mais racontée au travers d’un film dont l’issue et l’histoire tentent de nous donner un peu d’espoir.

Hana FERROUDJ

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