Habitué aux critiques comme aux polémiques, Claude Askolovitch ne fait pas l’unanimité. Il le sait. Journaliste à I-Télé, intervenant sur Arte dans l’émission 28 Minutes et parfois à Vanity Fair, Claude Askolovitch a accepté de revenir sur ses expériences et de répondre aux questions des Bondy-blogueurs venus en masse pour ce deuxième numéro de l’école du blog. De son aveu, son itinéraire est loin d’être classique, « j’ai un parcours assez bizarre, qui n’a pas grand sens ». Sorti du CFJ (centre de formation des journalistes) en 1985, il devient d’abord journaliste sportif au Matin de Paris, canard qui n’existe plus. La politique l’attire très rapidement. Il entre dans « la grande presse généraliste » en 1987 en rejoignant Le Sport, quotidien qui disparaît prématurément. Il devient ensuite reporter pour L’Evénement du Jeudi puis pour Marianne. Viennent les années au Nouvel Obs, sept ans, de 2001 à 2008. « J’aimais beaucoup le Nouvel Obs, je l’ai quitté pour de mauvaises raisons ». Il regrette que le magazine ait été dans « l’adoration de Ségolène Royal » pendant la campagne présidentielle de 2007. « J’ai fait tout au long de ma carrière énormément de conneries », reconnaît-il.

2011, nouvelle aventure. Après un poste de rédacteur en chef puis d’éditorialiste au Journal du Dimanche, Claude Askolovitch rejoint Le Point. Passage éclair. L’expérience est de très courte durée, même pas un an. « Je n’ai pas été débarqué pour une erreur mais parce que l’article que j’ai réalisé sur le halal n’allait pas dans le sens de Franz-Olivier Giesbert – directeur de publication à l’époque ». Un rappel des faits pour comprendre : 2011-2012, la polémique sur le halal bat son plein. Le magazine de « l’Islam sans gêne » alimente la controverse lancée par Marine Le Pen, surfant ainsi sur la peur de l’islam. « Faut être con pour croire que Le Point n’est pas islamophobe », juge sans retenue Claude Askolovitch. « On n’est pas forcés d’écrire pour des journaux que l’on n’aime pas ».

Parallèlement à ses activités de journaliste, il publie plusieurs essais. Dans Voyage au bout de la France, Le Front national tel qu’il est (1999), Claude Askolovitch enquête sur le parti frontiste des années 90. « Je suis l’un des premiers journalistes à rencontrer les mecs qui votent FN. Pour les gens de mon milieu, on n’en parlait mais on ne les rencontrait pas. Un peu comme à la manière de Florence Aubenas avec son Quai de Ouistreham, j’écris et décris une réalité sociale ». On pourrait aussi citer sa biographie de Lionel Jospin, Lionel (Grasset, août 2001), qui peint le destin d’un militant révolutionnaire trotskiste devenu Premier ministre d’un gouvernement de droite. Dernier livre en date, Nos mal-aimés, ces musulmans dont la France ne veut pas (Grasset, septembre 2013). À peine sorti, il a fait polémique et l’auteur a été la cible de nombreuses attaques, notamment venant de ses confrères. « Le bouquin fait gueuler, on aime ou on n’aime pas. » Il s’agit d’abord d’une enquête, avant de devenir un pamphlet : il a rencontré un musulman qui aide les SDF et leur offre la soupe populaire ; un imam pacificateur à Drancy ; une employée de banque qui prie en cachette dans un placard à balais ; un salafiste qui travaille à la RATP ; un syndicaliste Force Ouvrière à Marseille, supporter de l’OM –et intégriste. Une galerie de portraits loin des clichés.

Aujourd’hui journaliste à I-Télé, il se sent bien sur cette chaîne, notamment grâce à la liberté d’expression qu’on lui accorde. Il regrette toutefois deux choses : la rapidité avec laquelle les informations sont traitées en télévision (format oblige) et la présence de Zemmour dans l’émission Ça se dispute. Askolovitch intervient également sur Arte, dans l’émission de débats 28 Minutes et réalise parfois de longues enquêtes pour Vanity Fair, comme son reportage sur les coulisses du chantier de la philharmonie de Paris. « Ces enquêtes permettent de revenir sur une histoire, de la reprendre du début, de repartir à zéro ».

De l’intervention de François Hollande du jeudi 6 novembre sur TF1 à l’affaire Siné en passant par le succès en librairie de Zemmour et le conflit israélo-palestinien, Claude Askolovitch répond à toutes les questions, sans aucun filtre. Il flingue certains médias comme le Petit Journal qui ne fait pas de l’enquête selon lui. « En revanche le travail des Décodeurs est très intéressant ». Avec Éric Zemmour, le discours anti-musulman s’est décomplexé, « Les paroles islamophobes cristallisent. Elles sont acceptées, banalisées dans les médias par des Fourest, Finkielkraut… Ça serait chouette qu’une jeune voilée présente le 20h ». Chiche ?

Leïla Khouiel

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