J’ai l’impression d’être un paresseux. Pourtant je me lève à des heures avouables (8h, pas plus tard, promis-juré) et je me couche rarement avant deux ou trois heures le matin suivant. Mais j’ai pris du retard dans le récit de ma tournée des lycées sur le blog, alors je culpabilise. Entre les prises de rendez-vous, les déplacements, les rencontres avec les classes, la chasse au wifi pour essayer de relever les mails, la délicate question de savoir si, venant de Forbach, on peut passer à Corbeil puis à Poitiers puis à Lille en trois jours (je vous passe le détail des heures de rendez-vous), une petite interview à un journaliste et un saut à Bondy pour faire le point avec l’équipe du blog… euh… je m’y perds un peu.

Heureusement, il y a les classes. C’est stupéfiant. Je vous ai déjà raconté l’accueil enthousiaste à Aulnay-sous-Bois, dans tous les établissements que j’ai visités (déjà cinq à ce jour), c’est la même soif de s’exprimer, le même jaillissement de sujets. Parfois ils sont tragiques. Une jeune fille vous explique qu’elle aimerait bien aborder « le thème de la violence dans les ménages ». Pas vraiment, je pensais plutôt aux femmes qui se font incendier, réplique-t-elle dans un petit filet de voix noué par l’émotion. Vous comprenez alors qu’un tel drame a touché une proche.

Parfois c’est rigolo. On débat sur les mini-jupes et il se trouve que les filles ne sont pas du tout d’accord sur le regard soi-disant dévalorisant des garçons quand elles en portent. Alors on constitue un commando jupettes pour faire le point sur ces expériences contrastées.

Parfois c’est plus analytique : « Le hip hop, c’est comme le Bondy Blog, s’exclame un garçon, ça raconte les bons et les mauvais côtés des cités. C’est pas la musique qui compte, c’est les paroles, et j’aimerais savoir ce que les jeunes en retiennent. » On parle beaucoup de la carte scolaire, des lycées cotés (j’en visite), de ceux qui le sont moins (j’en visite aussi), des conséquences réelles ou supposées que cela a (sujet d’enquête).

Un jeune homme décide d’accompagner la mère d’une amie tôt le matin quand elle va au travail pour décrire l’indigence des transports publics. Plusieurs jeunes filles veulent raconter comment leur famille s’en sort, comment on peut vivre en banlieue et voir l’avenir avec optimisme. Sur mes listes, j’ai déjà 48 sujets… Aujourd’hui, je suis à Lens.

Alain Rebetez (L’Hebdo)

Alain Rebetez

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