« J’ai fait des films documentaires et de fiction classiques et aussi expérimentaux, ceux avec peu de moyens où le jeu des acteurs est beaucoup plus basé sur l’improvisation. Cela m’a ensuite donné l’envie d’apprendre aux gens de faire des films de la même façon, sans argent, avec juste une caméra et un micro. Mon but ici est de vous aider à trouver une manière de raconter une histoire et de la mettre en scène avec ce système qui est facile, qui est rapide et même de tourner et de monter avec peu de moyens. Structurer une idée pour ceux qui en ont une et pour ceux qui n’en n’ont pas les aider à en trouver ». Marco Nicoletti pose ainsi le programme de cet atelier qui passera d’une présentation théorique de sa méthode à la pratique de celle-ci dans un second temps mettant ainsi en scène des blogueurs volontaires.
Le cinéaste explique que faire un film classique est beaucoup plus contraignant dans le sens où il faut trouver « le budget » pour le réaliser où par la suite, plus rien n’est laissé à l’improvisation puisque la simple modification d’une scène engendre souvent un coût financier important. Il y a aussi toute une équipe a gérer : entre 30 et 100 personnes. La méthode ? Ecrire un scénario, le donner à un producteur, trouver les financements… Le processus est long et complexe. En revanche, un film expérimental de fiction, peut être réalisé juste avec des idées et l’improvisation des acteurs en sachant juste comment savoir le faire. Un cinéma plus démocratique car plus accessible à tous et plus libre où l’on peut se laisser aller à sa propre inspiration et parfois créer des choses plus originales.
Cette expérimentation a commencé pour lui au Guatemala où Marco l’a mis en pratique en créant et racontant une histoire improvisée avec des jeunes qui travaillaient dans une décharge publique. Il ira même jusqu’à vendre à la télévision un petit reportage fait en une journée au nord de l’Argentine sur l’émancipation d’indiens qui avaient pendant 100 ans été réduits à l’esclavagisme : « là, j’ai expérimenté ma méthode qui n’a pas changé depuis. Il est vrai qu’au départ je n’en avais pas, j’ai juste appris sur le tas. Ensuite au fil du temps, j’ai décidé de créer cette méthode et j’en ai même écrite une d’une trentaine de pages pour ce type de films ou de documentaires ».
Tournage5Avec ce type de méthode, le hasard fait aussi les choses comme par exemple lors de son court-métrage fait au Brésil avec un acteur brésilien rencontré sur place et qui ce dernier a aussi fait jouer ces autres amis comédiens… « il faut aussi laisser se faire les choses toutes seules, on laisse les acteurs jouer entre eux naturellement, spontanément… c’est l’immédiateté qui compte… ». Il poursuit : « lorsqu’on fait un film de fiction ou un documentaire, il est important de créer une relation de confiance et d’intimité avec les personnes pour qu’elles s’ouvrent à vous ou bien faire tout un travail relationnel avec le caméraman (s’il y en a un) car il est l’œil du film ou du documentaire car il y a toujours l’égo du caméraman qui s’impose et il faut être capable de gérer cela … Le cinéma qu’il soit classique ou expérimental, c’est tout un travail relationnel qu’il faut savoir faire. Pour un montage de base sans moyens, il faut aller du plan large au plan serré en allant du global au détail. Il ne faut pas oublier la lumière, c’est important. Dans ce cas, on se met en automatique. Ensuite, selon la situation, on invente des astuces ».
Marco Nicoletti est un globe-trotter qui au fil de ses rencontres et voyages a peaufiné cette méthode. Il conclut en soulignant que : « ces films sont plus difficiles à vendre que des films classiques car il n’y a pas d’acteurs, de réalisateurs célèbres… C’est donc là qu’intervient aussi les nouvelles technologies qui permettent de les visionner gratuitement en passant par les supports comme You Tube, pour les faire connaître. Il y aura sans doute dans le futur un marché qui va se développer sur le web via Internet. On aura donc deux écoles : un cinéma classique et un cinéma créatif/ expérimental».
La masterclasse continue et se transforme en cas pratique pour tourner la scène d’un court-métrage dans une rue de Bondy. Belle journée où trois bloggeurs se sont prêtés au jeu. Avant cela l’histoire avait été élaborée et choisie par les blogueurs à la suite d’une proposition de chanson présentée par Ali et Riad. La scène choisie parle d’un amour impossible entre une jeune femme d’origine marocaine et un jeune homme d’origine pakistanaise. Le jeune homme explique dans une totale improvisation que ses parents refusent ce mariage après cinq ans de relation. L’ami de ce jeune garçon tentant en vain d’apaiser la situation entre le couple… Retour au local pour nous montrer comment monter ce court métrage en choisissant les meilleurs rushs.
L’expérience même si elle fut express, en une après-midi, a été plébiscitée par les participants qui ont pu avoir un bon aperçu de la méthode « OneEuroFilm » de Marco Nicoletti et qui sait, susciter de nouvelles vocations artistiques ?
httpv://www.youtube.com/watch?v=A8BnvnODOns
Cristel Fabris
 
 

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